Régions et Peuples Solidaires propose des réponses aux crises majeures

Le nouveau bureau de Régions & Peuples Solidaires élu en Savoie à la fin de la semaine dernière.

Changement climatique, crise sanitaire, incendies, inquiétudes alimentaires, logement, paix en Europe, énergie : la fédération Régions et Peuples Solidaires réunie en Savoie, fait des propositions pour plus d’efficacité avec au centre de ses réflexions plus de pouvoirs aux « régions », plus d’autonomie et plus de fédéralisme.  

Régions & Peuples Solidaires  a tenu son université d’été et son congrès cette semaine à Aix-les-Bains en Savoie.

Durant ces quatre jours de travail la fédération a mis sur la table l’ensemble des sujets qui sont au cœur des préoccupations du moment et toutes les questions auxquelles notre société sera confrontée dans les décennies qui viennent.

La crise climatique, la crise énergétique, la guerre en Europe, la pandémie qui a sévi durant plus de deux années, obligent l’ensemble des forces politiques à proposer des réponses en matière de ressource en eau, d’énergie, d’organisation du système de santé,  de sécurité alimentaire, de paix en Europe. Régions & Peuples Solidaires entend apporter des réponses à partir de ses convictions régionalistes. R&PS réaffirme la nécessité de construire une Europe des peuples où les « régions » auront un rôle majeur à jouer.  

Dans les motions votées, on note la volonté de décentraliser au maximum afin d’en finir avec l’inefficacité de décisions de l’État, que ce soit en matière de santé, de politique énergétique, de logement, de transports, de sécurité alimentaire, de prévention des crises sanitaires. R&PS met l’accent aussi sur une nouvelle façon de répondre aux conséquences du changement climatique (incendies géants, sécheresse, agriculture…) 

Sur chaque sujet, avec des propositions concrètes, R&PS démontre que la décentralisation améliore l’efficacité de l’action publique et fait progresser la démocratie.     

Les intervenants et les débats qui ont eu lieu à Aix-les Bains ont aussi mis en lumière l’intérêt grandissant de l’opinion pour les idées régionalistes. Ce sont les idées que R&PS porte depuis sa création, il y a plus près de trente ans. Les résultats obtenus par les partis et formations appartenant à la fédération lors des dernières élections législatives et la nouvelle force d’attraction de R&PS matérialisée lors des législatives par la constitution d’un « pôle régionaliste » avec une dizaine d’organisations partenaires en sont la preuve.  

R&PS a noté aussi le rôle important joué par ses parlementaires comme par exemple ses députés à l’Assemblée Nationale au sein du  groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires qu’ils ont contribué à créer. R&PS prend aussi sa place dans les débats au Parlement européen par le biais de l’Alliance Libre Européenne. 

Enfin, le Congrès a investi un nouveau bureau, mixte et élargi. Un nouveau Président a également été élu. L’eurodéputé François Alfonsi succède à Gustave Alirol qui ne se représentait pas. Son action a la tête de R&PS été saluée de façon unanime. La nouvelle équipe, en place pour deux ans, aura pour principaux axes de travail de consolider le « pôle régionaliste » initié lors des législatives, de préparer les futures échéances électorales – et les élections européennes en particulier – ainsi que de moderniser les statuts de R&PS.

Lydie Massard et David Grosclaude, co-porte-paroles de Régions et Peuples Solidaires 


Composition du nouveau Bureau Fédéral :

  • Président: François Alfonsi
  • Trésorier: Bruno Le Clainche
  • Secrétaire: Claude Barbier
  • Co-porte-paroles : David Grosclaude et Lydie Massard
  • Vice-président.e.s : Antonia Luciani, Magali Gozzi, Anne-Marie Hautant, Jordi Vera et Georges Trouillet

Les principales  motions votées https://www.federation-rps.org/2022/08/30/congr%C3%A8s-2022-r-ps-propose-des-r%C3%A9ponses-aux-crises-majeures/

—Nucléaire : quand le civil et le militaire se confondent

—Eau : l’absolue nécessité de devenir sobres

—Vivre et se loger au pays

—Hopital public : retisser les liens de proximité et de confiance  

—Sur les conditions de transport des animaux vivants destinés à la consommation humaine

—Accord de libre échange avec la Nouvelle-Zélande

—Quels moyens de lutte contre les incendies ?

—Le chemin de l’Europe passe par Strasbourg

—Justice et vérité pour Yvan Colonna et solution politique pour la Corse

—Arrêt de la répression et de la désinformation contre le mouvement indépendantiste catalan.

—Motion de soutien à Vincenzo Vecchi.

Le retour du centralisme, quoi qu’il en coûte !

La politique qui s’annonce en matière d’énergie et de lutte contre l’inflation sert de prétexte à un retour en force du centralisme. Tel des parents qui donnent de l’argent de poche aux enfants, l’État va distribuer des chèques en direct aux citoyens. On l’avait déjà fait à la fin de 2021 et maintenant l’habitude est prise. Les collectivités comptent pour du beurre alors qu’elles pourraient être plus efficaces et plus pertinentes.

C’est le retour en force du centralisme et cette fois ci par la porte « pouvoir d’achat » et  « lutte contre le réchauffement climatique ».

Oui, il faut bien que le centralisme se pare de quelques les vertus pour se justifier.  Après des mois et des mois d’un discours assez hypocrite sur la nécessité de restaurer le pouvoir des élus de terrain, voilà le retour du naturel. En effet, avec la pandémie on avait entendu dire par les uns et les autres que la leçon était comprise, qu’il fallait faire confiance au terrain et aux élus locaux pour répondre de façon adéquate aux besoins de la population en cas de crise. Mais en fait, tout est redevenu comme avant, et c’est même pire.

Voilà que se trouve relancé le programme de construction de centrales nucléaires avec à la clé la renationalisation souhaitée de EDF. Vous savez cette entreprise qui avec l’EPR fait exploser les coûts de construction d’une centrale, celle de Flamanville. Nous allons avoir droit à plusieurs projets du genre et là nous sommes vraiment dans le « quoi qu’il en coûte ! ».  Nationaliser EDF ! Voilà qui fait « de gauche ». Mais les raisons invoquées sont bien inquiétantes. Du nucléaire à profusion ! C’est reparti comme dans les années 1970 et le plan Messmer, la première vague nucléaire.

Centralisme dans la décision avec ce projet de nationalisation qui vient donc renforcer la centralisation de la production d’énergie. C’est le choix qui est fait avec le prétexte double du changement climatique et de la guerre en Ukraine. On renie ainsi tous les principes d’une politique écologique efficace. Le centralisme de la décision fait partie des raisons de l’inefficacité des politiques de lutte contre le réchauffement du climat. On le sait depuis les premiers écrits de ceux qui ont travaillé sur l’écologie politique. Ce sont les collectivités territoriales qui sont la clé en ce domaine, parce qu’elles font concrètement, elles réalisent des projets au plus près de la population et des réalités locales et régionales en matière d’environnement, de protection de la biodiversité, de transports aussi parfois.  

Les États ne peuvent être efficaces

Le pouvoir des États est, quant à lui, limité par des réflexes que l’on peut qualifier de stato-nationalistes, de protection de certains intérêts qui font que l’on se préoccupe peu des résultats en matière de climat. Depuis que D.Trump a décidé de renier la signature des Etats-Unis sur l’accord de la COP 21 on commençait à dire que les États ne servent pas les intérêts de la planète. En effet, aux Etats-Unis, on a très vite compris que l’État fédéral n’était pas un acteur pertinent mais que c’étaient les villes et certains États fédérés qui étaient en pointe. Donc la décision de Trump ne changeait pas grand-chose aux projets concrets en matière de climat. Les réalisations concrètes étaient faites par d’autres que le pouvoir de l’État.  Il y aurait d’autres exemples à donner en ce domaine parce que la capacité des collectivités territoriales à œuvrer dans le domaine écologique est visiblement bien supérieure à celle des États. Les premiers auteurs, qui dans les années 70 faisaient de l’écologie politique, le disaient déjà : pas de défense de la planète sans la participation des territoires : régions et grandes villes. (1)

En tous cas la relance du programme nucléaire n’est pas une bonne nouvelle. Décarbonée cette énergie ? Oui peut-être mais tellement polluante et tellement dangereuse pour la démocratie. Centralisme des décisions, centralisme des mesures de protection, centralisme de la production d’électricité : voilà la réalité du nucléaire alors que les solutions pour lutter contre le réchauffement appellent la décentralisation sur tous ces points. C’est la force des énergies renouvelables et surtout la clé pour la première source d’énergie qui est à notre disposition : la réduction de la consommation ou si vous préferez : la sobriété.

Il faudrait ajouter aux dangers du nucléaire la menace que l’on voit poindre en Ukraine : un centrale nucléaire est une cible vraiment pas comme les autres. Imaginez l’effet d’un bombardement sur une des centrales ukrainiennes.

Le train ou le bus (DG)

La fragilité que cela entraine est évidente. En prenant une seule centrale les russes contrôlent une partie très importante de la production d’électricité du pays.

État-providence ou État-biberon ?

La centralisation est de retour ! Elle l’est aussi par la volonté affirmée de lutter contre l’inflation. Là nous atteignons des sommets. L’État, en direct va distribuer des chèques aux citoyens ! Pas d’intermédiaire. Ce n’est plus l’État-providence c’est l’État –biberon !

Un chèque pour permettre aux plus démunis de manger. C’est un peu comme si on avait décidé de nationaliser (d’institutionnaliser) les Restaurants du Cœur.

L’État central, va, en direct, en passant par dessus toutes les collectivités, tous les corps intermédiaires, toutes les structures telles les Caisses d’Allocation Familiales, donner de quoi manger aux ménages (9 millions). Comme s’il savait mieux que les autres identifier ceux qui ont besoin de cette aide ! Où sont donc passées les belles déclarations sur la pertinence du travail des élus locaux ?

Comment peut-on, si ce n’est pour des raisons de propagande politicienne et de volonté de frapper vite pour montrer que l’on agit ( ou que l’on s’agite, c’est au choix) , croire que depuis Paris, on va vraiment identifier comme il convient les besoins ?

On pourrait aider les circuits-courts

Comment peut-on justifier ces aides qui ne vont en rien tenir compte de la nécessité de faire vivre de petits producteurs locaux (fruits, légumes, viande, fromages etc…) ?

Sur les territoires, comme les communes ou les communautés de communes, on serait en capacité de bien identifier les besoins et surtout de diriger la dépense de ces aides vers ceux qui font vivre les territoires (2). Dépenser les 100 euros d’aide dans un supermarché qui fait venir des produits de loin est une aberration et surtout une contradiction énorme par les temps qui courent.

Combien de communes pourraient faire ce travail ? Beaucoup, mais à condition que l’on arrête de leur enlever du pouvoir et des moyens.

Je m’étonne ( à moitié seulement je le reconnais) que des maires et des présidents de communautés de communes ne protestent pas. (3)

La logique même de la lutte contre l’inflation est mise à mal par ce système centralisé. On participe à la mort des producteurs locaux qui ne vont pas profiter, comme ils le pourraient, de cette dépense des ménages. J’ajoute que cette volonté de dynamiser les circuits-courts aurait toute sa cohérence dans le cadre de la lutte contre les surconsommations d’énergie.

Dans le domaine de l’aide qui sera octroyée aux automobilistes aussi on nage en pleine contradiction. En effet, avec l’argument de donner de l’aide à ceux qui roulent beaucoup afin qu’ils puissent payer leur essence, on en oublie que l’objectif est justement de réduire cette consommation. Pourquoi ne pas avoir parlé d’aide au transport, ou à la mobilité comme on dit aujourd’hui. Pourquoi ne pas profiter de cette affaire pour encourager, partout où cela est possible, le transfert des voyages de la route vers le  train ou le bus ?

Profiter de la crise pour changer

Je vis dans une commune de 3500 habitants qui a une gare : une chance ! L’aide pourrait être donnée par la municipalité en proposant un supplément à ceux qui iront travailler dans la ville-centre par le train ; c’est faisable. Mais rien n’est fait en ce sens. Déjà, je le reconnais, ma commune ne sait même pas profiter de sa gare. Pourtant donner plus à ceux qui choisiraient le train serait vertueux. Dans la situation actuelle l’État va de façon indifférenciée donner des aides qui sont en contradiction avec la politique énergétique nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique.

La crise serait une opportunité pour à la fois aider ceux qui ont besoin de compenser la hausse des prix du transport et promouvoir de nouvelles façons de se déplacer. Je sais pertinemment que dans certaines régions il n’y a pas de trains et que la voiture est indispensable mais il existe des cas où l’on oublie le train et le bus. De plus cela n’encourage pas la SNCF à proposer un service qui pourrait être de bien meilleure qualité qu’il ne l’est. On préfère endetter les collectivités pour les LGV. 

L’État central voulant tout régenter va donc mener une politique qui ne prend pas en compte des réalités que des collectivités territoriales pourraient et devraient considérer comme prioritaires.

Je viens de donner un exemple qui n’est peut-être pas applicable partout mais qui montre la multiplicité des situations. C’est cette variété qui doit être prise en compte et qui doit donner lieu à des variétés de solutions. C’est là que le centralisme est impotent.

J’ajoute que, bien entendu, la meilleure politique pour aider ceux qui vont souffrir de la hausse des prix passe aussi et surtout par la hausse des salaires. Ce n’est pas la peine de glorifier la « valeur travail » comme disent certains, pour en arriver aujourd’hui à cette politique de distribution de chèques, tels des parents donnant de l’argent de poche à des enfants.

David Grosclaude

1)Il faut lire ou relire le livre de Denis de Rougemont « L’avenir est notre affaire » (1977). Pour lui pas de salut pour la planète sans une fédéralisation, sans une intervention du pouvoir régional et local.

2) Il existe dans beaucoup de communes des AMAP, des associations diverses qui cherchent à aider les producteurs locaux et à promouvoir la consommation de productions de proximité. Pourquoi ne pas favoriser cette consommation ?

3) Je dis « à moitié »  dans la mesure où le centralisme a ceci de grave c’est qu’il crée des élus locaux qui sont parfois très heureux qu’on ne leur donne pas de responsabilités. Tous ne sont pas ainsi  heureusement mais le système finit par créer dans certains endroits des élus très dociles face au pouvoir central, à ses représentants et à ses décisions.

Une république monarchique difficile à gouverner

David Grosclaude : secretari deu Partit Occitan

(Article rédigé pour des lecteurs hors État français )

Le résultat des élections législatives rend la France difficile à gouverner. Avec des institutions hyper centralisées et une constitution quasi monarchique, le pays se demande comment il va gérer le résultat des élections législatives.

Les élections législatives, six semaines après l’élection présidentielle, sont une défaite pour E.Macron. C’est aussi une victoire innattendue pour l’extrême droite qui fait élire 89 députés. Le président de la République n’aura pas de majorité absolue et devra composer avec d’autres partis. Mais avec qui, et de quelle façon ?

L’Assemblée Nationale a été renouvelée…pour combien de temps ? (Photo DG)

Les institutions de la Vème République ne sont pas prévues pour gérer ce type d’équilibre politique.

Mais finalement ces élections donnent un résultat qui ressemble aux résultats du premier tour de la présidentielle. La gauche fait un score qui lui permet d’avoir un peu plus de 130 députés.

La droite dite « classique » qui est divisée et affaiblie viendra-telle à l’aide du président de la République qui n’a que 245 députés alors qu’il en faut 289 pour avoir la majorité  absolue ?

Il faudra peut-être aller chercher des solutions en regardant ce qui se passe en Allemagne, en Italie ou en Espagne ou dans d’autres pays qui donnent au Parlement une place première. Mais ce n’est pas le cas de l’Etat français. Et c’est bien là que réside la difficulté.

On ne peut que s’étonner de voir aujourd’hui les médias français présenter les systèmes parlementaires (majoritaires en Europe) comme une solution qui serait l’avenir pour la France. En clair on est en train de découvrir en France que l’on peut faire de la politique sans monarque et avec des compromis et des accords de gouvernement entre des gens différents !  

Quelle étrange République en effet que celle qui, en France, semble nostalgique d’une époque monarchique ! Le roman national que certains brandissent, résonne pourtant de cette décision de couper la tête d’un roi et d’une reine ! Mais il est aussi plein de cette fierté d’avoir eu un Napoléon 1er dont le souvenir est souvent douloureux dans l’histoire des habitants de l’Etat français et de ceux des autres pays d’Europe. Faut-il faire appel à tout cela pour comprendre le présent ?

Depuis 1958, date à laquelle fut instaurée la cinquième République par le général De Gaulle, dans des conditions bien particulières (1), tout a été fait pour que cette République devienne monarchique, c’est à dire pour que le président de la République ressemble à un roi et rassemble les pouvoirs d’un monarque absolu. Elu au départ pour sept ans, c’est dans les années 2000 que le mandat, du président a été réduit à cinq ans, permettant ainsi de faire coincider l’élection présidentielle avec celle des députés (2).

Les électeurs sont donc, depuis 2002,  invités « à donner » une majorité au président de la République. Ils ne l’ont pas fait cette fois ci.

Dévalorisation du gouvernement

Le présidentialisme monarchique  n’a fait que dévaloriser le rôle de l’Assemblée Nationale et du Parlement en général, c’est à dire députés et sénateurs. Cette dérive présidentialiste et monarchique s’est accompagnée d’une dévalorisation du rôle du premier ministre et de son gouvernement.

Si la Constitution de 1958 dit que le président est garant des institutions, elle précise bien que c’est le premier ministre qui gouverne. Le président devrait jouer un rôle plus élevé, plus arbitral. Sa parole devrait être plus rare et il pourrait ainsi se consacrer à ce qui est une de ses prérogatives, son terrain privilégié, à savoir les questions de politique étrangère.

Pourtant  le président se mêle de tout et c’est vers lui que se tournent les citoyens, les syndicats, les divers mouvements sociaux, dès qu’apparaît un problème. C’est sa parole qui compte et pas celle de son premier ministre.

Nicolas Sarkozy qualifiait lui-même son premier ministre de « collaborateur ». François Hollande et Emmanuel Macron n’ont pas fait autre chose. Le président est désormais partout et il décide de tout. Le gouvernement obéït aux  injonctions du président.

Le rôle des députés est lui aussi très réduit. Un président de l’Assemblée Nationale ne saurait être élu sans l’aval du président de la République. La capacité d’initiative des députés est faible et toute opposition de leur part à la volonté du chef de l’État est souvent complexe et risquée. La majorité est soumise.

La dérive monarchique ne date certes pas des années 2000. La période Mitterrand fut aussi très monarchique. Bien qu’ayant dénoncé lui-même la constitution voulue par le général De Gaulle, François Mitterrand (3) profita au maximum des pouvoirs démesurés qui sont entre les mains d’un président à la française.

Des élections dévalorisées

Dans ces conditions on comprend que les élections législatives ne soient plus un véritable enjeu. Tout a été fait pour que les électeurs considèrent l’élection présidentielle comme la seule qui soit intéressante. La « mère de toutes les élections » comme disent certains.  Donc la participation baisse à chacune des élections, qu’elles soient régionales, législatives ou européennes. Seules les municipales résistent un peu mieux à l’effritement mais pour combien de temps ? Les députés qui ont été élus le 19 juin le sont par seulement 48% des électeurs.

Après la réélection de E.Macron il y a quelques semaines, le constat est simple.  La participation des électeurs est en baisse aussi. Il a donc été réélu par une minorité des électeurs inscrits, parfois par des gens qui ont voté contre Marine Le Pen et non pas pour le programme présenté par le président sortant.

Le tableau à la sortie de la présidentielle était inquiétant. Un tiers de l’électorat avait voté Macron, un tiers pour l’extrême droite et un tiers pour une gauche éclatée.

Jean Luc Mélenchon chef d’une gauche très jacobine, avait lancé un appel, totalement paradoxal et incongru au vu des institutions, celui de « l’élire premier ministre »(4). Il n’y est pas parvenu.

De toute façon la faible participation des électeurs à ce scrutin  (uninominal à deux tours) montre leur désintérêt pour les députés. Les jeunes ne sont pas allés voter, quant aux autres ils ont donné une majorité relative au président de la République. Il ne pourra donc pas faire ce qu’il souhaite.

Le système électoral français,  qui ignore la proportionnelle pratiquée dans la plupart des pays démocratiques de l’Union européenne, est sur une voie suicidaire. On se plaint du désintérêt des électeurs pour le vote mais en même temps tout est fait pour le dévaloriser.

Il y a longtemps que les élections régionales par exemple  ont perdu de l’intérêt en raison de l’absence de pouvoirs pour les régions. Le centralisme à la française c’est « café para todos » comme on dit en Espagne à propos des autonomies mais il faudrait ajouter qu’en France c’est : « descafeïnado y sin azúcar ».

 Les élections européennes sont dévalorisées aussi ainsi que les élections départementales. Quant aux municipales elles ne tarderont pas à suivre la même voie tellement le centralisme pèse sur les pouvoirs locaux. Les communes, les départements , les régions ne disposent plus de ressources fiscales propres. C’est l’État central qui alimente leurs budgets, d’ailleurs de plus en plus maigres, et qui réduit leurs pouvoirs (5).

Centralisme étouffant

Dans ces conditions l’émergence de partis autonomistes est rendue très difficile en dehors de situtions particulières comme la Corse où l’insularité et la radicalité ont obligé l’État à la mise en place d’un statut spécial. Mais cela n’empêche pas le pouvoir central de faire montre de son mépris pour les élus corses. Trois députés nationalistes (sur quatre)  ont été réélus en Corse. Ailleurs on note l’élection du député breton Paul Molac ainsi que l’élection de députés autonomistes et indépendantistes dans les régions d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Polynésie).

Quant aux autres régions on peut constater la difficulté à se faire entendre. Le Pays-Basque, dans l’Etat français,  n’a obtenu que le droit de constituer une communauté d’agglomération, c’est à dire le minimum vital.

Partout ailleurs c’est une misère politique et budgétaire pour les régions.

Le mépris atteint son maximum lorsqu’il s’agit de la question linguistique. Que ce soit Macron, Le Pen ou Mélenchon, le refus de toute reconnaissance de la diversité linguistique et des droits des langues est permanent.

Il faut ajouter à cela un centralisme qui n’est pas que politique. Tout le système fonctionne sur le même modèle. Le centralisme est étouffant dans le domaine éducatif, dans le domaine des transports. Il l’est aussi dans celui des médias puisque l’audiovisuel public est inexistant dans les régions ou presque ( il n’existe aucune télévision régionale à l’image des télévisions autonomiques de l’Etat espagnol par exemple)  et les médias privés puissants sont tous installés à Paris, faisant perdre régulièrement de l’influence à ce qui reste de journaux quotidiens non parisiens. On ne doit pas sous estimer ce centralisme médiatique qui forme des citoyens à ne voir de valeur que dans ce qui vient de Paris. Il n’y a donc pas de contrepouvoirs régionaux en France. Et cela va jusqu’à oblitérer la création d’une élite politique qui ne serait pas inféodée à Paris

1)La crise créée par la guerre d’Algérie a accéléré la chute de la IV ème République

2)Les deux mandats sont maintenant de cinq ans, donc les députés sont élus quelques semaines après le président de la République.

3)Il publia en 1964 un livre dénonçant le pouvoir personnel du président de la République : « le coup d’Etat permanent » .

4)Son objectif étant de disposer d’une majorité à l’Assemblée et d’obliger ainsi le président de République à le nommer premier ministre. Le terme « élire » était donc détourné de son sens.

5)Le pouvoir des régions est quasi nul, leurs moyens budgétaires sont très faibles comparés à la plupart des pays d’Europe. Par exemple le budget de la Région Nouvelle Aquitaine (plus de 5 millions d’habitants) est de 3,3 milliards d’euros contre 12,4 milliards pour la communauté autonome d’Euskadi (2,2 millions d’habitants)

Progression des autonomistes

Trois députés nationalistes (sur quatre) ont été réélus en Corse. Ailleurs on note l’élection du député breton Paul Molac, très actif sur la question linguistique. Ces quatre députés sont membres de la coalition Régions et Peuples Solidaires qui regroupe des partis autonomistes de Corse, d’Alsace, d’Occitanie, du Pays-Basque, de Bretagne, de Catalogne et de Savoie.

Même si le nombre de députés autonomistes dans l’hexagone n’augmente pas, lors du premier tour de ces élections législatives les partis de RPS ont progressé de 16% en voix par rapport aux précédentes élections.

Les partis de RPS présentaient en tout 93 candidats. Jamais RPS n’en avait présenté autant jusqu’à ce jour. Ils ont réuni au premier tour de l’élection plus de 160 000 votes. ( l’élection est au suffrage uninominal à deux tours).

Régions et Peuples Solidaires est donc représenté à l’Assemblée Nationale et a aidé à la création d’un groupe de députés « Libertés et Territoires » Ce groupe devrait se reconstituer dans la nouvelle assemblée.

Il faut noter aussi l’élection de plusieurs députés autonomistes et indépendantistes dans les régions d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Polynésie). On saura dans les jours qui viennent s’il rejoignent le groupe « Libertés et Territoires ».

Inquiétude pour l’Europe et la diversité linguistique

L’arrivée de 90 députés de l’extrême droite ne présage rien de bon pour l’attitude de la France vis-à-vis de l’Europe. On connaît les positions très peu favorables à l’Europe du Rassemblement National et ses convergences avec Salvini, Orban et autres leaders populistes.

La position des élus de la France Insoumise à gauche est aussi une position très peu favorable à l’Europe. Il sont sur une ligne pluôt souverainiste.

Certes tous se défendent de vouloir la mort de l’Union européenne mais ils n’auront de cesse d’en réduire l’influence ou de tenter de le faire.

Il faut aussi noter que ces deux partis sont un apport supplémentaire aux adversaires des langues dites régionales. On connaît la position du président de la République sur le sujet. C’est son parti et son ministre de l’Education qui ont empêché l’application de la loi portée par le député RPS Molac, pourtant votée par les députés à une très large majorité, il y a un peu plus d’un an.

Démocratie, écologie, territoires /Democracia, ecologia, territòris

Voici les propositions résumées de ce que défendent aujourd’hui les candidats occitanistes dans ces élections législatives.

Que trobaratz aquí dètz proposicions resumidas defendudas peus candiadats occitanistas a las eleccions legislativas

Pour une démocratie dynamique/ Ua democracia dinamica e viva

Notre démocratie est malade. Elle se doit de respecter l’ensemble des citoyens, leur rendre le pouvoir. Ce que nous voulons : le Référendum d’Initiative Populaire, le scrutin proportionnel et territorialisé, la reconnaissance du vote blanc, le référendum révocatoire, une vraie égalité homme-femme, plus aucune discrimination.

La proximité c’est l’efficacité/ la proximitat qu’ei tanben l’eficacitat

Le pouvoir centralisé nie la diversité, il aggrave même les inégalités. Nous devons pouvoir décider collectivement depuis et pour nos territoires. Décentraliser est une urgence. Des collectivités adaptées, dotées des moyens d’agir directement avec et en faveur de ses habitants c’est plus de justice sociale, plus d’efficacité. Les services publics y ont leur rôle.

      Vivre dans la dignité/ Lo dret de víver dignament

Toujours aux mêmes de se serrer la ceinture, de s’angoisser à chaque accident de la vie. Les chèques occasionnels octroyés par l’Etat en temps de crise ne sont pas la solution. Une répartition digne et respectueuse des richesses par la revalorisation des bas salaires, des pensions de retraite et des minimas sociaux est indispensable. C’est cela une société durable.

La santé partout et pour tous/ La santat pertot e per totas e tots

La santé n’est pas une marchandise.  Les déserts médicaux doivent disparaitre, l’accès au service public de santé doit être garanti partout. Le système doit être repensé : formation, recrutement, qualité de l’exercice, répartition des compétences, rémunération. Les EHPAD à but lucratif n’ont pas leur place dans notre société. Là aussi il faut repenser un système à la dérive. La dignité de la population âgée n’est pas négociable.

L’énergie : innovation et économie / Energia : cau innovar e estauviar

Pour le climat investissons dans les énergies renouvelables (éoliennes, biomasse, solaire…) et dans la recherche. Misons aussi sur les économies d’énergie. Sortons du nucléaire, dangereux, source de déchets ingérables. La production d’énergie doit être moins centralisée, mieux répartie sur les territoires. Transportons moins de marchandises et mieux. 

Produire localement/ Tornar localizar las produccions

La crise Covid, l’instabilité internationale, le chômage, le climat, la pollution généralisée, démontrent la folie de la globalisation : alimentation, médicaments, produits manufacturés par des quasi-esclaves sont acheminés depuis l’autre bout du monde nous privant de notre autonomie. La relocalisation durable de la production sera au cœur de notre engagement parlementaire.

Ensemble paysans et consommateurs/ Los paisans e los consumidors son solidaris

L’Agriculture paysanne, à partir de la réalité des territoires, est au cœur de l’indispensable transformation écologique. Seule une politique ferme en faveur du respect de la terre, de l’eau, des animaux et de l’humanité entière relèvera les défis de demain : climat, santé, transports, aménagement et autonomie des territoires. Nous soutenons l’idée de « sécurité sociale alimentaire ». Il faut freiner l’extension urbaine, arrêter l’artificialisation des terres agricoles et développer le bio.

Se déplacer mieux/ Viatjar miélher

Pour le climat, notre pouvoir d’achat et nos territoires, modifions notre façon de nous déplacer. Favorisons les transports alternatifs économes en énergie. Tenons compte des contraintes des ruraux et des urbains. La priorité est aux transports du quotidien (trains, bus, vélo, covoit…) plutôt qu’aux projets pharaoniques tels les LGV et autres TGV. Réhabilitons les lignes de chemin de fer abandonnées, développons enfin le ferroutage.

Le droit au logement/ Lo dret de víver en un lotjament digne

Un logement digne est fondamental. Les publics fragiles, jeunes et vieux sont les plus pénalisés. La spéculation immobilière classique ou à but touristique en empêche l’accès. Là où nous vivons et travaillons, nous voulons un droit réel à louer un logement à un prix décent ou à en devenir propriétaire. Nous agirons pour une politique de rénovation écologique massive du bâti existant.

La diversité est une chance/ La diversitat de las lengas e de las culturas

Reconnaître les langues dites « régionales », pour nous l’Occitan ou langue d’oc, c’est leur donner une présence à l’école, dans l’espace public, dans tous les médias : là est la reconnaissance première de nos territoires. Oeuvrons à modifier l’article 2 de le Constitution pour donner à notre langue, à côté du français, une place officielle. Diversité culturelle et biodiversité vont de pair.

«endavant ! » dit non à la LGV Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse.

La réponse des candidats des Landes de « endavant ! » faite au CADE le collectif des associations opposées à la LGV entre Bordeaux et Dax et au projet GPSO en général avec le projet d’un passage de LGV en Pays Basque.

Los tres candidats de las Lanas per « endavant ! » qu’an responut aus opausants a la LGV qui deu anar de Bordèu a Dacs e après de cap tau País Basco. Un projècte qui tanben ei ligat au pojècte qui vòu que sia creada ua linha navèra enter Bordèu e Tolosa.

Les LGV et autres lignes à très grande vitesse sont des aberrations inutiles pour l’aménagement du territoire et des transports.

Nous sommes favorables à l’aménagement du réseau existant, sa rénovation et la réouverture de lignes fermées à ce jour (Pau Saragosse par exemple, ou remettre en service une ligne Tarbes-Mont-de Marsan-Bordeaux)

Faire des TGV alors que la fiabilité des trains de proximité se dégrade est une aberration.

Le gain de temps est ridicule comparé au coût total. De plus le gain de temps en porte-à-porte pour qui ne vit pas près d’une gare TGV est nul voire négatif.

Le modèle LGVest un choix d’aménagement du territoire que nous n’acceptons pas. Il recentralise encore plus le réseau ferroviaire et sacrifie les transversales.

Il est écologiquement contestable (espaces détruits, consommation d’énergie )

Il bénéficie en premier lieu à Paris et aux grandes métropoles.

Il est anormal de faire payer des collectivités pour des trains qu’elles ne verront jamais alors même qu’elles ne peuvent bénéficier d’une qualité de service sur le réseau classique.

Rénover les lignes classiques permet d’atteindre des vites très importantes et d’améliorer la mobilité sans dépenser les sommes astronomiques prévues pour les LGV. (cf les choix faits par certains pays européens qui ont laissé le modèle de la Très Grande Vitesse pour la Grande vitesse sur lignes classiques) .

Tout cet argent pour quoi ? « Rapprocher » les plages et les montagnes du « sud-ouest », des Pyrénées ou du « sud » à 4h00-5h00 de la capitale, gagner dix minutes, pour mieux jouir de la résidence secondaire, se mettre au vert ou au mieux pour télétravailler depuis chez soi.

C’est un modèle de société que nous contestons.

Transformer la Gasconha (Gascogne) et Iparralde (Pays basque) en lieux de villégiature pour touristes aisés, impacte les prix de l’immobilier, favorise l’accaparement foncier et immobilier et prive les locaux du droit de pouvoir se loger correctement au pays (cf. gentrification de Bordèu | Bordeaux qui se produit maintenant sur les villes landaises, béarnaises et basques de moindre taille et sur les côtes landaises ou basque, còsta d’argent, argent de còsta).

Les travailleurs d’ici se rendent-ils sur leurs lieux de travail en TGV, le feront-ils en LGV ? Nous devons d’abord exiger que les horaires et la fréquence des TER et des Intercités, soient adaptés aux déplacement de la population locale. Nous devons investir dans des lignes intercités et TER, au service des régions » (Bordeaux-Ychoux-Morcenx ; Morcenx-Dax ; Dax-Bayonne ; Dax-Pau ; Bordeaux-Toulouse, Bayonne-Toulouse, Toulouse-Marseille…).

Habitants, exploitants agricoles seront expropriés, des zones forestières seront saccagées et des zones riches en diversité animale et végétale seront détruites. C’est une casse absurde et c’est inutile !

L’état jacobin et les notables locaux sacrifient ainsi les intérêts des gascons et des basques sur l’autel de la Très Grande Vitesse et de l’exploit technologique. Nous ne sommes pas un parc d’attraction, pas plus que le bronze-cul de l’Europe, ni un lieu de confinement ou une possibilité de télétravail

Parce que Gascogne et Pays basque ne sont pas à vendre !

NON à la LGV !

NON au financement de projets technocratiques centralistes parisiens !

Que volem víver e decidir au País !

OUI aux TER et Intercités sur des lignes maintenues en état de fonctionnement et améliorées.

OUI à des fréquences horaires pratiques pour aller au travail, dans les administrations, dans les services de santé, …

OUI à un maillage au service des populations.

OUI aux gares accessibles en bicyclette, en scooter,… avec des consignes adaptées.

OUI au train-vélo.

OUI au ferroutage.

Voici l’un des dix points sur lequel nous nous engageons et qui se trouve sur nos professions de foi.

SE DEPLACER MIEUX

Pour le climat, notre pouvoir d’achat et nos territoires, modifions notre façon de nous déplacer. Favorisons les transports alternatifs économes en énergie. Tenons compte des contraintes des ruraux et des urbains. La priorité est aux transports du quotidien (trains, bus, vélo, covoiturage….) plutôt qu’aux projets pharaoniques tels les LGV et autres TGV. Réhabilitons les lignes de chemin de fer abandonnées, développons enfin le ferroutage.