Pour parler votre langue mettez un masque ou taisez vous !

Certaines langues aident à la propagation du virus… et des idées. Il est donc recommandé de porter un masque ou de se taire.

Il y a les langues qui sont malades et les langues qui rendent malades ! Oui, une étude sur les sons que nous émettons avec notre bouche montre que le Covid 19 se propage plus facilement selon que l’on prononce telle ou telle lettre.

Ainsi les Q, K, sont très nocifs puisqu’ils ont la capacité de propulser des aérosols à longue distance et rapidement. Méfiez vous aussi des B, D et P qui sont assez sournois.

Tout cela a été calculé et mesuré. Donc il serait bon d’en revenir à des mots sans consonnes pour éviter la propagation du virus.

La phrase en occitan « Que vau har ua moleta de pipèrs » ( je vais faire une omelette aux piments ) est extrêmement dangereuse prononcée sans masque. Le mot « pipèr», qui est quasiment identique en anglais, a été mesuré comme particulièrement propagateur d’aérosols. Si en plus vous rajoutez le QUE et le VAU  plus le HAR qui est expiré vous êtes quasiment un criminel.

C’est sans doute tout cela qui explique la réticence du ministre de l’Education à développer l’enseignement de l’occitan et des autres langues dites régionales. Il s’agit sans aucun doute d’éviter la propagation des virus. C’est une mesure sanitaire. Rien d’autre.

Et encore nous ne parlons là que de phrases anodines, prononcées dans le feu de l’action du quotidien. Vous imaginez bien que l’omelette aux piments étant un plat que l’on ne consomme pas tous les jours nous ne sommes pas en présence d’une phrase qui serait une arme courante. Elle ne contient aucune idée particulièrement subversive.

Mais imaginez une phrase qui, en plus de contenir des consonnes et des voyelles dangereuses, contiendrait une idée qui pourrait être jugée comme ne respectant pas les précautions de base que sont les gestes barrières.

Je prends au hasard : « Volem una politica per desvolopar nòstras lengas » (nous voulons une politique pour développer nos langues). Cette phrase est très dangereuse. Vous voyez déjà les virus partir à l’assaut !  Dans d’autres langues, aussi primitives que l’occitan, comme le breton, le basque, le corse, le catalan, les divers créoles ou les langues de Guyane et de Kanaky  et j’en passe,  il est certain que cette phrase comporterait aussi beaucoup de risques de projection d’aérosols ; mais en plus elle serait porteuse d’une idée…et là nous atteignons un niveau de dangerosité insupportable.

Eh oui ! Les mots, les langues sont porteuses d’idées parfois beaucoup plus nocives que certains virus ! Et quand on mélange les deux cela peut apparaître comme des armes de destruction massive.

C’est donc pour cela que la France mène sa politique linguistique si particulière. Il s’agit juste d’éviter la contamination ! N’y voyez rien d’autre !

On avait inventé l’article 2 de la constitution. On avait expérimenté il y a quelques années dans les écoles le fameux « il est interdit de cracher par terre et de parler patois » qui soit dit en passant était prémonitoire si l’on en croit les études sur la propagation du virus actuel ! Maintenant le plus sage est de mettre un masque…ou mieux de demander à ceux qui parlent des langues dangereuses pour la santé de SE TAIRE.

David Grosclaude

Samedi 10 octobre : « pour que vivent nos langues » . La France ne doit plus être un mouroir pour les langues

Pour les langues la France est un mouroir

Depuis des decennies la France se distingue par son incapacité à assumer une diversité linguistique qu’elle aurait pu utiliser comme une richesse. Au contraire, elle s’entête à ne rien faire pour promouvoir cette richesse irremplaçable, notamment à l’heure où les femmes et les hommes de la planète s’inquiètent pour la diversité biologique, source de richesses et de solutions pour l’avenir écologique. Mais il en est de même pour la diversité des langues et des cultures. La façon dont nous parlons dont nous pensons, dont nous transmettons le savoir à nos enfants n’est-elle pas notre premier biotope ?

Il ne sert à rien de vouloir préserver la diversité biologique et lutter contre le réchauffement du climat si nous encourageons au refroidissement culturel, par l’uniformisation.

Oui nos langues, leurs mots, les concepts qu’elles portent sont un biotope, un milieu dans lequel nous trempons chaque jour. Les détruire revient à détruire l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons.

En France, on croit encore que la diversité des langues est un facteur de division. On n’a  jamais été aussi méprisant avec les langues dites régionales que depuis deux siècles en France et pourtant la société est toujours aussi fracturée et inégalitaire.

L’uniformité n’apporte pas l’unité. C’est un leurre. Samedi 10 octobre le collectif « pour que vivent nos langues » rappellera à la France ses devoirs, il lui rappellera que la mise en oeuvre des principes qu’elle prétend défendre à l’extérieur doivent s’appliquer à ses propres ressortissants, à son propre territoire.

Les langues dites régionales de France sont en danger de mort par manque de soins, d’attention, de respect.

La démocratie est donc malade et l’avenir est compromis par cet entêtement stupide à croire que de faire taire l’autre donnera plus de poids à votre voix, plus de crédibilité à vos mots.

David Grosclaude

Tourisme : est-il encore temps de faire demi-tour ?

Le secteur du tourisme est très inquiet. Peut-être vit il la fin d’une grande époque ? Inquiet de la crise sanitaire il est aussi touché par la crise écologique. Dépense énergétique, bilan carbone et destruction des sites et milieux naturels surfréquentés : voilà le bilan. Mais ce secteur ne devrait-il pas s’interroger sur la destruction d’un autre élément de dépaysement qu’est la diversité culturelle et linguistique. Un tourisme qui ne solliciterait que les yeux et pas les oreilles, serait comme une écologie qui ne marcherait que sur une seule jambe, celle de la défense de l’environnement naturel.

Le secteur du tourisme est en train de se demander comment il va survivre. La crise sanitaire qui secoue le monde semble lui avoir porté un coup très dur. Mais on trouve, avant la crise, des signes qui annonçaient ces difficultés. Il semble donc pertinent de penser que le Covid 19 n’a été qu’un révélateur ou un accélérateur.

La croissance exponentielle des déplacements touristiques depuis une vingtaine d’années avait déjà fait son effet. La saturation de certaines destinations, de certains sites, était un signe et les réactions que suscite cette saturation en sont un autre. Voyez le cas de villes, étouffées par le tourisme, comme Barcelone, Lisbonne et bien sûr Venise ou Dubrovnik. D’autres plus lointaines pourraient être citées, sur d’autres continents.

Qui pouvait imaginer que cette croissance pouvait être sans fin ? Personne, d’autant plus que le tourisme a le défaut d’être très gourmand d’un point de vue énergétique, que son empreinte carbone est souvent catastrophique. Il faut aussi parler de son rapport coût/bénéfice pour les populations vivant dans ou aux abords des lieux visités. Ce rapport s’est dégradé et n’est plus tenable. L’idée contenue dans la phrase qui plait tant au touriste qui justifie son rôle par un plutôt prétentieux : « ils ne vivraient pas si l’on ne venait pas les voir », ne tient plus la route en bon nombre d’endroits. Le prix à payer en installations diverses (assainissement, routes, infrastructures commerciales ou d’accueil, etc) est tel que certains territoires sont soumis à des phénomènes mortifères. Créer des infrastructures d’assainissement, par exemple, permettant d’accueillir 100 000 personnes en été, pour deux mois, alors que le reste de l’année la population est de 10 000 habitants n’a rien de durable d’une part, ni de raisonnable sur le plan économique.

Les réactions à l’augmentation du coût de la vie (impôts, loyers, accession à la propriété) pour les résidents permanents de ces lieux, sont une preuve du malaise.

Vient s’ajouter le problème de la surfréquentation de certains sites amenant à leur dégradation et même à leur destruction. N’y a t-il pas aussi une certaine ironie à voir se multiplier les copies et autres fac similés de lieux célèbres et de constater, dans le même temps, que les millions de touristes visitant ces copies, ont pour quasi réflexe dans les premières minutes de leur présence, la prise d’une photo qu’ils envoient sur les réseaux sociaux. Le « j’y étais » numérique a une saveur très particulière, encore plus lorsqu’il s’agit d’un lieu qui n’est qu’une reproduction de la réalité. Ce réflexe révèle en lui-même la futilité du déplacement physique, l’escroquerie que représente le concept de « mobilité  » par rapport à celui de « déplacement » ou plus encore comparé à celui de « voyage ». Tout le problème est de savoir si nous pouvons voyager sans être automatiquement mobiles ou en «  mobilité » ? Voilà un beau défi pour une humanité (sa partie riche principalement) qui s’interroge sur sa façon de faire du tourisme. L’interrogation est accrue par la volonté de limiter les déplacements par peur des risques, véritables, imaginaires ou fantasmés.

Si voir la Joconde est un souhait légitime, le fait que l’humanité entière soit passée devant le tableau original, si cela arrive, ne signifiera pas que le droit à la culture aura progressé. La culture ne se limite heureusement pas à quelques œuvres emblématiques.

D’ailleurs, le tourisme de masse est-il un conformisme ou l’accession à un droit pour le plus grand nombre ? Peut-être est-il un peu des deux, c’est à dire le droit pour le plus grand nombre à l’accession à un conformisme culturel. C’est un produit de consommation. Chacun comprend bien alors que faire un selfie au Taj Mahal n’a plus rien d’exotique, mais que c’est un message du domaine du « j’y suis ! » que nous évoquions auparavant. Il faudrait s’empresser de préciser le message par : «J’y suis, moi aussi, et avec de milliers d’autres ». Alors, reconnaissons que la magie serait bien moindre.

Et pourtant elle penche !

 La notion de lieu touristique, de site, de territoire n’est donc plus très pertinente pour parvenir au dépaysement souhaité, puisque tout le monde va aux mêmes endroits au même moment. J’ai, comme des millions d’entre vous, pu constater, de visu, que la tour de Pise penchait et j’ai pu me faire cette réflexion avec ceux qui m’accompagnaient : « elle penche vraiment ! ». Je suis conscient du peu d’intérêt que cette réflexion a pu avoir pour la vie et la survie de l’humanité, ou pour le développement de la culture ; et même pour mon développement personnel. Était-il bien nécessaire de faire tant de kilomètres pour une si piètre constatation ? N’avais-je pas d’autres territoires à explorer, plus proches ou d’une autre nature ?

Vous me direz, et les spécialistes du tourisme ont étudié cela depuis longtemps, que le tourisme est dans sa façon de le pratiquer, un marqueur social. On ne voyage pas de la même façon selon son origine sociale et sa culture. Les « élites » évitent les plages surpeulées, les lieux et les sites où l’on se bouscule. Elles font du tourisme « différent » avec, selon elles, une plus grande valeur ajoutée. Mais cela ne veut pas dire qu’il soit plus durable. Il reste nuisible et le sera encore plus quand ce tourisme « différent » deviendra peu à peu le but à atteindre pour le tourisme des classes moins aisées, qu’il deviendra donc la norme.

Notre problème est simple : une Terre à 10 milliards d’habitants ne pourra supporter un tourisme tel que nous l’avons pratiqué jusqu’à aujourd’hui. C’est un tourisme envahissant, destructeur, coûteux et au train où vont les choses, de plus en plus frustrant. Ne voir que ce qui reste montrable, faire la queue pendant des heures pour voir « ce qui doit être vu » n’est pas satisfaisant.

Tout cela nous renvoie à deux notions qui sont celles de voyage et celle de découverte.

Économiquement un voyageur est défini comme quelqu’un qui passe une nuit en dehors de son lit. Tous les voyageurs ne sont donc pas des découvreurs ni des touristes, ni des personnes en recherche de dépaysement. Mais, même si vous partez pour une semaine ou un mois pour vous reposer, êtes vous un voyageur ou un découvreur ? Vous êtes un humain « en mobilité » certes, mais cela vous rend-il plus heureux ?

La multiplication des lieux d’accueil et d’hébergement répondant à des critères précis, à des demandes de consommateurs, a créé l’uniformisation (hôtels, restaurants, parcs de loisir, activités sportives…). Sécrétant cette uniformisation nous détruisons tout espoir de dépaysement durable. Si le dépaysement n’est pas l’objectif ce n’est pas un problème. Si l’objectif est ce que l’on appelle le « farniente » (littéralement en italien « ne rien faire »)

vous êtes ce que l’on appelle un « fait néant ». C’est un droit, et cela s’appelle aussi les vacances. Mais doit-on pour cela être un destructeur ? Détruire en ne faisant rien, c’est dommage. Ce serait presque le paradoxe majeur du tourisme.

Reste donc à trouver au « touriste » de demain de nouveaux territoires et permettre au vacancier de ne rien faire sans pour autant devenir un destructeur volontaire ou involontaire, conscient ou inconscient de l’espace qui est le sien, le mien, le vôtre, le nôtre.

Nous devons d’abord nous pencher sur la question suivante : quel est l’intérêt d’aller sur un lieu (factice parfois, aménagé et survisité souvent) dont les images nous sont déjà connues grâce au cinéma, à la vidéo et aujourd’hui à l’internet ? Quel est cet instinct qui nous pousse à faire la centmillionième photo d’un monument ultraconnu sans avoir le moindre talent de photographe et en ayant la certitude que la durée de vie (d’intérêt) de cette photo ne dépassera pas les cinq secondes nécessaires à vos amis pour la regarder à l’autre bout du monde sur leur téléphone ?

S’il s’agit de laisser sa trace je pense que c’est peu efficace. S’il s’agit de faire découvrir aux autres, c’est assez pathétique puisque tout le monde connaît. Il s’agit plus de susciter l’envie, de montrer que l’on se distingue, ou que l’on se conforme.

Je vais avouer que je fais partie de ceux qui, étant passé par Copenhague, n’ont jamais vu la petite sirène. Je suis passé pour un nul quand j’ai dit ça. Mais en y repensant je me demande si n’était pas de la distinction suprême. J’ai méprisé quelque chose qui était évident qu’il « fallait voir ». Et j’ai osé ne pas le voir ! Suis-je pour autant un meilleur touriste ? Non. Ni plus durable ni moins que les autres. Mais je sais pourtant que la statue de la petite sirène est à Copenhague et j’ai lu le conte d’Andersen. Mais je n’ai pas eu la possibilité de faire une réflexion de même nature que celle que je faisais à propos de la Tour de Pise. En effet devant la petite sirène je n’aurais pas manqué de dire « Oh, mais comme elle est petite ! Je la voyais plus grande ! ». Comme le Manneken Pis, bien plus petit que sa légende !

Que pouvons nous tirer de tout cela ? Une idée simple et banale : l’imaginaire est parfois bien plus enivrant que la réalité ; mon imaginaire mais aussi celui des autres. Ne faut-il pas trouver là des pistes pour un tourisme durable ?

Retour à Rocamadour

Le temps de la crise sanitaire fait que les médias nous incitent au tourisme de proximité, celui de l’intérieur des frontières. Nous sommes arrivés à l’aire du « ce qui est proche est beau ! » Je ne serais donc pas étonné que sorte bientôt un slogan du style « what is near is beautifull ! ». Il faut visiter la France où il y aurait des merveilles à découvrir que nous aurions négligées pour des destinations lointaines et finalement assez fades comme New-York, la Costa Brava, le Fujiyama ou la Patagonie ! Ce sont ces dernières que nous voyons sur nos écrans, et particulièrement par le biais du « soft power » entre autres. La destination Etats-Unis doit beaucoup à la puissance du cinéma et de la télévision, c’est une évidence.

Pourtant, chez nous, les émissions sur « nos belles régions » ne manquaient pas jusqu’à ce jour ; mais il faut le reconnaître elles sont un peu niaises. Tout y est beau, calme et tranquille. Toutes les émissions qui font du provincialisme à bon marché montrent un pays idyllique et surtout bien lisse sur le plan culturel, bien conforme. D’ailleurs tout cela ressemble à de la promotion telle qu’elle peut être faite par certains organismes touristiques régionaux ou départementaux. C’est peu crédible et c’est même aliénant d’un point de vue culturel. Avez vous jamais entendu parler basque, breton ou occitan dans ces pubs ? Non, pas question de se payer cette audace ! Ce sont des paysages conservés, des populations heureuses, des territoires où « il fait bon vivre » selon l’expression consacrée. Mais alors, la proximité a-telle ses chances ? Oui, à condition qu’elle soit dépaysante. Les dernières réflexions sur le tourisme qui commencent à émerger à la suite de la crise sanitaire, montrent bien que la façon de faire du tourisme va et doit changer.

Mais si l’on peut aller à Rocamadour plutôt qu’au Machu Picchu (prononcez Rocamador comme il se doit en en occitan, et ça rime avec le site inca) et visiter la Corrèze plutôt que les chutes du Zambèze, j’attire l’attention des pros du tourisme sur le fait que le saccage de ce qui peut attirer la curiosité de touristes chez nous a commencé. Non pas que les villages perchés de telle ou telle contrée occitane soient détruits, mais la culture et la langue qui les ont bâtis est en train de disparaître. Les murs sont bien conservés, ce sont de magnifiques décors ; mais le reste ? Et c’est peut être ce reste qui est un nouveau territoire potentiel du tourisme de demain. Le dépaysement ne sera possible que là où il y a encore un pays différent, qui parle, pense, se souvient et imagine l’avenir autrement.

Dépayse moi ! Oui, mais pas trop vite !

On a fait des colloques et on a beaucoup écrit sur la question de l’identité et du tourisme ; et bien voici que nous y sommes. Il va falloir proposer du concret. Dans un article récent, Philippe Bourdeau, universitaire de Grenoble, écrit cette phrase qui me parait d’une grande pertinence : « On observe à bas bruit, une multiplication de pratiques plus ou moins explicites de « démission » du tourisme »(1) et il cite toutes les activités qui peuvent le remplacer (bénévolat jardinage, activités culturelles et manuelles) et il écrit aussi que ces « alternatives au tourisme » se mettent à exister malgré les professionnels du tourisme qui s’ingénient à trouver de nouveaux modes de tourisme de consommation de masse.

Alors que devons nous penser, nous qui sommes les défenseurs de deux biotopes, l’environnement naturel et l’environnement culturel, autrement dit nous qui à la fois voulons préserver la diversité biologique et la diversité culturelle et linguistique ? Les deux étant liées pour nous.

Nous devons dire que le retour à Rocamadour ne se fera pas sans la langue et la culture qui ont fait Rocamadour et les autres lieux et territoires. Il n’y aura pas de tourisme en territoire occitan dans un pays détruit d’un point de vue culturel, linguistique, lobotomisé et privé de son histoire. Oui je sais, on parle des cathares à longueur de dépliants touristiques, mais c’est en général assez folklorisé et très partiel.

Oui, il faut du tourisme de proximité, quasi neutre en carbone. Mais il ne faut pas qu’il soit neutre culturellement.

La diversité culturelle et linguistique, la différence de l’autre sont les nouveaux territoires à visiter.

Qu’attendent les offices de tourisme, les communicants professionnels pour mettre cela en avant ? Ils ne voient rien venir ! Que des guides, chez nous, ne soient pas formés à la langue, à la culture, à l’histoire, à la toponymie…est une aberration. C’est se foutre du monde. Je suis plus dépaysé face à l’histoire de certains personnages et certains lieux de ma région que face à l’Acropole un jour du mois d’aout !

Je me souviens de m’être arrêté avec mes enfants, lors d’un voyage en train, dans la gare d’une localité de Turquie, à une ou deux heures a l’est d’Ankara. Descendant du train on nous a dit, avec nos gueules de touristes, qu’il « n’y avait rien à voir » dans ce village. Non certes, rien de présent sur les guides touristiques ; juste des habitants et plus tard des employés de la gare avec lesquels nous avons parlé et échangé (comme on a pu) et bu du thé pendant la nuit. Nous n’avons pas tout compris, pas tout vu, pas tout entendu, mais c’était dépaysant. Et pourtant ces gens pensaient que chez eux il n’y avait « rien à voir ».

Il nous faut de nouveaux territoires de découvertes, moins coûteux en énergie et en destruction de l’espace. Et si cet espace c’était l’autre, dans son infinie différence et peut-être même parfois dans son inaccessibilité. Il faut s’y résoudre, nous n’irons pas partout dans le monde et nous n’accèderons pas à tous les êtres humains. C’est ainsi.

Le tourisme et l’identité c’est peut-être cela. Edouard Glissant nous l’avait dit en parlant de « mondialité » plutôt que de « mondialisation ».

Evoquer le tourisme équitable quand il s’agit de destination vues comme exotiques passe plutôt bien. On en a même fait des émissions de télé ou des « people » s’extasient devant la simplicité et la vérité de ces gens qui vivent de « rien » ! Foutaises. L’exotisme est aussi au bas de la rue parfois.

Et qu’a t-on fait comme tourisme équitable sur nos territoires ? On a bétonné des côtes, aménagé, déménagé et dit aux gens qu’ils allaient « vivre du tourisme ». Parfois, souvent même, le territoire a été confisqué mais en revanche il est certain que toujours la différence culturelle et linguistique a été saccagée. Elle doit être restaurée comme l’on restaure des paysages, pour pouvoir permettre à l’autre de se dépayser. Alors, si dans les années 70 cette phrase peinte sur un mur le long de la route, entre Toulouse et Carcassonne, sonnait comme un refus du tout-tourisme et de tous les touristes: « Touristes, il est encore temps de faire demi tour ! » , on sent bien qu’aujourd’hui l’idée serait d’aller peindre : «Tourisme ! Est-il encore temps de faire marche arrière ? ».

David Grosclaude

(1) Philippe Bourdeau «Le bout du monde en bas de chez soi » , Le Monde Diplomatique Juillet 2020.

Itinerari bis !/ Itinéraire bis

ARTICLE BILINGUE / Editorial de la revue Occitània du Partit Occitan à paraitre ce mois de juillet (version occitane suivie de la version française)

Qu’ei partit per la vacanças. La tòca que demora la medisha : la plaja e lo só mes que cambiam d’itinerari. Qu’ei haut o baish çò que digó lo president de la Republica lo 14 de julhet passat. Non cambiam pas de cap mes sonque de camin.

C’est parti pour les vacances ! Le but c’est le même : la plage et le soleil mais on change d’itinéraire. C’est en gros ce que nous a dit le président de la République le 14 juillet dernier. On ne change pas de cap mais juste de chemin. Bref, nous allons au même endroit mais on va se distraire pour y aller, en changeant de paysage.

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Qu’ei partit per las vacanças. La tòca que demora la medisha : la plaja e lo só mes que cambiam d’itinerari. Qu’ei haut o baish çò que digó lo president de la Republica lo 14 de julhet passat. Non cambiam pas de cap mes sonque de camin. En clar que vam tau medish endret mes que’ns vam divertir en caminar dab un paisatge navèth.

De segur lo conductor que’ns promet qu’a cambiat. Que ditz que miarà tranquillament, en doçor. Non n’anarà pas tròp viste : ni segotidas ni tanpauc sacadas. Un estanc entà pishar de quan en quan mes qu’arribaram « còste que còste » au medish endret.

Que haram ua virada per endrets bucolics. Qu’ac promet. Qu’anaram vesitar los « territòris » entà flatejar los elegits locaus. Se cau ua pròva espiatz quin avem cambiat de prumèr ministre. E que haram miélher en anar sus un terrenh tipic. Que i aurà los qui critican l’accent deu prumèr ministre e los qui’u laudan ; los dus que’s desbromban d’evocar la lenga qui portava aqueth accent. Qu’ei un debat qui lo qui mia n’a pas jamei volut obrir pr’amor que serà de segur un tèma « separatista ».

Que diseram aus territòris ? Que son beròis, que los paisatges son de non pas créder ! Per çò qu’ei deus mejans politics e financièrs que calerà tornar…mei tard.

Arren non serà pas mei com abans, lo país que serà mei hòrt. Que v’ac disen mes no’vs disen pas entà qué har. Que tribalharam per tot çò de plan e contra tot çò de mau ! Mes que calerà tribalhar mei. B’ei beròi aqueth programa de vacanças ! Totun que haram un petit estanc electorau en 2022 e puish que tornaram partir.

Que vederatz a passar los panèus sus la cantèra deu camin dab anóncias esperlecairas e atalentairas : « Cambiament climatic », « Egalitat », « Euròpa », « Desvolopament durable », etc. Mais non se’n cau pas dar, se passatz pro viste que v’ac desbrombaratz lèu. Qu’ei pub e sonque.

Mapa vielhòta

Quan viatjavi dab lo men hilh qui avèva cinc ans, que credèva enqüèra quand viatjàvam de nueits e que lusiva la lua, qu’aquesta se desplaçava dab nosautes. Que’u recomandavi de sustot non pas deishar de l’espiar entà qu’estóssim segurs que nos seguiva dinc a la destinacion nosta. Qu’èra un mainatge e que credèva a aqueth conte. Dilhèu que hasèva com qui i credèva tà’m har har plaser e deishà’m pensar que comandavi aus astres ?

Que’m sembla que’ns vòlen har créder en un personatge qui ac pòt tot e qui concentra tots los poders…dinc au poder de hà’s seguir la lua e de har lhevar lo só.

Que’ns trobam adara dens un presidencialisme ridicule. No’s cau pas mei virar de cap a arrés mei que de cap au « president ». Qu’ac pòt tot, qu’ac sap tot, que concentra tots los maucontentaments. Que’u mespresan, que’u venèran pr’amor qu’ei un recors, LO recors. Que l’escrivem entà qu’intervienga, que’u demandam se i aurà ploja doman, que’u sollicitam, que’u laudam, que’u demandam proteccion. Que s’enten lo son nom pertot sus las antenas. Non seré pas Emanuèl lo son nom  ?

Qu’avem perdut l’objectiu, lo cap deu viatge, annadas a. Alavetz n’ei pas d’anar cada annada au medish endret tà las vacanças. Non s’ageish pas de produsir mei, de consumir mei entà har en.hlar lo PIB. Non, lo poder non pòt pas demorar concentrat en quauques mans de hauts foncionaris vestits de ministres.

Entà anar sus camins navèths que cau saber léger ua mapa. Ac sabem har enqüèra ? D’espudir a tau punt la democracia qu’ei com viatjar dab ua mapa perimada. Non hè pas véder los bons camins e n’ei pas a l’escala de qui cau.

Anem ! Endavant que partim ! Que’vs desvelharam quan arríbim…S’arribam.

David Grosclaude

ITINÉRAIRE BIS

C’est parti pour les vacances ! Le but c’est le même : la plage et le soleil mais on change d’itinéraire. C’est en gros ce que nous a dit le président de la République le 14 juillet dernier. On ne change pas de cap mais juste de chemin. Bref, nous allons au même endroit mais on va se distraire pour y aller, en changeant le paysage.

Certes le chauffeur nous promet qu’il a changé. Il sait qu’il faut conduire en douceur. Pas trop vite, pas de coups de volant brusques, un arrêt-pipi de temps en temps, mais on arrivera « coûte que coûte ! » au même endroit.

On fera un petit détour par des lieux bucoliques. Si, c’est promis ! On visitera les «territoires » et on ira y flatter les élus locaux. La preuve, on a changé de premier ministre pour cela. Et même mieux, on fait dans le typique en polémiquant sur l’accent d’un premier ministre. Il y a ceux qui trouvent ça « plouc » et ceux qui trouvent ça bien. Les deux oublient la question de base : la langue qui portait cet accent. C’est un débat que le chauffeur n’a jamais voulu ouvrir. Ce doit être un risque « séparatiste » !

On leur dira quoi aux territoires ? Qu’ils sont beaux, que le paysage est magnifique ! Pour les moyens politiques et financiers il faudra repasser.

Rien ne sera plus comme avant, le pays sera plus fort ! On vous le dit mais on ne vous dit pas pour quoi faire. On travaillera pour tout ce qui est bien et contre tout ce qui est mal ! Mais il faudra travailler plus. Super programme pour de super vacances ! On fera un petit arrêt électoral en 2022 et puis on repartira !

Vous verrez les panneaux défiler sur le bord de la route avec de jolies annonces : « Changement climatique », « Égalité », « Europe », « Développement durable » etc…Mais ne vous en faites pas, si vous passez assez vite vous oublierez rapidement. C’est de la pub.

Carte désuète

Quand mon fils avait cinq ans, il croyait encore que lorsque l’on voyageait la nuit et que la lune brillait, elle se déplaçait avec nous. Je lui recommandais de surtout ne pas la quitter des yeux afin de s’assurer qu’elle nous suive jusqu’à destination. C’était un enfant et il croyait à cette histoire. Ou peut-être voulait-il me faire plaisir et me laisser croire que je commandais aux astres ?

J’ai comme l’impression que l’on veut nous faire croire qu’un personnage peut tout et concentre tous les pouvoirs…même celui de faire en sorte que la lune nous suive et que le soleil se lève. Nous sommes tombés dans un présidentialisme qui frise le ridicule. On ne s’adresse plus à personne d’autre qu’au « président ». Il peut tout, sait tout et concentre tous les mécontentements. On le méprise, on le vénère, parce qu’il est un recours, LE recours. On lui écrit pour qu’il intervienne, on lui demande s’il pleuvra demain, on le sollicite, on le prie, on lui demande protection. On entend son nom à longueur d’antenne. Ne s’appelle t-il pas Emmanuel ?

Voilà des années que l’on a perdu l’objectif, le but du voyage. Non, Il ne s’agit pas d’aller comme chaque année en vacances au même endroit. Non, il n’est plus question de produire plus, de consommer plus, de faire gonfler le PIB. Non le pouvoir ne peut rester concentré entre les mains de hauts fonctionnaires même déguisés en ministres.

Pour aller sur de nouveaux chemins il faut savoir lire une carte. Le savons-nous encore ? Négliger à ce point la démocratie c’est comme rouler avec une carte périmée. Elle n’indique pas les bonnes routes, elle n’est pas à la bonne échelle.
Allez ! C’est parti  ! On vous réveillera en arrivant…si on arrive.

 

David Grosclaude

Vous avez dit voiture « propre » ? Oh ! le gros mensonge !

La voiture « propre » n’existe pas, pas plus que le train « propre » ou le vélo « propre ». Laisser croire que l’humanité toute entière roulera en voiture électrique est un mensonge. Remplacer la guerre du pétrole par celle du lithium ou des terres rares ne réduira pas les dégâts écologiques, économiques et humains.

Transpòrt 4

 

La première des choses est de faire en sorte que les emplois des personnes travaillant dans le secteur automobile, directement ou indirectement, soient l’objet de notre attention. Il serait injuste que la crise soit payée une fois de plus par ceux qui travaillent et ont fait la richesse de ceux qui les jettent aujourd’hui à la rue.

Ce secteur va payer la crise, cette crise du Covid 19, mais aussi celle qui nous touche depuis des années à savoir la crise écologique. Cette dernière interrogeait déjà fortement le modèle automobile, l’autre vient comme un choc frontal.

L’État lance un plan de relance et de soutien à l’automobile. On met à la poubelle les envolées sur le monde d’avant et le monde d’après. On nous explique que l’on aura des voitures propres. Propres ? Parce qu’elles fonctionnent à l’électricité ? Avec des batteries au lithium ? Des batteries que l’on fabrique loin de chez nous, qui sont le produit de l’exploitation de mines dont la plupart sont en Chine, au Chili, en Australie et pour certaines dans des zones écologiquement hypersensibles ? Avec des batteries que l’on aura du mal à recycler ? Avec de l’électricité nucléaire ?

Oui, on utilisera l’hydrogène. Oui, il y aura des progrès avec des batteries au sodium, des lithium-soufre, des batteries au magnésium. Dans combien de temps ? Pas demain matin c’est sûr. Croit-on pour autant sauver le modèle né de l’automobile à tout-va ?

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C’est une voie sans issue. Ce qu’il faut c’est la diversification. Réduire le gazole et l’essence, certes, mais tout miser sur l’électrique est impossible. Impossible écologiquement, économiquement, techniquement et même socialement. Alors on peut toujours donner des primes pour vider les stocks, encourager à la marge la voiture électrique, mais cela ne changera pas la donne générale. Il n’y aura pas la place sur la planète pour des voitures individuelles pour tous. Ou alors il faut se résigner à garder hors du développement des milliards de femmes et d’hommes et se préparer à un monde dégradé, écologiquement, économiquement, socialement voire militairement.

Si nous passons de la guerre du pétrole à celle du lithium et des terres rares qu’aurons nous gagné ? Sans compter qu’il faudra gérer la guerre de l’eau potable et autres batailles ; celle de l’air, de l’alimentation de base.

Nous avons inventé le concept de mobilité pour ne plus utiliser le mot de transport. Était-il vulgaire ? On a juste changé le paquet, l’emballage. Le problème reste le même. La mobilité à tout prix n’est pas une vertu. Nous devons alléger la circulation routière, aérer nos villes, permettre à ceux qui vivent hors des villes de se passer au maximum de la voiture.

Un ministre de l’économie, Bruno le Maire, déclarait il y a peu : « j’adore la voiture, j’adore conduire ; la voiture c’est la liberté ; elle appartient à la culture française, la voiture c’est la France ; en URSS, il n’y avait pas de voiture car il n’y avait pas de liberté ». Faut-il commenter cette phrase ? C’est donc le goulag ou la voiture ! Quel simplisme. Il ajoutait pour faire bonne mesure : « La liberté automobile doit être garantie dans le respect de la planète ». La liberté automobile ! Et à quand un chantre de la liberté trottinette ? Non, ni la voiture, ni le train, ni l’avion, ni le vélo ne sont des garanties de liberté. Confondre la Liberté avec un grand « L » avec la possibilité de circuler est une caricature.

Trin 2

Nous devons créer de vrais réseaux de transport ferroviaire pour les humains et les marchandises. Nous devons rétablir, réhabiliter des lignes abandonnées et en construire de nouvelles. Il faut remettre du chemin de fer de proximité sur nos cartes de géographie. Et il n’est pas nécessaire d’aller à 280 km/h. Des trains sûrs, réguliers, confortables, et des réseaux biens interconnectés suffiront. On sait faire. Alors faisons ! La technologie est éprouvée, l’intérêt écologique est prouvé.

Concrètement ? Regardez les lignes de tram qui existaient en Béarn il y a un siècle. Il y en avait beaucoup. On voit encore certaines gares rurales qui ont perdu leur vocation première. Construisons aussi de nouvelles lignes. Tiens pourquoi pas une Artix-Oloron qui relierait Bordeaux à Saragosse sans passer par Pau ? Pourquoi s’acharner à faire passer les train Paris -Tarbes à Pau alors qu’une ligne existe passant par Riscle et rejoignant Mont-de-Marsan ? Et l’on pourrait citer d’autres exemples.

Il y a dans le bulletin de la Fédération Nationale des Usagers des Transports une phrase qui résume le problème français : « Le réseau ferré forme un tout qui doit mailler l’ensemble du territoire : les petites lignes ne sont ‘’ petites’’ que vues depuis un bureau parisien ».

Trin 5

Il ne s’agit pas de sacrifier la voiture individuelle au nom d’une idéologie mais simplement de dire que cet outil doit désormais être utilisé parmi d’autres outils. Pas de sacrifice mais pas de culte non plus. Il n’existe pas de voiture propre, pas de bateau propre, pas de train propre, pas de vélo propre ! C’est un abus de langage. Et en cette période se payer de mots serait indécent. Chaque activité humaine est productrice de nuisances. Nous avons les outils pour les réduire au maximum ; nous devons les utiliser et ne pas nous enfermer dans la réflexion à court terme.

Certes, la crise sanitaire semblait, pour certains, devoir accélerer la prise de conscience qu’il fallait changer de façon de vivre. Alors repartir avec les recettes d’avant et ces plans de relance qui contredisent l’avenir, c’est vraiment être en dessous de tous les espoirs, même des plus réalistes ou des plus pessimistes.

David Grosclaude