Paul Molac en Béarn le 6 juillet

Collectiu per los drets de la lenga nosta

Collectif pour les droits de notre langue

Vienguda en Bearn de Paul Molac Deputat deu Morbihan

lo dimars 6 de julhet

Venue en Béarn de PAUL MOLAC député du Morbihan, 6 juillet

Ça-vietz encontrar a Paul Molac / Venez rencontrer Paul Molac

La vienguda de PAUL MOLAC qu’ei la prumèra accion publica deu noste collectiu. Que l’avem invitat entà que ns’explique on n’ei la soa lei e quaus son los projèctes sons. Ua lei navèra ? Ua refòrma de l’article 2 de la constitucion ?

La venue de PAUL MOLAC est la première action publique de notre collectif.

Nous l’avons invité afin qu’il nous explique où en est sa loi et quelles sont ses projets.

Le vote d’une nouvelle loi ? La modification de l’article 2 de la Constitution ?

Que l’arcuelheram per ua amassada publica lo dimars 6 de julhet a laquau e’vs convidam a Vilhèra a la Hala ( au ras de la mairia) de 19H à 20 H. Tot lo monde que son convidats per aqueth rencontre

Nous l’accueillerons pour une réunion publique à laquelle vous êtes toutes et tous conviés. Elle se déroulera mardi 6 juillet de 19H à 20 h à la Halle de Billère

Un rencontre qu’ei tanben organizat dab las elegidas e elegits (conselhèrs municipaus, departamentaus, regionaus deputats e senators) de 17h30 a 18h45 a la mairia de Juranson. S’ètz elegida o elegits ça-vietz

Une rencontre est organisée avec les élues et les élus (conseillers municipaux, départementaux, régionaux, deputés et senateurs) de 17h 30 à 18h45 à la mairie de Jurançon. Si vous êtes élue ou élu, venez.

Contact

Amassasperlalenga@gmail.com

Tel :

06 86 61 36 31

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Trois naufrages démocratiques : régionales, Espagne, Conseil Constitutionnel

(Article bilingue : version occitane à la suite)

La démocratie vient de perdre quelques vaisseaux de plus, avec trois événements qui se sont déroulés ces jours derniers.

Des élections régionales en France que peut-on en dire ? Hormis le fait que c’est une catastrophe démocratique ? Le vaisseau est au fond de l’eau. La prétendue décentralisation n’existe plus, pour autant qu’elle n’ait jamais existé un jour. Avec une participation ridicule les élections qui se sont déroulées dimanche dernier n’ont pas de grande valeur. Les électeurs ont déqualifié les régions et les départements. Ils disent qu’ils n’y comprennent rien, qu’ils ne savent pas ce que sont les compétences des régions ou ses attributions et que ce ne sont pas des élections intéressantes.

Ils ont raison. Bien que je sois un fervent défenseur de la décentralisation je ne peux pas leur donner tort.

D’abord cela fait des années que l’on n’arrête pas de dire aux électeurs que la seule élection qui vaille est celle du roi, du président de la République.

Puis, en 2015 on a voté une loi qui a retaillé les régions. Nous savions, et nous l’avions dit, que ce serait un désastre : c’en est un, clairement. Et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’à la manœuvre il y avait à l’époque un nommé Manuel Valls (il n’était pas seul c’est vrai) qui peu de temps après est parti en Catalogne pour l’aventure que nous connaissons.

La décentralisation est morte et si les électeurs ne comprennent rien aux régions et aux départements, c’est qu’en France on a voulu faire une décentralisation sans goût et sans odeur.

Si on a reproché à Madrid d’avoir fait avec les autonomies du « café para todos » (café pour tous) c’est à dire une tentative de banalisation de l’autonomie régionale pour noyer celle des basques, catalans et galiciens,  chez nous c’est aussi « café pour tous ! » mais décaféiné, avec une petite tasse et sans cuillère.

Nous avons des régions sans pouvoirs, sans identité pour la plupart, sans moyens économiques et budgétaires, sans existence véritable.

Quand il y a un enjeu un peu plus important les électeurs se déplacent ; nous le voyons en Corse où la participation est le double de ce qu’elle est sur le continent.

Quant à ceux qui s’aventurent à tirer des conclusions concernant la baisse du vote d’extrême droite ils devraient être prudents parce que la participation a été si triste qu’il semble risqué de faire des analyses politiques fiables sur une telle base.

La grâce

Naufrage démocratique aussi de l’autre côté des Pyrénées. Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol a décidé de gracier les prisonniers catalans, les prisonniers politiques catalans, car ce sont bien des condamnés pour fait politique. Il était certes obligé de le faire parce que le Conseil de l’Europe commençait à montrer du doigt cette Espagne qui met en prison des personnes qui ne sont coupables d’aucune action violente mais qui ont juste permis l’organisation d’un référendum.

Plus de trois ans de prison, après un procès indigne. Certes ce n’était pas Sanchez qui était à la manœuvre le 1er octobre 2017 mais son parti ne fit pas mieux que la droite espagnole à ce moment là.

Maintenant qu’ils sont libres —et il faut s’en réjouir—ces prisonnières et ces prisonniers politiques catalans, il y a des gens à Madrid qui semblent attendre un « merci » de leur part…Au bout de trois ans et demi d’un enfermement injuste ?

Et mieux que cela ! Ils sont menacés de repartir en prison s’ils mènent des actions qui pourraient rentrer dans le cadre des éléments qui les firent condamner. Délit d’opinion ? C’est à peine croyable ! Pourtant les prisonnières et les prisonniers à peine sortis de leur prison n’ont pas laissé la moindre chance à Madrid de se réjouir et ils ont dit que, plus encore qu’avant, leurs convictions étaient fortes pour l’autodétermination et la mise en place d’une république catalane. !

Je comprends bien qu’ils ne disent pas merci. Je ne suis pas catalan et je n’ai pas à dire si je suis pour ou contre l’indépendance, mais ce que je sais c’est qu’il y a encore des gens en exil et que de toute façon la solution est de mettre en place un référendum pour véritablement sortir de la crise. 

Si cela ne se fait pas la démocratie aura fait naufrage. Le vaisseau Espagne risque bien d’être pris d’assaut par une bande de pirates d’extrême droite, nostalgique du franquisme. Ce sont eux qui on tiré le meilleur profit de l’attitude hypernationaliste du tribunal qui a jugé les responsables politiques et associatifs catalans.

La place de Pedro Sanchez est certes très inconfortable. Il hérite d’une situation créée par M.Rajoy, le Parti Populaire et les juges du Tribunal Suprême. Mais il ne pouvait pas ignorer qu’un jour son parti aurait à reprendre le pouvoir à Madrid (il le souhaitait) et il aurait du être plus attentif au respect de certaines règles démocratiques en octobre 2017.  Aujourd’hui voilà qu’il doit choisir par quel bout il doit saisir un bâton bien…merdeux

Conseil Constitutionnel

Cette affaire catalano-espagnole me fait penser à l’attitude du Conseil Constitutionnel français. A peine avait-il terminé de prendre sa décision pour tuer la loi Molac et le vote majoritaire des députés, qu’il a donné des précisions sur sa décision ; elle ne serait pas vraiment ce que nous devions comprendre. L’immersion serait autorisée dans les écoles où elle se fait aujourd’hui. Il serait juste interdit de la pratiquer dans le service public d’éducation. Autant dire que cela nous donnerait le droit de continuer à faire ce que nous voulons tant que cela ne nécessite pas l’utilisation des moyens du service public, qui, ne l’oublions pas, sont aussi les nôtres. Finalement  ils nous demandent de nous réjouir du fait que nous sommes libérés de la menace d’une sanction qui pourrait tomber mais ne tombera pas parce que nous bénéficions d’une certaine grâce, d’une certaine mansuétude…à la condition de nous taire et de ne pas demander plus.

Repentons-nous d’avoir osé penser un moment que la loi pouvait s’appliquer à nous et à nos langues ! Demandons pardon d’avoir imaginé, rêvé qu’une loi de la République adoptée à une très large majorité, pouvait donner à notre langue la place qu’elle mérite dans l’éducation, dans l’école. C’est cela que l’on attend de nous ? Nous ne pouvons pas nous contenter d’une faveur qui consiste à nous dire que nous ne serons pas punis pour avoir cru que la République fonctionnait correctement et qu’elle allait enfin respecter une règle plus importante que l’interprétation étriquée d’un article de la constitution. La loi a été votée à une large majorité et elle donne à notre langue une place que nous revendiquons et qui est légitime.

Cette place nous la voulons dans l’école de service public ou dans les écoles associatives, qui rappelons-le, pallient l’incapacité de l’Education nationale à répondre à une demande. Que l’on enseigne en occitan aux enfants des parents qui le souhaitent doit être possible partout.  

Nous devons nous battre, plus que d’autres pour obtenir des droits élémentaires. C’est cela que le Conseil Constitutionnel nous explique. Il y a visiblement dans la République des citoyens de catégories diverses.

Mans de Breish canta « avèm autant de dreches coma los autres n’an

E qualques uns de mai (…) de far tutu pam pam ». C’est ce que nous dit le Conseil Constitutionnel. Il nous menace d’une sanction si nous voulons rentrer dans la normalité.

Coratge ! Pro d’estar mespresats !

David Grosclaude

Tres naufragis democratics : regionalas francesas, Espanha, Conselh Constitucional

La democracia ven de pèrder qualques vaissèls mai, amb tres eveniments que se debanèron recentament.

De las eleccions regionalas en França que podèm dire, en defòra del fait qu’es una catastròfa democratica ? Lo vaissèl es al fons de l’aiga. La pretenduda descentralizacion existís pas mai, se jamai existiguèt un jorn !

Amb una participacion ridicula las eleccions que se debanèron dimenge passat an pas gaire de valor. Los electors an desqualificat las regions e los departaments. Dison que i comprenon pas res, que ne sabon pas las competéncias o las atribucions. Dison que son pas d’eleccions interessantas.

An rason ! Per èstre un afogat de la descentralizacion, lor pòdi pas dire qu’an tòrt.

Primièr, fa d’annadas qu’òm quita pas dire e de cantar pertot als electors que la sola eleccion que val quicòm, es la del rei, del president de la Republica.

Tanben en 2015 votèron una lei que retalhèt las regions. Sabiam e diguèrem que seriá ua catastròfa : n’es una, clarament. E me pòdi pas empachar de pensar qu’a la manòbra i aguèt un nomat Manuel Valls (èra pas solet, es vertat) que, pauc de temps aprèp, partiguèt a Catalonha per l’aventura que sabèm. Ara se’n torna en cò nòstre en esperant que s’i poirà trobar una plaça. L’ambient es favorable per el, de tota faiçon.

La descentralizacion es mòrta en França e se los electors comprenon pas res a las regions e als departaments es que, en França, an volgut far una descentralizacion sens gost, sens perfum.

I a lo famós « café para todos » de l’Espanha (autonomia per totes dins l’amira de negar l’autonomia basca, catalana e galiciana). En França avèm dret a un « cafè per totes » mas es un descafeïnat, la tassa es pichona e nos manca la culhèra per eventualament esperar de sucre. De regions sens poders, sens identitat, sens mejans economics, sens existéncia vertadièra.

Quand i a un enjòc un pauc mai important, los electors se desplaçan ; o vesèm en Corsega on la participacion es lo doble de la del continent.

E los que s’aventuran a tirar de conclusions sus la baissa del vòte RN deurián èstre prudents que la participacion foguèt tan trista que sembla un pauc riscat de far d’analisis politicasseriosas sus aquela basa.

La gràcia

Naufragi democratic tanben de l’autre costat dels Pirenèus. Pedro Sanchez, lo primièr ministre espanhòl a decidit de graciar los presonièrs catalans, los presonièrs politics catalans. Obligat de o far pr’amor ja lo Conselh de l’Euròpa començava de mostrar del det aquela Espanha que met a la preson de personas qu’an pas agut una sola accion violenta mas qu’an sonque permés l’organizacion d’un referèndum.

Mai de tres ans de preson, aprèp un procès indigne. Segur es pas Sanchez qu’èra a la manòbra lo 1èr d’octobre de 2017 mas son partit faguèt pas melhor que la dreta espanhòla a aquel moment.

Ara que son libres —e se’n cal regaudir— las presonièras e los presonièrs politics catalans, i a de monde a Madrid que voldrián que diguèsson mercés a l’Espanha per los aver liberats…al cap de tres ans e mièg d’un embarrament injuste ?

E mai qu’aquò ! Son menaçats de tornar a la preson se menan d’accions que poirián dintrar dins lo cadre dels elements que los faguèron condamnar. Es pas de creire ! Delicte d’opinion ?

Ça que la, las presonièras e los presonièrs, a la sortida de lors presons an pas daissat la mendra oportunitat a Madrid de se regaudir, e totes diguèron que, mai qu’abans, lor convicion anava cap al dret a l’autodeterminacion e a la constitucion d’una republica catalana. Compreni plan que digan pas mercés.

Soi pas catalan, e ai pas a dire se soi per o contra l’independéncia, mas çò que sabi es que i a encara de monde en exilh e que de tota faiçon la sola solucion demòra de metre en plaça un referèndum per sortir vertadièrament de la crisi. Se aquò se fa pas, non solament la democracia aurà naufragat, mas lo naviri Espanha risca d’èstre assaltat per una banda de piratas d’extrema dreta, nostalgica del franquisme. Son de monde qu’an tirat profièit de l’actitud ipernacionalista del tribunal que jutgèt los presonièrs catalans.

Voldriái pas èstre a la plaça de Pedro Sanchez que, en prenent lo poder, es ara en carga d’una question fòrça complicada. Mas la plaça la voliá !

En tèrmis populars parlan d’un « baston merdós », que li daissèron lo govèrn del Partit Popular, son president Rajoy  e los jutges del Tribunal Suprème. Ara es a el de saber per quin cap lo prendre.

Conselh Constitucional

Aquel afar catalano-espanhòl me fa pensar a l’actitud del Conselh Constitucional francés. A penas acabèt de prendre sa decision per tuar la lei Molac e lo vòte majoritari dels deputats, que donèt una precision ; Çò qu’avèm legit e çò qu’es escriut seriá pas exactament çò que deuriam comprendre. L’immersion seriá autorizada ont se fasiá duscas ara mas seriá pas permés de la practicar dins lo servici public de l’Educacion ! Tant val dire que nos donariá lo dret de contunhar de far çò que volem tant qu’aquò se fa pas amb los mejans de la Republica. Pasmens aqueles mejans son tanben nòstres.

Finalament nos demandan de nos regaudir d’èstre liberats d’una sanccion que poiriá tombar mas que tombarà pas pr’amor nos fan beneficiar d’una mena de «gràcia»…a la condicion de nos calar e de pas demandar mai.

Nos devèm acontentar d’una favor que seriá de nos dire que nos castigaràn pas. Seriam doncas perdonats d’aver pensat un moment, somiat un jorn, de donar a nòstra lenga la plaça que s’amerita dins l’escòla.  Sèm copables d’aver pensat que la lei s’aplicariá a la lenga nòstra coma aquò se fa dins un país de dret.

Aquela plaça dins l’escòla, la volèm, que siá dins l’escòla del servici public o dins las escòlas associativas que elas, dempuèi d’annadas, essajan de compensar l’abséncia de servici public d’educacion en occitan.

Mans de Breish canta « avèm autant de dreches coma los autres n’an

E qualques uns de mai (…) de far tutu pam pam ». Es çò que nos ditz lo Conselh Constitucional. Nos menaçase volèm dintrar dins la normalitat.  

Avèm autant de drets coma los autres …mas sèm obligats de nos batre mai per los far respectar.

Coratge ! Pro d’estar mespresats !

David Grosclaude

Après l’indignation ???

La question de l’article 2 et des dégâts récurrents qu’il cause et va causer, ne peut nous laisser attendre une solution qui viendrait sans mobilisation, suivie, têtue et déterminée

Après l’indignation, les discours, et parfois les promesses et les postures radicales, vient le temps des réalités et du calendrier.

La loi Molac est pour le moment morte, en tous cas dans ses ambitions essentielles.

Paul Molac a fait un travail de qualité. On n’avait encore jamais été aussi loin. Le débat a eu lieu, et le vote majoritaire des parlementaires, sénateurs et députés est historique.

Mais le travail réalisé par le député breton pourrait, si nous n’y prenons garde, être déjà à ranger dans le tiroir des moments historiques manqués.
Le Conseil Constitutionnel a été saisi de ce texte de loi et s’est fait un plaisir de tirer avec son calibre article 2. La vision étriquée de ce qu’est la République a triomphé pour le moment. Cette République n’est pas la nôtre, elle n’est qu’une caricature alors que les valeurs républicaines sont bien autre chose que cette volonté farouche d’écraser les différences. 

Le tir est imparable pour le moment. Rien ne peut pour le moment nous faire espérer un changement sans que nous intervenions de façon dynamique.

Ceux qui pensent que la Constitution doit être réformée sont de plus en plus nombreux mais la réalité du calendrier et des institutions fait que jamais avant une nouvelle législature, c’est à dire dans un an, rien ne sera possible en ce domaine.

On ne voit pas le président de la République décider d’un référendum populaire sur le sujet et on ne voit pas non plus comment pourrait être convoqué le Parlement en Congrès d’ici la présidentielle. Et celui qui sait ce que pense le président de la République, en vrai, sur le sujet serait bien inspiré de nous en informer. En cinq ans il a tout dit et son contraire.

Donc c’est l’impasse. Et il y a un risque que des recours soient intentés devant la justice administrative pour condamner l’enseignement associatif immersif.

De toute façon nous ne pouvons pas accepter ce fait absolument scandaleux qui serait que le vote d’une loi par le Parlement, qui reconnaît à nos langues de nouveaux droits, se solde par un retour en arrière qui nous oblige à protéger des droits anciens, acquis après des années de travail et de mobilisation. Ce serait paradoxal que de se retrouver sur la défensive.

Les médias, en tous cas certains des plus influents, n ‘ont pas failli à la tradition en invitant sur leurs plateaux des consultants qui ne connaissaient rien à la question mais qui n’ont pas manqué de donner leur avis.

J’en ai même entendu un dire qu’il ne savait rien de la façon dont fonctionnaient les écoles immersives mais qu’il était contre parce que …parce que c’est comme ça !

Une autre, sur une chaine publique comparait le droit à apprendre les langues régionales au droit à envoyer ses enfants au catéchisme. Nos langues sont donc une croyance pour ces gens !!!

Bien évidemment notre volonté de sauver nos langues, de les développer, de les enseigner se heurterait au projet de faire en sorte que tous les enfants puissent « bien connaître le français ». Ils ne doutent de rien ces gens. Ce sont les petits occitans, bretons, basques et autres qui sont dans les écoles bilingues et immersives qui font que la langue de la République serait mal connue par certains enfants !!!

On nous accorderait cependant dans certains milieux une petite place dans des activités extrascolaires, mais pas au delà !

Nous sommes donc juste bon à cuisiner dans un jus de préjugés absolument inacceptables et c’est ce qui risque de nous étouffer si nous attendons que les promesses nombreuses qui ont été faites, de façon préelectorale, se réalisent.

Nos langues sont respectables à la condition qu’on ne les entende pas, qu’on ne les voie pas, qu’on ne les enseigne pas et qu’on ne les transmette pas. Voilà nos droits au point où nous en sommes.

Il s’agit d’un linguicide qui se poursuit, d’un crime contre la diversité culturelle et linguistique avec la bénédiction du Conseil Constitutionnel.

Nous ne pouvons pas l’accepter !

Il faut mettre en place une stratégie qui va nous mener au delà des échéances électorales si propices aux promesses et aux discours qui nous annoncent que tout va s’arranger, qu’il suffit d’être patients. Notre ennemi a toujours été le silence. Et je ne parle pas de la condescendance dont certains font preuve en lançant des sondages sur le net comportant des questions aussi stupides que basiques. Doit-on encore répondre à ceux qui se demandent si nos langues ont le droit de vivre ?

Elles vivent, c’est un fait. Leur développement est don un droit. A nous de le défendre.

Anem ! Per las lengas, la nosta e las autas ! ÒC

Nous ne voulons pas être tolérés mais nous voulons des droits

Question ! Avons nous le droit d’exister, tolère t-on notre existence ?  Nous donne t-on le droit de vivre et de nous développer ou juste de survivre?

Ce n’est pas la même chose vous en conviendrez.

 Après le très mauvais coup porté par le Conseil Constitutionnel nous voici sur la défensive alors que nous étions dans la conquête d’un droit nouveau. Mais aujourd’hui nous manifestons pour que les droits que nous avions auparavant soient préservés. Notre crainte est que la décision du Conseil Constitutionnel ne rende les écoles immersives illégales et donc que les aides qui leur sont accordées deviennent illégales. Un simple citoyen pourrait dans l’état actuel saisir la justice et demander l’annulation de toute aide publique à nos écoles associatives.

Il n’est plus question de l’immersion dans le public

La déclaration d’amour publiée ce jour avec la signature du président de la République ne dit rien sur les nouveaux droits que nous demandons. Elle dit juste qu’il va essayer de faire en sorte que la loi ne porte pas préjudice à des droits qui préexistaient à l’affaire.

Il serait donc paradoxal que nous nous contentions de la promesse qu’on ne nous fera pas du mal. D’autant plus que cette promesse vient un an avant la présidentielle et que le calendrier parlementaire rend impossible le vote d’une loi constitutionnelle avant cette élection.

Dans la situation actuelle il est difficile de penser que le Parlement puisse se réunir en Congrès ou que soit décidé un référendum sur la modification de la Constitution.

Cela nous renforce dans l’idée que nous devons trouver de nouveaux moyens d’action, sinon, dans la chaleur de l’été et l’euphorie d’un déconfinement (dont on sait la fragilité), il se pourrait que nous nous retrouvions dès la rentrée en campagne électorale avec des promesses qui ne seront jamais tenues. En 63 ans de Vème République nous en avons eu des promesses !

Rappelons que lors du vote de l’article 2 il avait été dit clairement que jamais cet article ne servirait contre nos langues. Il n’a servi qu’à cela.

Conclusion : la seule solution est l’abrogation de l’article 2 tel qu’il est rédigé et la rédaction d’un nouvel article qui établira de nouveaux droits pour nos langues. C’est un processus long.

Mais pour en arriver là il faut des moyens d’action qui iront au delà de l’indignation légitime qui est la nôtre et que nous exprimerons samedi dans nos territoires.

Nous ne pouvons pas nous contenter d’être tolérés. Nous sommes des citoyens de la République et nous avons des droits à faire valoir. La légitimité donne des droits et ces droits doivent devenir la légalité. Hors de ce schéma nous resterons sous la menace.

DAVID GROSCLAUDE

Loi Molac : la constitutionnalisation d’un préjugé

Après la censure de la loi Molac par le Conseil Constitutionnel, nous sommes contraints à de nouvelles formes d’action. L’article 2 est le couteau suisse de tous les opposants à la reconnaissance des langues. Ils n’ont plus besoin de réfléchir. On parle des langues, alors on sort l’article 2.

La décision du Conseil Constitutionnel concernant le texte de loi présenté par Paul Molac et voté par les députés, va nous obliger à radicaliser nos méthodes de revendication.

Ceux qui me connaissent savent que je ne veux pas dire par là qu’il faille devenir violent. Je ne suis pas un violent, je ne l’ai jamais été et ne le deviendrai pas.

Cependant il existe des formes de revendication plus radicales que la simple contestation des arguments de l’autre, surtout quand il n’en a pas. Nous défendons des principes qui sont précieux : l’égalité des langues et des cultures, donc des hommes et des femmes. Cela signifie que, à ceux qui affirment que le français est une langue supérieure, nous devons répondre de façon claire et déterminée. Leur article 2 n’est que la constitutionnalisation d’un préjugé qui les maintient confortablement dans leur croyance que seule une langue serait capable d’exprimer des valeurs universelles.

Rappelons que les principes républicains ne leur appartiennent pas et que la langue française non plus ne leur appartient pas. Elle est mienne au même titre qu’elle est leur. Et en tant que citoyen je suis libre de la faire cohabiter, dans un équilibre qui me convient, avec l’autre langue, que ce soit l’occitan, le breton ou le basque…

Nous sommes face à un adversaire qui vit sur une ignorance forte ; celle qui existe en France concernant les questions linguistiques. C’est un pays où l’on vit sur des préjugés encore transmis de façon massive par divers canaux et intégrés par différentes générations.

On raille ceux qui, comme nous, se battent pour leur langue. Je suis bien placé pour le savoir puisque je me souviens de quelques messages et réflexions de personnes qui disaient qu’il fallait être bien stupide pour mener une action comme une grève de la faim afin d’obtenir une avancée dans le domaine de la langue occitane. : « Faire ça pour ça ! C’est idiot, franchement ! ». Et ce n’était pas la simple réflexion d’un quidam de base.

Nous avons donc la responsabilité de donner à ce combat la valeur qu’il mérite. Il faut lutter contre la déqualification permanente dont il est l’objet.

Il nous reste à déterminer les armes pacifiques mais efficaces, que nous devrons employer.

Le pire serait d’en être réduit aujourd’hui à défendre ce que nous avons construit parce que des prétendus sages se sont appuyés sur une affirmation constitutionnelle ambiguë qui laisse entendre que le français serait la seule langue républicaine. L’article 2 est en effet rédigé de façon à donner du crédit à un préjugé répandu selon lequel le français serait la seule langue pouvant porter les valeurs de la République (1)

En être réduits à défendre les écoles immersives contre une possible déclaration d’inconstitutionnalité de leur méthode pédagogique  serait une régression.  

Notre indignation est légitime…mais

Il est évident que cette décision du Conseil Constitutionnel est scandaleuse et injuste ! Bien sûr, nous avons raison de nous indigner de l’incapacité de la France à entrer dans un monde où les langues et les cultures se respectent !

C’est une évidence que la menace qui pèse sur l’enseignement immersif est réelle après cette interprétation de l’article 2 de la Constitution.

Mais il serait naïf de nous étonner de cette décision. Elle est dans la droite ligne de ce qui se dit et se fait depuis des décennies, des siècles même.

Vous me direz que ce n’est pas une raison. Ce n’est pas parce que l’on trempe dans sa médiocrité depuis des années que l’on doit continuer à produire ce jus infâme.

Mais que nous apprend cette décision ? Elle nous dit deux choses :

—d’abord que nous sommes dans la continuité de ce qui est dit et fait depuis de longues années,

— que la question des langues est certainement l’un des sujets les plus politiques qui existe en France.

La continuité parce que, à droite et à gauche, les préjugés ont la vie dure et que l’ignorance dans le domaine linguistique est comme une médaille que certains accrochent au revers de leur veste. Fiers de leur certitude que le français est une langue supérieure à toutes les autres. Je vous conseille de relire les plus caricaturales déclarations sur le sujet qui ont pour auteurs un certain François Fillon et un certain Jean-Luc Mélenchon ; un de droite et un de gauche. Cela éclairera ceux qui doutent encore qu’il existe des acharnés.  

Rappelons que jusqu’au vote de l’article 2 de la Constitution en 1992 des dizaines de propositions de loi sont parties à la poubelle. 

Le refus de les faire, ne serait-ce que débattre par les députés, est le résultat du travail de sape de personnalités de gauche et de droite. Sur ce sujet la littérature est abondante et je pourrais longuement étayer mon propos par des citations aussi croustillantes que pénibles à lire pour qui estime que les principes de liberté, d’égalité et de fraternité sont importants et essentiels. 

En 1984, par exemple, c’est un certain Laurent Fabius (aujourd’hui président du Conseil Constitutionnel)  qui s’opposa à toute discussion d’une proposition de loi sur les langues, pourtant promise par celui qui était président de la République : François Mittérrand. Avant eux, la droite dans les débuts de la cinquième République n’avait eu d’autre ligne de conduite, que d’enterrer toute proposition de loi qui aurait permis d’avancer.

Donc gauche ou droite : match nul, mais vraiment nul !  

Puis vint 1992. C’est la date du fameux article 2 de la constitution. Un article dont gauche et droite se disputent la paternité. Les avertissements selon lesquels cet article était un article scélérat ne furent pas entendus. Quelques années plus tard certains députés, qui  l’avaient défendu, reconnurent qu’il s’étaient trompés (2). Trop tard. Le mal était fait.  

De toute façon cet article 2 n’était qu’une arme contre nos langues. La France savait qu’elle devait faire quelque chose pour se protéger contre la Charte Européenne des Langues Régionales et Minoritaires qui devait arriver à la signature dès la fin de 1992. L’article 2 était l’arme de destruction massive.  (3)

Qui s’y opposa ? Pas la gauche, pas la droite. Seuls quelques députés et sénateurs de façon isolée eurent le courage de dénoncer cette manipulation de l’idée républicaine au profit d’une vision coloniale des langues.

Je ne citerai pas les noms de tous ceux qui ont œuvré contre nos langues. Il y en a de droite et d’autres de gauche. Et ne cherchez pas à savoir si les députés occitans ont été plus intelligents que les autres sur le sujet. Leur implantation sur le territoire de la langue occitane ne les a jamais rendus plus clairvoyants…Ce serait même parfois le contraire.

Et aujourd’hui les adversaires qui sont-ils ?

Concernant le présent il suffit, pour comprendre ce qui vient de se passer, de relire le discours du président de la République sur la langue française et la francophonie prononcé en 2018. Il était une démonstration de la faiblesse de sa pensée sur le sujet. Il déclara ceci :  «Au fond, nous sommes le seul pays de la Francophonie qui ne vit qu’en français (…) Il n’y a que les Français qui n’ont que le Français ». (4)

Quant à son intervention à Villers-Cotterêt quelques mois plus tard elle atteignait des sommets d’incompétence, ce qui n’est pas grave, et de mépris, ce qui l’est beaucoup plus. Il expliquait à des enfants d’une école que François 1er avait fait une œuvre majeure avec son édit de 1539 parce que sinon nous serions dans un pays ou nous ne pourrions pas nous comprendre puisque nous parlerions tous des « patois un peu différents » ! Admirez la précision du discours.

Puis il y a notre ministre de l’Éducation qui s’interrogeait en mai 2019 devant les sénateurs avec cette réflexion qui explique son acharnement contre l’enseignement immersif. Pour le ministre cet enseignement pourrait s’assimiler une une forme de maltraitance :  « l’immersif est l’unilinguisme puisque ce qu’on met derrière la notion de maternelle immersive, c’est le fait que les enfants ne parlent que la langue régionale. Déjà, d’un point de vue pédagogique il y aurait eu beaucoup à discuter autour de ça, on pourrait arriver à dire que cognitivement ce n’est pas si bon que ça, précisément si l’enfant est mis dans la situation d’ignorer la langue française. Sur le plan pédagogique, il y a une véritable question sur l’immersion ».

Alors comment s’étonner de ce qui vient de se passer ? C’était écrit. Mais cela n’enlève rien au travail réalisé par Paul Molac et à l’énergie qu’il a déployée. Jamais nous n’étions arrivés aussi loin dans un débat à l’Assemblée Nationale sur le sujet. Cependant il reste le mur, construit en 1992 et dont l’utilité pour nos adversaires se vérifie régulièrement depuis bientôt trente ans. C’est leur couteau suisse. Ils l’ont en poche dès que nous bougeons le petit doigt. C’est l’outil magique.

Il n’y a pas de sujet plus politique que la question des langues.

Rien que l’acharnement dont fait preuve le système français centralisateur, avec l’aide d’une partie de ceux qui se prennent pour le coeur de la culture française (quelques femmes et hommes de médias, l’Académie Française , une intelligentsia autoproclamée…) devrait nous convaincre que jamais sujet n’a été aussi politique.

L’idée qui consiste à vouloir faire croire que toucher à la langue c’est toucher à la République est la plus grande imposture qui nous est présentée. Ainsi, de parler occitan, breton, basque…à nos enfants, de les scolariser dans ces langues, de leur donner des prénoms avec des accents qui n’existent pas en français, serait une atteinte aux principes républicains ? Quelle est cette farce ridicule ? Comment peut-on nous prendre à ce point pour des idiots ? Croient-ils vraiment à ce qu’ils disent ?

Leur foi en la solidité de la République est bien fragile s’ils pensent qu’un accent aigu sur un « i » ou un tilde sur un « n » peut faire s’effondrer cette République.

Allons nous laisser les idéaux républicains à des fanatiques du monolinguisme ?

Nous devons faire de la politique et placer cette question au cœur du débat politique et en faire un thème de combat. Il nous appartient de bien faire apparaître cette question comme une question centrale pour l’avenir. Et pas de demi-mesure ! Pas d’alliés enthousiastes dans les seules périodes électorales  qui une fois aux affaires tiédissent avec l’argument toujours brandi des « priorités » ou des « urgences ».  

En effet, nous avons nous-mêmes une responsabilité dans cette affaire. Nous avons tendance à accepter que la question de la diversité des langues soit classée dans la liste des  questions subalternes. C’est ce qu’on nous dit et ce qu’on nous répète et peu à peu nous intégrons cette idée. Ce ne serait qu’un débat « culturel » donc pas vital au contraire du social, de l’économique ou de ce qui touche à l’écologie. Nous acceptons beaucoup trop cette idée, dans nos associations, nos partis, nos organisations diverses. Ce combat pour les langues est noble mais surtout central pour la démocratie, la tolérance entre les peuples. Ne nous laissons pas gagner par l’idée que ce qui est culturel serait une revendication de privilégiés alors que les gens du peuples auraient besoin de pain et pas de culture. Nous serions donc les porteurs d’une revendication de nantis, de gens installés dans leur confort, ignorant ce qu’est la vraie réalité du monde. Tout cela pue le mépris du peuple et ensuite ce n’est pas parce que je suis attaché à l’outil qui m’aide à communiquer, à penser, à transmettre que je suis un privilégié nanti.

Réveillons nous ! Quand des gens vous expliquent qu’il y a des sous-langues, donc des sous-cultures, nous sommes bien loin de la démocratie dont nous rêvons et loin des idéaux républicains.  Comment peut-on accepter cela de nos dirigeants politiques ?

Quelle crédibilité donner à des gens qui tiennent de tels propos et qui, à côté, plaident pour la préservation de la diversité biologique, disent qu’il faut lutter contre la destruction de la planète ? Si le futur qu’ils nous proposent passe pas l’uniformité et par la destruction de langues et de cultures jugées comme inférieures, qu’en sera t-il de l’avenir des individus ? Quand on nie l’égalité des langues et des cultures on nie l’égalité des femmes et des hommes qui peuplent cette planète.

Je terminerai en disant que si l’État français se crispe sur cette affaire c’est en raison de son impuissance dans beaucoup d’autres domaines, comme bon nombre d’États. La question de la langue reste un terrain sur lequel il peut encore faire sentir son autorité. Il l’a perdue dans le domaine économique, écologique, et nous l’avons vu sanitaire. Affirmer sa puissance de façon presque pathétique, il peut le faire en se crispant sur la langue qu’il perçoit comme son seul marqueur identitaire. Parce que c’est bien face à un adversaire obsédé par l’identité que nous nous trouvons, face à un fanatique identitaire nostalgique, qui nous refuse la double identité.  

(1) Qui n’a pas hésité en citant le fameux article entre ces deux formulations : « le français est la langue de la République » et « la langue de la République est le français ». Quelle est la bonne ? C’est la deuxième, mais cela laisse penser que la République ne peut exprimer ses principes que dans une langue. Il aurait été plus clair de dire : « La langue officielle de la République française est le français ». Ce ne fut pas écrit ainsi et je fais partie de ceux qui pensent que ce n’est pas neutre.

(2)J’en ai personnellement discuté avec Yves Dollo député breton PS de l’époque ainsi qu’avec Alain Lamassourre (qui fut ministre, député et eurodéputé du Pays Basque) qui lui revendiquait une partie de la paternité de cet article. Ils ont tous deux reconnu que cet article fut une erreur dans la mesure où il a servi contre nos langues alors que ce n’était officiellement pas son objectif. Le Garde des Sceaux de l’époque, le provençal Michel Vauzelle, promettait devant les sénateurs que jamais ils ne servirait contre les langues dites régionales alors que le sénateur alsacien H. Goetschy le mettait en garde.  On a vu la suite.

(3)C’est en effet en novembre 1992 que la Charte Européenne est mise à la signature des États du Conseil de l’Europe, malgré les efforts de la France pour empêcher ce texte de voir le jour.  La classe politique française avait d’ailleurs déjà été prise de frayeur en 1991 par les velléités corses de reconnaissance du peuple corse et de l’officialité de la langue. Toutes les conditions étaient réunies pour que soit construit le barrage qu’est  l’article 2  rédigé sous le prétexte de se protéger de l’anglais …

(4) extraits du discours prononcé le 20 mars 2018 à l’Institut de France http://www.elysee.fr/declarations/article/transcription-du-discours-du-president-de-la-republique-a-l-institut-de-france-pour-la-strategie-sur-la-langue-francaise/