Après l’indignation ???

La question de l’article 2 et des dégâts récurrents qu’il cause et va causer, ne peut nous laisser attendre une solution qui viendrait sans mobilisation, suivie, têtue et déterminée

Après l’indignation, les discours, et parfois les promesses et les postures radicales, vient le temps des réalités et du calendrier.

La loi Molac est pour le moment morte, en tous cas dans ses ambitions essentielles.

Paul Molac a fait un travail de qualité. On n’avait encore jamais été aussi loin. Le débat a eu lieu, et le vote majoritaire des parlementaires, sénateurs et députés est historique.

Mais le travail réalisé par le député breton pourrait, si nous n’y prenons garde, être déjà à ranger dans le tiroir des moments historiques manqués.
Le Conseil Constitutionnel a été saisi de ce texte de loi et s’est fait un plaisir de tirer avec son calibre article 2. La vision étriquée de ce qu’est la République a triomphé pour le moment. Cette République n’est pas la nôtre, elle n’est qu’une caricature alors que les valeurs républicaines sont bien autre chose que cette volonté farouche d’écraser les différences. 

Le tir est imparable pour le moment. Rien ne peut pour le moment nous faire espérer un changement sans que nous intervenions de façon dynamique.

Ceux qui pensent que la Constitution doit être réformée sont de plus en plus nombreux mais la réalité du calendrier et des institutions fait que jamais avant une nouvelle législature, c’est à dire dans un an, rien ne sera possible en ce domaine.

On ne voit pas le président de la République décider d’un référendum populaire sur le sujet et on ne voit pas non plus comment pourrait être convoqué le Parlement en Congrès d’ici la présidentielle. Et celui qui sait ce que pense le président de la République, en vrai, sur le sujet serait bien inspiré de nous en informer. En cinq ans il a tout dit et son contraire.

Donc c’est l’impasse. Et il y a un risque que des recours soient intentés devant la justice administrative pour condamner l’enseignement associatif immersif.

De toute façon nous ne pouvons pas accepter ce fait absolument scandaleux qui serait que le vote d’une loi par le Parlement, qui reconnaît à nos langues de nouveaux droits, se solde par un retour en arrière qui nous oblige à protéger des droits anciens, acquis après des années de travail et de mobilisation. Ce serait paradoxal que de se retrouver sur la défensive.

Les médias, en tous cas certains des plus influents, n ‘ont pas failli à la tradition en invitant sur leurs plateaux des consultants qui ne connaissaient rien à la question mais qui n’ont pas manqué de donner leur avis.

J’en ai même entendu un dire qu’il ne savait rien de la façon dont fonctionnaient les écoles immersives mais qu’il était contre parce que …parce que c’est comme ça !

Une autre, sur une chaine publique comparait le droit à apprendre les langues régionales au droit à envoyer ses enfants au catéchisme. Nos langues sont donc une croyance pour ces gens !!!

Bien évidemment notre volonté de sauver nos langues, de les développer, de les enseigner se heurterait au projet de faire en sorte que tous les enfants puissent « bien connaître le français ». Ils ne doutent de rien ces gens. Ce sont les petits occitans, bretons, basques et autres qui sont dans les écoles bilingues et immersives qui font que la langue de la République serait mal connue par certains enfants !!!

On nous accorderait cependant dans certains milieux une petite place dans des activités extrascolaires, mais pas au delà !

Nous sommes donc juste bon à cuisiner dans un jus de préjugés absolument inacceptables et c’est ce qui risque de nous étouffer si nous attendons que les promesses nombreuses qui ont été faites, de façon préelectorale, se réalisent.

Nos langues sont respectables à la condition qu’on ne les entende pas, qu’on ne les voie pas, qu’on ne les enseigne pas et qu’on ne les transmette pas. Voilà nos droits au point où nous en sommes.

Il s’agit d’un linguicide qui se poursuit, d’un crime contre la diversité culturelle et linguistique avec la bénédiction du Conseil Constitutionnel.

Nous ne pouvons pas l’accepter !

Il faut mettre en place une stratégie qui va nous mener au delà des échéances électorales si propices aux promesses et aux discours qui nous annoncent que tout va s’arranger, qu’il suffit d’être patients. Notre ennemi a toujours été le silence. Et je ne parle pas de la condescendance dont certains font preuve en lançant des sondages sur le net comportant des questions aussi stupides que basiques. Doit-on encore répondre à ceux qui se demandent si nos langues ont le droit de vivre ?

Elles vivent, c’est un fait. Leur développement est don un droit. A nous de le défendre.

Anem ! Per las lengas, la nosta e las autas ! ÒC

Nous ne voulons pas être tolérés mais nous voulons des droits

Question ! Avons nous le droit d’exister, tolère t-on notre existence ?  Nous donne t-on le droit de vivre et de nous développer ou juste de survivre?

Ce n’est pas la même chose vous en conviendrez.

 Après le très mauvais coup porté par le Conseil Constitutionnel nous voici sur la défensive alors que nous étions dans la conquête d’un droit nouveau. Mais aujourd’hui nous manifestons pour que les droits que nous avions auparavant soient préservés. Notre crainte est que la décision du Conseil Constitutionnel ne rende les écoles immersives illégales et donc que les aides qui leur sont accordées deviennent illégales. Un simple citoyen pourrait dans l’état actuel saisir la justice et demander l’annulation de toute aide publique à nos écoles associatives.

Il n’est plus question de l’immersion dans le public

La déclaration d’amour publiée ce jour avec la signature du président de la République ne dit rien sur les nouveaux droits que nous demandons. Elle dit juste qu’il va essayer de faire en sorte que la loi ne porte pas préjudice à des droits qui préexistaient à l’affaire.

Il serait donc paradoxal que nous nous contentions de la promesse qu’on ne nous fera pas du mal. D’autant plus que cette promesse vient un an avant la présidentielle et que le calendrier parlementaire rend impossible le vote d’une loi constitutionnelle avant cette élection.

Dans la situation actuelle il est difficile de penser que le Parlement puisse se réunir en Congrès ou que soit décidé un référendum sur la modification de la Constitution.

Cela nous renforce dans l’idée que nous devons trouver de nouveaux moyens d’action, sinon, dans la chaleur de l’été et l’euphorie d’un déconfinement (dont on sait la fragilité), il se pourrait que nous nous retrouvions dès la rentrée en campagne électorale avec des promesses qui ne seront jamais tenues. En 63 ans de Vème République nous en avons eu des promesses !

Rappelons que lors du vote de l’article 2 il avait été dit clairement que jamais cet article ne servirait contre nos langues. Il n’a servi qu’à cela.

Conclusion : la seule solution est l’abrogation de l’article 2 tel qu’il est rédigé et la rédaction d’un nouvel article qui établira de nouveaux droits pour nos langues. C’est un processus long.

Mais pour en arriver là il faut des moyens d’action qui iront au delà de l’indignation légitime qui est la nôtre et que nous exprimerons samedi dans nos territoires.

Nous ne pouvons pas nous contenter d’être tolérés. Nous sommes des citoyens de la République et nous avons des droits à faire valoir. La légitimité donne des droits et ces droits doivent devenir la légalité. Hors de ce schéma nous resterons sous la menace.

DAVID GROSCLAUDE

Loi Molac : la constitutionnalisation d’un préjugé

Après la censure de la loi Molac par le Conseil Constitutionnel, nous sommes contraints à de nouvelles formes d’action. L’article 2 est le couteau suisse de tous les opposants à la reconnaissance des langues. Ils n’ont plus besoin de réfléchir. On parle des langues, alors on sort l’article 2.

La décision du Conseil Constitutionnel concernant le texte de loi présenté par Paul Molac et voté par les députés, va nous obliger à radicaliser nos méthodes de revendication.

Ceux qui me connaissent savent que je ne veux pas dire par là qu’il faille devenir violent. Je ne suis pas un violent, je ne l’ai jamais été et ne le deviendrai pas.

Cependant il existe des formes de revendication plus radicales que la simple contestation des arguments de l’autre, surtout quand il n’en a pas. Nous défendons des principes qui sont précieux : l’égalité des langues et des cultures, donc des hommes et des femmes. Cela signifie que, à ceux qui affirment que le français est une langue supérieure, nous devons répondre de façon claire et déterminée. Leur article 2 n’est que la constitutionnalisation d’un préjugé qui les maintient confortablement dans leur croyance que seule une langue serait capable d’exprimer des valeurs universelles.

Rappelons que les principes républicains ne leur appartiennent pas et que la langue française non plus ne leur appartient pas. Elle est mienne au même titre qu’elle est leur. Et en tant que citoyen je suis libre de la faire cohabiter, dans un équilibre qui me convient, avec l’autre langue, que ce soit l’occitan, le breton ou le basque…

Nous sommes face à un adversaire qui vit sur une ignorance forte ; celle qui existe en France concernant les questions linguistiques. C’est un pays où l’on vit sur des préjugés encore transmis de façon massive par divers canaux et intégrés par différentes générations.

On raille ceux qui, comme nous, se battent pour leur langue. Je suis bien placé pour le savoir puisque je me souviens de quelques messages et réflexions de personnes qui disaient qu’il fallait être bien stupide pour mener une action comme une grève de la faim afin d’obtenir une avancée dans le domaine de la langue occitane. : « Faire ça pour ça ! C’est idiot, franchement ! ». Et ce n’était pas la simple réflexion d’un quidam de base.

Nous avons donc la responsabilité de donner à ce combat la valeur qu’il mérite. Il faut lutter contre la déqualification permanente dont il est l’objet.

Il nous reste à déterminer les armes pacifiques mais efficaces, que nous devrons employer.

Le pire serait d’en être réduit aujourd’hui à défendre ce que nous avons construit parce que des prétendus sages se sont appuyés sur une affirmation constitutionnelle ambiguë qui laisse entendre que le français serait la seule langue républicaine. L’article 2 est en effet rédigé de façon à donner du crédit à un préjugé répandu selon lequel le français serait la seule langue pouvant porter les valeurs de la République (1)

En être réduits à défendre les écoles immersives contre une possible déclaration d’inconstitutionnalité de leur méthode pédagogique  serait une régression.  

Notre indignation est légitime…mais

Il est évident que cette décision du Conseil Constitutionnel est scandaleuse et injuste ! Bien sûr, nous avons raison de nous indigner de l’incapacité de la France à entrer dans un monde où les langues et les cultures se respectent !

C’est une évidence que la menace qui pèse sur l’enseignement immersif est réelle après cette interprétation de l’article 2 de la Constitution.

Mais il serait naïf de nous étonner de cette décision. Elle est dans la droite ligne de ce qui se dit et se fait depuis des décennies, des siècles même.

Vous me direz que ce n’est pas une raison. Ce n’est pas parce que l’on trempe dans sa médiocrité depuis des années que l’on doit continuer à produire ce jus infâme.

Mais que nous apprend cette décision ? Elle nous dit deux choses :

—d’abord que nous sommes dans la continuité de ce qui est dit et fait depuis de longues années,

— que la question des langues est certainement l’un des sujets les plus politiques qui existe en France.

La continuité parce que, à droite et à gauche, les préjugés ont la vie dure et que l’ignorance dans le domaine linguistique est comme une médaille que certains accrochent au revers de leur veste. Fiers de leur certitude que le français est une langue supérieure à toutes les autres. Je vous conseille de relire les plus caricaturales déclarations sur le sujet qui ont pour auteurs un certain François Fillon et un certain Jean-Luc Mélenchon ; un de droite et un de gauche. Cela éclairera ceux qui doutent encore qu’il existe des acharnés.  

Rappelons que jusqu’au vote de l’article 2 de la Constitution en 1992 des dizaines de propositions de loi sont parties à la poubelle. 

Le refus de les faire, ne serait-ce que débattre par les députés, est le résultat du travail de sape de personnalités de gauche et de droite. Sur ce sujet la littérature est abondante et je pourrais longuement étayer mon propos par des citations aussi croustillantes que pénibles à lire pour qui estime que les principes de liberté, d’égalité et de fraternité sont importants et essentiels. 

En 1984, par exemple, c’est un certain Laurent Fabius (aujourd’hui président du Conseil Constitutionnel)  qui s’opposa à toute discussion d’une proposition de loi sur les langues, pourtant promise par celui qui était président de la République : François Mittérrand. Avant eux, la droite dans les débuts de la cinquième République n’avait eu d’autre ligne de conduite, que d’enterrer toute proposition de loi qui aurait permis d’avancer.

Donc gauche ou droite : match nul, mais vraiment nul !  

Puis vint 1992. C’est la date du fameux article 2 de la constitution. Un article dont gauche et droite se disputent la paternité. Les avertissements selon lesquels cet article était un article scélérat ne furent pas entendus. Quelques années plus tard certains députés, qui  l’avaient défendu, reconnurent qu’il s’étaient trompés (2). Trop tard. Le mal était fait.  

De toute façon cet article 2 n’était qu’une arme contre nos langues. La France savait qu’elle devait faire quelque chose pour se protéger contre la Charte Européenne des Langues Régionales et Minoritaires qui devait arriver à la signature dès la fin de 1992. L’article 2 était l’arme de destruction massive.  (3)

Qui s’y opposa ? Pas la gauche, pas la droite. Seuls quelques députés et sénateurs de façon isolée eurent le courage de dénoncer cette manipulation de l’idée républicaine au profit d’une vision coloniale des langues.

Je ne citerai pas les noms de tous ceux qui ont œuvré contre nos langues. Il y en a de droite et d’autres de gauche. Et ne cherchez pas à savoir si les députés occitans ont été plus intelligents que les autres sur le sujet. Leur implantation sur le territoire de la langue occitane ne les a jamais rendus plus clairvoyants…Ce serait même parfois le contraire.

Et aujourd’hui les adversaires qui sont-ils ?

Concernant le présent il suffit, pour comprendre ce qui vient de se passer, de relire le discours du président de la République sur la langue française et la francophonie prononcé en 2018. Il était une démonstration de la faiblesse de sa pensée sur le sujet. Il déclara ceci :  «Au fond, nous sommes le seul pays de la Francophonie qui ne vit qu’en français (…) Il n’y a que les Français qui n’ont que le Français ». (4)

Quant à son intervention à Villers-Cotterêt quelques mois plus tard elle atteignait des sommets d’incompétence, ce qui n’est pas grave, et de mépris, ce qui l’est beaucoup plus. Il expliquait à des enfants d’une école que François 1er avait fait une œuvre majeure avec son édit de 1539 parce que sinon nous serions dans un pays ou nous ne pourrions pas nous comprendre puisque nous parlerions tous des « patois un peu différents » ! Admirez la précision du discours.

Puis il y a notre ministre de l’Éducation qui s’interrogeait en mai 2019 devant les sénateurs avec cette réflexion qui explique son acharnement contre l’enseignement immersif. Pour le ministre cet enseignement pourrait s’assimiler une une forme de maltraitance :  « l’immersif est l’unilinguisme puisque ce qu’on met derrière la notion de maternelle immersive, c’est le fait que les enfants ne parlent que la langue régionale. Déjà, d’un point de vue pédagogique il y aurait eu beaucoup à discuter autour de ça, on pourrait arriver à dire que cognitivement ce n’est pas si bon que ça, précisément si l’enfant est mis dans la situation d’ignorer la langue française. Sur le plan pédagogique, il y a une véritable question sur l’immersion ».

Alors comment s’étonner de ce qui vient de se passer ? C’était écrit. Mais cela n’enlève rien au travail réalisé par Paul Molac et à l’énergie qu’il a déployée. Jamais nous n’étions arrivés aussi loin dans un débat à l’Assemblée Nationale sur le sujet. Cependant il reste le mur, construit en 1992 et dont l’utilité pour nos adversaires se vérifie régulièrement depuis bientôt trente ans. C’est leur couteau suisse. Ils l’ont en poche dès que nous bougeons le petit doigt. C’est l’outil magique.

Il n’y a pas de sujet plus politique que la question des langues.

Rien que l’acharnement dont fait preuve le système français centralisateur, avec l’aide d’une partie de ceux qui se prennent pour le coeur de la culture française (quelques femmes et hommes de médias, l’Académie Française , une intelligentsia autoproclamée…) devrait nous convaincre que jamais sujet n’a été aussi politique.

L’idée qui consiste à vouloir faire croire que toucher à la langue c’est toucher à la République est la plus grande imposture qui nous est présentée. Ainsi, de parler occitan, breton, basque…à nos enfants, de les scolariser dans ces langues, de leur donner des prénoms avec des accents qui n’existent pas en français, serait une atteinte aux principes républicains ? Quelle est cette farce ridicule ? Comment peut-on nous prendre à ce point pour des idiots ? Croient-ils vraiment à ce qu’ils disent ?

Leur foi en la solidité de la République est bien fragile s’ils pensent qu’un accent aigu sur un « i » ou un tilde sur un « n » peut faire s’effondrer cette République.

Allons nous laisser les idéaux républicains à des fanatiques du monolinguisme ?

Nous devons faire de la politique et placer cette question au cœur du débat politique et en faire un thème de combat. Il nous appartient de bien faire apparaître cette question comme une question centrale pour l’avenir. Et pas de demi-mesure ! Pas d’alliés enthousiastes dans les seules périodes électorales  qui une fois aux affaires tiédissent avec l’argument toujours brandi des « priorités » ou des « urgences ».  

En effet, nous avons nous-mêmes une responsabilité dans cette affaire. Nous avons tendance à accepter que la question de la diversité des langues soit classée dans la liste des  questions subalternes. C’est ce qu’on nous dit et ce qu’on nous répète et peu à peu nous intégrons cette idée. Ce ne serait qu’un débat « culturel » donc pas vital au contraire du social, de l’économique ou de ce qui touche à l’écologie. Nous acceptons beaucoup trop cette idée, dans nos associations, nos partis, nos organisations diverses. Ce combat pour les langues est noble mais surtout central pour la démocratie, la tolérance entre les peuples. Ne nous laissons pas gagner par l’idée que ce qui est culturel serait une revendication de privilégiés alors que les gens du peuples auraient besoin de pain et pas de culture. Nous serions donc les porteurs d’une revendication de nantis, de gens installés dans leur confort, ignorant ce qu’est la vraie réalité du monde. Tout cela pue le mépris du peuple et ensuite ce n’est pas parce que je suis attaché à l’outil qui m’aide à communiquer, à penser, à transmettre que je suis un privilégié nanti.

Réveillons nous ! Quand des gens vous expliquent qu’il y a des sous-langues, donc des sous-cultures, nous sommes bien loin de la démocratie dont nous rêvons et loin des idéaux républicains.  Comment peut-on accepter cela de nos dirigeants politiques ?

Quelle crédibilité donner à des gens qui tiennent de tels propos et qui, à côté, plaident pour la préservation de la diversité biologique, disent qu’il faut lutter contre la destruction de la planète ? Si le futur qu’ils nous proposent passe pas l’uniformité et par la destruction de langues et de cultures jugées comme inférieures, qu’en sera t-il de l’avenir des individus ? Quand on nie l’égalité des langues et des cultures on nie l’égalité des femmes et des hommes qui peuplent cette planète.

Je terminerai en disant que si l’État français se crispe sur cette affaire c’est en raison de son impuissance dans beaucoup d’autres domaines, comme bon nombre d’États. La question de la langue reste un terrain sur lequel il peut encore faire sentir son autorité. Il l’a perdue dans le domaine économique, écologique, et nous l’avons vu sanitaire. Affirmer sa puissance de façon presque pathétique, il peut le faire en se crispant sur la langue qu’il perçoit comme son seul marqueur identitaire. Parce que c’est bien face à un adversaire obsédé par l’identité que nous nous trouvons, face à un fanatique identitaire nostalgique, qui nous refuse la double identité.  

(1) Qui n’a pas hésité en citant le fameux article entre ces deux formulations : « le français est la langue de la République » et « la langue de la République est le français ». Quelle est la bonne ? C’est la deuxième, mais cela laisse penser que la République ne peut exprimer ses principes que dans une langue. Il aurait été plus clair de dire : « La langue officielle de la République française est le français ». Ce ne fut pas écrit ainsi et je fais partie de ceux qui pensent que ce n’est pas neutre.

(2)J’en ai personnellement discuté avec Yves Dollo député breton PS de l’époque ainsi qu’avec Alain Lamassourre (qui fut ministre, député et eurodéputé du Pays Basque) qui lui revendiquait une partie de la paternité de cet article. Ils ont tous deux reconnu que cet article fut une erreur dans la mesure où il a servi contre nos langues alors que ce n’était officiellement pas son objectif. Le Garde des Sceaux de l’époque, le provençal Michel Vauzelle, promettait devant les sénateurs que jamais ils ne servirait contre les langues dites régionales alors que le sénateur alsacien H. Goetschy le mettait en garde.  On a vu la suite.

(3)C’est en effet en novembre 1992 que la Charte Européenne est mise à la signature des États du Conseil de l’Europe, malgré les efforts de la France pour empêcher ce texte de voir le jour.  La classe politique française avait d’ailleurs déjà été prise de frayeur en 1991 par les velléités corses de reconnaissance du peuple corse et de l’officialité de la langue. Toutes les conditions étaient réunies pour que soit construit le barrage qu’est  l’article 2  rédigé sous le prétexte de se protéger de l’anglais …

(4) extraits du discours prononcé le 20 mars 2018 à l’Institut de France http://www.elysee.fr/declarations/article/transcription-du-discours-du-president-de-la-republique-a-l-institut-de-france-pour-la-strategie-sur-la-langue-francaise/

Lei Molac : un pas de mai.

Es un pas de mai que faguèron los deputats aqueste 8 d’abril mas es pas de segur lo cap del camin. Calrá encara de mobilizacions e de bastèstas per que la lei s’aplique.

Èri pas suls bancs del public en 1951 quand foguèt votada la lei Deixonne mas la causa me foguèt contada pel deputat de Tarn que rencontrèri fa ja 40 ans, en decembre de 1980. Maurice Deixonne demorava a Urriage, a costat de Granòble. Aviá pres sa retirada de la politica dempuèi bel brieu e foguèt estonat de me veire far tant de camin per li parlar de la lei que portava son nom.

Estonat perqué me diguèt que jamai auriá pensat dins sa vida qu’una lei sus las « lengas e dialèctes locals » portariá son nom. La question lo passionava pas mas coma m’o diguèt, faguèt lo trabalh perqué èra un « parlamentari conscienciós ».

Un dels debats a l’Assemblada Nacionala sus las lengas, en 2015 (DG)

De lengas regionalas ne parlava pas cap. Aviá un nom catalan mas èra nascut a l’Isla Maurice e lo sol ligam qu’aviá amb l’occitan èra sa circonscripcion del Tarn, que foguèt la de Jaurés abans la guèrra de 14/18. E, se defendèt lo 22 de decembre de 1951 son tèxte de lei (ja plan modificat pels uns e pels autres) es que sa femna li aviá fait veire un article de Jaurés sus la question e que per el, se Jaurés aviá conselhat d’ensenhar las lengas regionalas voliá dire que la causa s’ameritava d’èstre defenduda. L’istòria pren de camins estranhs per nos donar de frucha.

Cal dire qu’en 1951 lo Senat de l’epòca (que se disiá Conselh de la Republica) aviá pas briga sostengut Deixonne e al contrari aviá prepausat un contratèxte, un contrafuòc. Deixonne aguèt donc a lutar contra los senators e contra son partit, la SFIO, majoritariament opausada a sa proposicion de lei. (1)

Aqueste còp, 70 ans après es un deputat conscienciós tanben, un breton, Paul Molac que portèt lo tèxte. A finalizat coma caliá e amb dexteritat lo trabalh de mai de quaranta ans de reivindicacions portadas pel movement politic e pels movements culturals.

La lei Molac, de mon punt de vista, es l’abotiment d’un procèssus reivindicatiu que rendèt possible la presa de consciéncia de la part d’una novèla generacion de parlamentaris. On sabut comprendre que la question de las lengas deviá èstre dedramatizada. Mas aquel debat a pas fait dintrar França dins los grans païses capables de protegir la diversitat lingüistica. Paul Molac e lo grop Libertés et Territoires que l’an ajudada a sortir d’aqueles païses que son òbra principala es la destruccion de la diversitat. Lo pas en davant fait per la lei Molac es immense comparat amb çò qu’avèm conegut duscas ara, mas es un minimum dins lo domèni de la democracia. Reconéisser l’immersion coma metòde d’ensenhament eficaça, reconéisser la legitimitat de la preséncia del bilinguisme dins la senhaletica bilingua es pas un pas de gigant dins l’absolut ; pasmens es un efòrç gigant per França, empegada dins sas certituds e sas conviccions sus la superioritat de la francofonia. Molac aviá de far comprendre que tot aquò èra vielhòt. Capitèt !

Qu’òm aja lo dret d’ara enlà de metre un accent agut sul «Í» dins lo prenom d’un mainatge  o un tilde a Fanch es una victòria mas es pas una avançada istorica per l’umanitat.

E disi pas aquò per minimizar la portada del tèxte o lo trabalh necessari per lo far votar ;  al contrari  o disi per mostrar que començam de sortir de la preistòria en matèria de politica lingüistica e qu’aquò necessitèt de grans esfòrces.

Arguments vièlhs

Paul Molac fa partida de la novèla generacion de parlamentaris que parlavai abans. A podut convéncer una gran part de sos collègas amb d’arguments que foncionavan pas fa trenta ans. Per astre, foncionan ara, en rason del trabalh fait per des milierats de personas en Occitània, Bretanha, Corsega, País Basc, Catalonha, Alsàcia…

A l’opausat lo minitre de l’Educacion el, se plantèt complètament. Es el que sortiguèt al mièg del debat lo mot de « separatisme ». Me sembla que perdèt lo vòte a aquel moment perqué d’une deputats se sentiguèron insultats per aquel maniqueïsme ridicule.

Tanben, partissiá pas amb un  a priori favorable. Faguèt de declaracions sus l’immersion que pesavan dins lo debat. E calriá parlar de la nullitat de las divèrsas presas de paraula del president de la Republica sus la question dempuèi qu’es arribat al poder. Son intervencion dins una escòla de Villers-Cotterêts es un exemple d’incultura e de mesprètz que veniá d’una autra epòca. Aviá evocat devant de mainatges lo fait que François 1èr nos aviá sauvat d’una situacion que fariá que seriam dins un país ont lo monde se poirián pas comprendre perqué parlarián pas que « des patois ».

Es tot aquò que lo raportaire del tèxte, Paul Molac, deviá prendre en compte per far passar son tèxte. O faguèt fòrça plan.

Solide aguèrem los tradicionals opausants de l’esquèrra, los que son oficialament pas sosmeses a res, los que vòlon incarnar l’insomission mas que son jos la lei dels prejutjats linguistics e culturals dempuèi…me demandi quant de temps.

Vòli saludar tanben la prestacion del deputat de Bretanha LR Marc Le Fur. Es pas un òme d’esquèrra es clar mas, lo combat que mena per las lengas lo mena dempuèi fòrça longtemps. Es el que foguèt a l’origina de l’article 75-1 de la constitucion. Arribèt a convéncer Nicolas Sarkozy en 2008 de s’opausar pas a aquel cambiament. Foguèt un primièr pas.

Aquela aliança entre Molac e Le Fur es interessanta. Un professor de l’ensenhament bilingüe amb un ancian prefècte : es un aliança originala.

Los arguments vièlhs foncionèron donc pas aqueste còp ; enfin pas totes. Ausiguèrem encara de causas qu’an pas ges de rapòrt amb la question lingüistica. Pensi pas que d’evocar la longa lista dels mòrts suls monuments dels vilatges occitans, bretons, còrses o autres pòsca servir dins aqueles debats ; mas permet a d’unes de far de declaracions patrioticas en tot disent que de parlar occitan o breton empachava pas de morir jos las bombas o la mitralha.

Per tot çò d’autre avèm plan vist que la denonciacion de l’incapacitat d’aprendre coma cal lo francés per de mainatges que seguisson un ensenhament en occitan o en breton, foncionava pas mai. Pauc a pauc l’idea que lo multilingusime es positiu progressa enfin en França. Mas i a encara de camin a far.

Aplicar la lei

Una lei val çò que val una lei. Sèm en França. L’administracion nauta i a un pes enòrme e es ela que pòt entravar l’aplicacion d’una lei. Los decrets d’aplicacion tardan sovent a èstre publicats e aquò depend d’aquera administracion que vòl pas daissar un grama de son poder e de son influéncia.

Dins los ministèris s’escondon las fòrças que sovent empachan un tèxte d’èstre aplicat coma cal.

Cal comptar tanben amb la magra consideracion que pòt aver aquela administracion pels elegits locals e tot çò que pertòca las collectivitats, las regions e la cultura qu’es pas la cultura del centre.

Aurem a combatre encara per far dintrar en aplicacion çò que los deputats e los senators an volgut.

Sus l’ensenhament, es particularament important pr’amor per far d’escòlas bilinguas o per immersion, cal de mèstres e de professors formats. E la formacion demanda de mejans economics e de decisions claras.

La mobilizacion dels militants politics e culturals es donc pas acabada. Nos calrá encara anar dire las meteissas causas a de monde que faràn tot çò que pòdon per explicar que sul principi los deputats an votat quicòm mas que dins la realitat se pòt pas aplicar. Aquò s’apèla l’immobilisme ; es un enemic que trobam sus nòstre camin dempuèi 70 ans, dempuèi la lei Deixonne.

Aurem la legitimitat e quitament la legalitat ; es pas res mas, çaquelà,  necessita totjorn e encara la mobilizacion.

David Grosclaude

(1) La proposicion Deixonne èra en realitat un compromís que li avián demandat de far entre tres proposicions favorablas a las lengas e una contra. Las tres favorablas las prenguèt en compte ; venián dels comunistas, del MRP e de la SFIO. Mas le tèxte opausat èra estat presentat tanben per una elegida socialista del Conselh de la Republica. Deixonne considerèt qu’èra sonque l’expression d’opausants e qu’èra pas constructiu.

Eurodeputats ! Quina Euròpa volètz ? Trois eurodéputés catalans sans immunité.

Article bilingue (version française à la suite )

La majoritat dels eurodeputats an votat en favor de retirar l’immunitat parlamentària de tres deputats catalans (404 contra 247). Los tres (Toní Comin, Carles Puigdemont e Clara Ponsatí) son acusats per l’Estat espanhòl d’aver participat de faiçon absoludament pacifica a l’organizacion d’un referèndum sus l’independéncia de Catalonha ! C’était en 2017.

La majorité des eurodéputés ont voté en faveur de la levée de l’immunité parlementaire de trois députés catalans(404 contra 247). Ces trois eurodéputés (Toní Comin, Carles Puigdemont e Clara Ponsatí) sont accusés par l’État espagnol d’avoir participé de façon totalement pacifique à l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. C’était en 2017.

Lo Parlament europèu a Brussèlas

Tres eurodeputats que contèstan l’ordi actual dels Estats Nacions en Euròpa son donc condamnats e riscan d’èstre mandats entre las mans de jutges espanhòls.

 Èran pas pro europeïstas ?  Non ! N’èran tròp ? Benlèu !

Explicatz-me, vosautres eurodeputats coma podètz justificar vòstra posicion ? Sètz los aparaires de l’idèa europèa ? Alara perqué vos metre al servici d’un Estat qu’a sabut sonque enviar la polícia per respondre a una volontat democratica ?

Explicatz me perqué obritz la pòrta a la condamnacion de tres de vòstres collègas qu’an obrat en favor d’una consultacion democratica. La volontat d’inependéncia, qu’es l’afar dels catalans e sonque, ni la vòstra ni la meuna, foguèt confirmada dins las urnas fa tres setmanas. Ma preocupacion coma ciutadan europèu es la democracia e sonque. E la vòstra, coma eurodeputats, quala es ?

E vos, acceptatz de liurar als jutges (disi pas a la Justícia)  espanhòls aqueles tres eurodeputats ? Mas quina Euròpa volètz ? Me demandi se volètz una Euròpa ?

Finalament es aquò la question ? E la segonda question que ven es : es que volètz vertadièrament la democracia ? Pr’amor aqueles tres deputats que condamnatz son estats elegits coma vosautres, amb la meteissa legitimitat.

Alavetz que volètz ?  

David Grosclaude

Partit Occitan Vice-president de l’ALE 

Cal senhalar qu’èra un vòta dab bulletin secret. Lo Grop d’eurodeputats qui compta los de mon partit l’Aliança Libra Europèa amb los Verds (ALE –Verds) a fait saber que votava unanimament contra lo fait de retirar l’immunitat

Urós d’aver rencontrat a Carles Puigdemont au nom deu Partit Occitan e de l’aver dit lo sostien noste.

Trois eurodéputés catalans sans immunité

Mais quelle Europe veulent ceux qui ont voté cette levée d’immunité ?

La majorité des eurodéputés ont voté en faveur de la levée de l’immunité parlementaire de trois députés catalans(404 contra 247). Ces trois eurodéputés (Toní Comin, Carles Puigdemont e Clara Ponsatí) sont accusés par l’État espagnol d’avoir participé de façon totalement pacifique à l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. C’était en 2017.

Quelle honte et quelle contradiction  que ce vote !

Trois eurodéputés qui contestent l’ordre actuel des États-Nations en Europe sont donc condamnés et risquent d’être envoyés devant des juges espagnols.

N’étaient ils pas assez européïstes ? Non ! Ils l’étaient peut-être trop ? C’est ça leur tort ?

Expliquez-moi, vous eurodéputés comment vous pouvez justifier votre position ?

Êtes-vous les défenseurs et les protecteurs de l’idée européenne ? Alors pourquoi vous mettre au service d’un État qui n’a su qu’envoyer la police pour répondre à une volonté démocratique ?

Expliquez-moi pourquoi vous ouvrez la porte à une condamnation de vos collègues qui ont œuvré en faveur d’une consultation démocratique. La volonté d’indépendance qui est l’affaire des catalans, elle n’est ni la mienne ni la vôtre, a été confirmée dans les urnes il y a quelques semaines. Ma seule affaire en tant que citoyen européen c’est la démocratie. La vôtre en tant qu’eurodéputé, qu’elle est-elle ?

Et vous acceptez de livrer aux juges ( je ne dis pas à la Justice) espagnols ces trois eurodéputés ? Mais quelle Europe voulez-vous ? Voulez-vous seulement une Europe ? C’est finalement la question. Et la deuxième qui vient en suivant est simple : voulez-vous seulement la démocratie ? Parce que ces trois eurodéputés ont été élus avec la même légitilité que la vôtre.

Alors que voulez-vous ?

David Grosclaude

Partit Occitan

Vice-president de l’ALE 

Il faut signaler qu’il s’agissait d’un vote à bulletin secret. Le groupe d’eurodéputés où se trouvent les eurodéputés de mon parti, l’Alliance Libre Européenne (qui est le groupe ALE-VERTS ) a fait savoir qu’il a voté à l’unanimité contre cette demande de levée d’immunité.