Mois: avril 2017

Je voterai E. Macron simplement ; mais je n’aime pas construire des « barrages » !

Publié le

macron.jpg

Je voterai E. Macron.  Je ne parlerai pas de « faire barrage » !

Il y a dans cette formule une sacrée ambigüité. Quand on fait un barrage on empêche l’eau de passer mais on fait monter le niveau de l’eau. Bref le problème c’est que depuis quelques années on ne doit pas regarder du bon côté du mur que l’on prétend construire. Si on regarde en aval tout va bien ! Si on regarde en amont c’est plus compliqué. Derrière le mur s’accumule le fruit des erreurs, des maladresses. Et à chaque fois il faut monter un peu plus le niveau du barrage. La submersion est le vrai danger.

Donc je ne « ferai pas barrage » au FN le 7 mai ; je voterai pour Emmanuel Macron pour empêcher le pouvoir de basculer à l’extrême de la droite. C’est la seule arme qui me reste. Ce ne sera pas un vote par défaut mais carrément un vote par dépit.

« Faire barrage » est encore une de ces expressions pour tenter de ne pas voir la réalité en face. Parmi ceux qui « feront barrage » comme ils disent, il y en a tant qui ont tant fait pour qu’il pleuve en amont, entre chaque élection (scandales, reniements, petits calculs, carrierisme…). Il y a aussi ceux qui font monter régulièrement le niveau du lac avec leurs larmes de crocodiles.

Pour vider un barrage il faut le siphonner. C’est la seule solution. Il faut faire en sorte que les idées simplistes, nationalistes et chauvines cessent de fasciner de plus en plus de monde.

Je voterai Macron, par dépit. Parce que ce système qui consiste à élire un monarque républicain risque de provoquer un passage brutal du pouvoir central avec armes et bagages à l’extrême droite.

Si ce n’est pas cette fois-ci, vu la tendance ce serait pour la prochaine, malgré les constructeurs de barrages qui reviennent à chaque élection. Je ne peux m’y résoudre.

Alors dépêchons nous de siphonner !

Le projet d’Emmanuel Macron ne m’a pas séduit au premier tour et ne me séduira pas plus entre les deux tours. Mais ma conviction démocratique fait que je ne peux pas faire autrement. Je voterai donc Emmanuel Macron et je le dis sans que cela m’écorche la bouche ; je mettrai le bulletin dans l’urne sans que ça m’écorche les doigts.

Cependant, la vraie question est : que vaudront ces élections une fois cette affaire terminée ?

Je voterai pour Emmanuel Macron tout en disant que je n’ai qu’une seule revendication : que lui ne se revendique pas de ma voix.

Il faudra bien remettre le système en question. L’extrême droite ne propose rien de tout cela évidemment. Mais je crains qu’ Emmanuel Macron non plus. Certes il défend l’Europe, la plus grande aventure politique que nous ayons vécue en 60 ans. Mais cela reste une Europe des égoïsmes étatiques, sans véritable démocratie, qui ne donnera pas le pouvoir à son parlement, une Europe qui ne veut pas faire l’effort de réformer sa politique sociale, fiscale et écologique ; alors que c’est l’urgence.

Je voterai Emmanuel Macron même s’il ne dit rien de ce qui mine la démocratie dans notre pays, c’est à dire le centralisme qu’il soit politique, médiatique et économique.

Je voterai Emmanuel Macron parce que j’en ai marre de faire des barrages et des frontières. Mais ce ne sera pas une voix de soutien, ni d’approbation de son projet.

J’espère qu’il comprendra que nous serons nombreux à penser comme cela et qu’il saura en tirer les conséquences.

Il faudra bien un jour mettre un peu de subversion dans le système pour éviter la submersion.

David Grosclaude

Présidentielle : la « der des der » ?

Publié le

 

Cette élection est le triomphe du scénario de la série télévisée basique. Depuis des mois on tient en haleine l’opinion (on essaye pour le moins) avec des personnages bien typés, qui tiennent tous un rôle digne des séries américaines. Il y a une sorte de famille qui est le centre du monde parce qu’elle vit en dehors des réalités extérieures. Elle s’accorde aussi pour dire qu’il faut être unis, rassemblés, et que l’avenir de la famille ne dépend que de nous et du chef de famille que l’on se choisira. Parce que comme dans les séries américaines on vous répète à longueur de scénario que ce qui est important c’est « d’être une vraie famille ».

l'Elysée
la cour de l’Élysée

 

Les rôles sont bien répartis par les médias. Il y a les membres de la famille qui sont raisonnables et puis ceux qui sont un peu plus turbulents. Il y a ceux qui peuvent vraiment prétendre au rôle de pater (ou mater) familias et puis les autres, un peu les vilains petits canards, les originaux, mais qui sont nécessaires à la trame de quelques épisodes. Il faut bien faire durer un peu le plaisir, se distraire de temps en temps avec quelques anecdoctes. Mais les commentateurs ne s’y trompent pas ; ils nous rappellent qu’il y a ceux qui sont sérieux et les autres.

Saisons

Comme dans les séries nous avons eu droit aux diverses saisons. Il y avait avant les primaires, pendant les primaires et puis après. Tout cela a été agrémenté de quelques anecdoctes sur le comportement des uns et des autres, les trahisons, les révélations, les turpitudes éventuellement.

Le suspense est entretenu chaque jour mais on vous promet que vous ne serez pas victime de la frustration que peut engendrer la fin de la série. Vous savez, ce petit cafard qui vous prend quand vous connaissez l’épilogue et que vous retournez à la vie réelle. Non, après s’ouvre un autre monde, une autre époque. De tout cela sortira l’homme ou la femme providentielle et sa cohorte de changements inespérés, ou redoutés selon les cas. Et en plus cette série est interactive. Vous pouvez influer sur le comportement des uns et des autres parce que l’on vous sonde et que l’on vous fait dire ce que vous avez aimé, détesté, ce que vous souhaiteriez entendre.

Hexagone replié et centralisme outrancier

Mais si cette élection présidentielle au lieu d’être une copie d’une série télévisée était la «der des der » ? N’est ce pas ce qu’il faut souhaiter ? Pour moi cela ne fait aucun doute.

Voilà des mois que l’hexagone s’est replié sur lui-même ne voyant plus que cette échéance comme but suprême. Voilà des mois que les médias parisiens se sont accaparés cette élection pour en faire leur chose. Ils se sont liés à des instituts de sondages dont les résultats sont de plus en plus contestés en raison des méthodes employées et de la volatilité des opinions des électeurs. D’où la répétition en boucle de cette lamentable banalité qui est de dire qu’un sondage n’est rien d’autre que la photographie de l’opinion à un instant T. Il ne faut pas être très savant pour le savoir. Mais cela ne résoud en rien le problème.

Le centralisme outrancier vient dramatiser une élection, il en fait la seule qui vaille ; il la vante comme « un grand exercice démocratique » au lendemain duquel tout va basculer, tout va changer. Ce serait la donnée de base, incontestable alors même que nous savons que le changement promis pour demain est une vieille rengaine, alors même que nous savons que la plupart des décisions seront prises par une poignée de personnes dont la plupart ne sont pas issues de l’élection. C’est ainsi que les choses se passent en France avec le poids démesuré d’une classe politique limitée au centre et le poids démesuré d’une haute administration très soucieuse de préserver son pouvoir. D’ailleurs les candidats sont très sages et disciplinés en ce domaine. Personne ne remet en cause le centralisme. On a même une tendance à proposer de le renforcer. C’est de lui seul que peuvent venir les solutions à tout puisque ces solutions doivent être uniformes sur l’ensemble du territoire. L’État central serait le seul à permettre l’égalité des citoyens. Mais si c’était vrai nous serions les champions de l’égalité !

Constitution nouvelle ?

L’un propose de supprimer la taxe d’habitation pour la remplacer par une dotation de l’État (Macron), l’autre veut supprimer les régions et ne garder que l’ossature communes, département, État (Le Pen) et sortir de l’Europe. Quant à cette Europe, elle n’a d’avenir que si le monarque (pardon, le président) va bravement défendre les intérêts de la France face aux autres monarques en leur enjoignant —parce qu’il faut apparaitre comme un homme à poigne— de renégocier à sa façon des accords passés, c’est à dire de faire une Europe française.

Faut-il vous parler de ce candidat, qui fut ministre et sénateur socialiste,( Mélenchon) qui dans son programme ne dit pas un seul mot du pouvoir régional ? Le même évoque la question des langues seulement pour ce qu’il appelle « les outre-mer ». Il n’a en effet qu’un seul mot pour dire la diversité des situations entre la Martinique, la Guyane, la Réunion et la Guadeloupe. Avec en bandoulière une conception de la laïcité qui sent le réglement de compte, il harangue les foules, promettant une nouvelle constitution et s’inspirant de ce qui s’est passé en Bolivie. Oui, mais lui ne se préoccupera pas de la diversité culturelle qu’il juge si dangereuse pour sa conception très fermée de la République.

Devrais-je vous parler du candidat berger qui semble avoir tiré son programme d’un résumé des livres d’histoire de l’école primaire d’autrefois. Le couplet sur la francophonie de Jean Lassalle n’a rien à envier à celui de Mélenchon.

Et je ne parle pas de ces responsables politiques acceptant une élection primaire et les règles qui vont avec et qui ensuite, parce qu’ils ont perdu, décident de ne pas soutenir le vainqueur. Quelle dérive morale ! Allez expliquer cette attitude à des enfants à qui vous souhaitez enseigner la loyauté et le respect de la parole donnée !

J’entends dire que des hauts fonctionnaires s’interrogent sur le fait qu’ils pourraient être amenés à désobéïr si l’un ou l’autre accédait à la magistrature suprême. Une sorte de clause de conscience qui nous raménerait à une époque où il furent si peu nombreux à désobeïr. Que la question se pose est en soi rassurante même si je pense qu’il s’agit d’une infime minorité.

Un homme, un peuple…?

Oui il faut que ce soit la « der des der » parce que la démocratie s’accomode très mal par les temps qui courent de « la relation privilégiée entre un homme et un peuple ». Le monde vient de se doter d’hommes qui ont plu à leurs peuples au moment du vote. Le regretteront ils ? Je ne sais pas mais comme nous avons le culte de l’instant, du résultat immédiat, comme le temps n’est plus dans les programmes, qu’il faut des résultats tout de suite, je crains de grandes déceptions qui se transformeront en colère. Et la colère des peuples est le sentiment qu’un autocrate sait le mieux canaliser vers les autres, vers l’extérieur.

Il nous faut du temps, il nous faut répartir le pouvoir, le partager, le décentraliser. C’est la seule façon de dédramatiser des élections. La bascule ne se fait pas en même temps de droite à gauche dans les états fédéraux. On peut avoir des pouvoirs régionaux qui changent mais qui ne sont pas de la couleur du fédéral. On peut avoir des entités terrritoriales qui viennent jouer les contre- pouvoirs. Je ne dis que des banalités mais elles sont oubliées. Il faut une séparation des pouvoirs et des contre-pouvoirs. Il faut du temps et de la diversité dans les lieux de décision pour traiter de problèmes aussi universels que le changement climatique, les flux démographiques par exemple.

Alors il faudrait que ce soit la « der des der », oui il faudrait ! Mais on se souvient de ce qui advint lorsque cette expression a été inventée. Il y en eut encore une petite dernière, qui fut une catastrophe.