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Décentralisation : le leurre sans l’argent du leurre !

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Décentralisation : le leurre sans l’argent du leurre

Décentralisation, transports, culture : c’est le grand retour du centralisme. Macron s’était fait passer pour un décentralisateur… et certains l’avaient cru.

Nous vivons une période plutôt étonnante. Le PDG de la SNCF se lâche en expliquant que le déficit de la société qu’il dirige est du aux gouvernements successifs qui n’ont cessé de croire (ou de feindre de croire) que le tout TGV était la seule voie possible.

Résultat les deux tiers de la dette de presque cinquante milliards est due à cette politique irresponsable et recentralisatrice.

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Les discours girondins c’était pour la campagne électorale. Le ton a bien changé depuis.

Dans le même temps quinze présidents de régions (de droite et de gauche) publient une tribune dans Le Monde (1) et dénoncent la recentralisation en marche ou ce que l’on pourrait aussi appeler la recentralisation vue par En Marche.

Sur le même journal, des responsables d’organisations de professionnels de la culture dénoncent eux aussi la recentralisation, celle des dépenses culturelles de l’État. Elle sont très inégalitaires. On dépense des fortunes pour des investissements culturels à Paris et ensuite on envoie les troupes parisiennes cultiver la province.

Il ne faut pas se réjouir d’avoir prédit une catastrophe  ! Mais quand même. Cela fait des années que l’affaire du TGV a été dénoncée. Cela fait des années que l’on sait que la réforme des régions reste à faire et que la dernière réforme (sous Valls et Hollande) était un attrape-couillon.

Il y a bien longtemps que nous sommes nombreux à ne plus croire aux vertus de la culture qui nous tombe sur la tête et nous coûte si cher. Bref on savait !

Mais aujourd’hui bon nombre de ceux qui dénoncent l’abandon des trains du quotidien, le manque d’investissement en ce domaine, ceux qui attaquen

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Manuel Valls alors premier ministre était venu devant les élus régionaux à Toulouse pour le congrès des Régions de France en 2014. Il avait bien refroidi les ardeurs décentralisatrices. Depuis quelques jours on parle de lui comme candidat au poste de maire de Barcelone.

t (avec beaucoup de déférence quand même et sur un ton très comme il faut) l’État et sa recentralisation sont les mêmes, ou presque, que ceux qui hier ont laissé faire cette ridicule réforme des régions. Ils réclamaient aussi des TGV et des LGV. Une présidente occitane a même lancé il y a peu une campagne sur le sujet.

Bref les uns et les autres nous disent aujourd’hui que les discours girondins de Macron étaient unleurre. Ils sont indignés et s’étonnent de ne pas avoir l’argent du leurre.

Finis les rêves de décentralisation et de régionalisation. La haute administration a repris la main. Fini de rigoler ! On a mis les corses au parfum d’emblée, de façon peu élégante ; et maintenant voilà que les autres s’aperçoivent, alors même qu’ils ont été très sages, qu’ils n’auront rien, encore moins que les corses ! Ces derniers n’ont d’ailleurs pas été très soutenus par les champions de la décentralisation !

Le premier ministre va bien organiser une petite conférence des territoires comme il y a quelques mois avec tambours et trompettes. Si c’est un peu ronflant l’effet durera quelques temps et calmera les provinciaux !

Et vous pensiez vraiment que ça se passerait autrement ?

La décentralisation c’est une affaire de courage politique ; il faut savoir dire non à ses amis quand ils sont au pouvoir à Paris. Personne ne l’a fait parce que personne n’a jamais voulu la mise en place de vrais contrepouvoirs régionaux. La règle du jeu c’est d’être décentralisateur quand on est loin de Paris et plutôt centralisateur quand on s’en rapproche.

Pourtant il faudrait avoir le courage d’en finir avec des traditions politiques désuètes, avec le conservatisme, l’immobilisme. Nous sommes en train de revenir dans le monde d’hier.

Ceux qui croyaient en finir avec l’immobilisme en finançant avec les budgets régionaux, départementaux et communaux (2) les lignes qui mènent en trois heures à Paris, se trompaient. Mais le reconnaitront ils ?

Quant aux acteurs culturels, je ne peux que partager leur indignation. Les chiffres qu’ils donnent sur les dépenses entre Paris et les régions sont les mêmes depuis des années et des années (3). Il n’est jamais trop tard pour les dénoncer c’est vrai, mais il faudra plus qu’une réformette du ministère de la Culture pour changer cela.

J’ajoute enfin que je n’ai pas encore entendu nos élus de collectivités dénoncer ce qui nourrit la culture du centralisme à savoir cette propagande permanente qui consiste à nous dire que si Paris se développe on finira bien par avoir des miettes. C’est la théorie du ruissellement appliquée aux territoires n’est ce pas ? Les J.O à Paris sont le fin du fin de cette vision des choses ? Et vous applaudissez ? Moi non !

Parce que vous payerez demain. Oui vous payerez ! Nous payerons tous pour des aménagements qui, une fois de plus, seront au même endroit. Parce que bien sûr la facture dérapera. Mais vous, élus des collectivités, vous acceptez déjà de payer et vous le reconnaissez ! En dénonçant le fait que l’on vous demande, à vous présidents de collectivités, de faire les plus gros efforts (plus que l’État) pour réduire le déficit public du pays, vous acceptez déjà de nous faire payer la mise en place de ce néocentralisme.

Vous dénoncez aussi les difficultés de l’État a honorer les contrats passés avec vous ( les contrats de plan État –Régions). Mais ce ne sont que des instruments faits pour que l’État puisse orienter les dépenses des régions et autres collectivités. Tout a été pensé par la haute administration que vous dénoncez cette fois-ci parce que vous vous apercevez du peu de considération qu’elle pour les élus locaux.

Il faudra un peu plus d’énergie qu’une simple tribune dans le plus grand quotidien parisien pour faire bouger tout ça !

D’ailleurs vous auriez pu avoir le réflexe de faire publier votre article dans les quotidiens régionaux, ceux de vos territoires, bien plus lus, et lus d’abord par ceux qui sont concernés au premier chef. Mais notre président monarque ne se serait peut-être pas ému d’une tribune publiée dans des gazettes de province ? S’émeuvra t-il ? Rien n’est moins sûr !

David Grosclaude

Un petit clin d’œil pour terminer ! « Recentraliser » est un mot qui n’existe pas en français officiel. Mon ordinateur n’arrête pas de me dire que je dois corriger ce mot. Je cherche sur les dictionnaires divers et variés de la toile …et rien. En français on centralise mais on ne « recentralise » pas. Donc c’était bien un leurre…de quoi nous plaignons nous ?

(1) Le Monde du mardi 24 avril

(2) Certaines collectivités ont payé pour une LGV qui ne passe même pas sur leur territoire. Mais ils acceptaient de payer parce que ça les rapprochait de Paris. C’est l’argument qui a décidé de nombreuses collectivités à sortir des millions pour la ligne Tours-Bordeaux.

(3)Le ministère de la Culture dépense 139 euros par an et par habitant en Ile de France et 15 euros par an hors de cette région. C’est une vision très particulière de l’égalité républicaine mais elle fonctionne ainsi depuis des années et des années.

 

 

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Mais après quoi courent ils ?

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Voici l’article que LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES m’avait demandé et qu’elle publie ce jour à propos de la PASSEM, la course en faveur de la langue occitane organisée par LIGAMS les 25, 26 et 27 mai prochains.

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Les bretons ont mis en place la course en faveur de la langue bretonne il y a dix ans: Ar Redadeg. (Photo) Les basques l’avaient fait avant avec la Korrika. La Passem a vocation a se répéter tous les deux ans. (photo Ar Redadeg)

Mais après quoi courent ils ?

Après quoi courront ils durant trois jours et deux nuits en Béarn ? * Ils ne courront après rien de sonnant et de trébuchant. Ni argent, ni médaille, ni gloire ! Ils courront pour une langue ; celle du Béarn, ou plutôt celle que le Béarn a en partage avec d’autres régions occitanes. On l’appelle béarnais, gascon, langue d’Oc, occitan. Peu importe !

Ils courront pour un outil qui sert à dire le monde, celui d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Toutes les langues sont des outils qui mettent les femmes et les hommes en relation. Celle de notre territoire en est un parmi des milliers d’autres.

Le risque que notre langue disparaisse un jour existe. Ce serait une perte irréparable pour nous, ici,

mais aussi pour l’humanité dans son ensemble. Chaque langue qui disparaît est un moyen d’inventer autrement le monde de demain qui s’évanouit.

Ceux qui courront pendant trois jours et deux nuits se passeront un témoin dans une course symbolisant la transmission de la langue.

Certaines familles ont choisi aujourd’hui de transmettre à nouveau l’occitan à leurs enfants. La transmission familiale avait failli s’arrêter et voici qu’elle reprend peu à peu. Certains de ces jeunes parents ont choisi de mettre leurs enfants dans des écoles (publiques ou associatives) où l’on enseigne en béarnais. Rien de passéiste et de nostalgique dans tout ça. C’est un acte pour demain. Ceux qui courront le feront pour que ce mouvement s’amplifie parce que la langue doit vivre.

Je ne ferai pas ici le traditionnel couplet historique pour dire que cette langue inventa, il y a près de mille ans, la poésie moderne, ou qu’elle permit d’écrire l’histoire politique, sociale, littéraire du Béarn pendant des siècles. Non, je vous parlerai au futur.

Quelle chance pour un territoire d’avoir une langue et une culture, différente et à partager avec toutes et tous, nés ici ou pas ! Une langue n’appartient à personne ; c’est un bien collectif, c’est un outil qui s’adapte à chaque génération, à chaque situation.

La diversité des langues et des cultures est indispensable pour répondre aux périls écologiques, sociaux, économiques et politiques qui nous attendent. Parce qu’il n’y aura pas une seule répo

nse, mais plusieurs, nées de la diversité des visions du monde. Et chaque langue est une représentation du monde.

Si parmi les dangers qui nous guettent il y a la destruction de la diversité biologique et le réchauffement climatique, il en est un autre que j’appelle « le refroidissement culturel », c’est à dire l’uniformisation des langues et des cultures, et donc de la pensée.

A ceux qui nous serviraient encore l’argument éculé de l’utilité de telle ou telle langue, disant qu’il vaut mieux apprendre le chinois ou l’anglais que l’occitan, je leur réponds que ces jeunes qui parlent l’occitan font partie de ceux qui apprennent le plus vite d’autres langues. Et puis le cerveau humain, on le sait désormais, peut accueillir plus d’une ou deux langues.

Je citerai enfin cet auteur de chansons françaises bien connu, Etienne Roda-Gil —dont la langue maternelle était le catalan— qui écrivit pour J.Clerc une chanson intitulée « Utile ». Elle dit : « comme une langue ancienne que l’on voudrait massacrer, je veux être utile à vivre et à rêver ». Vivre et rêver : c’est à dire inventer le monde.

Quelle chance a le Béarn d’avoir un outil de plus pour inventer demain, pour rêver et vivre ! Alors oui, ça vaut la peine que nous allions courir, nous tous, ensemble !

 

David Grosclaude

* Passem ! : course relais de trois jours et deux nuits a travers le Béarn les 25, 26 et 27 mai. Information : www. lapassem.com/fr/la-passem/

Vive le train !

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Je suis un usager, contrarié par la grève, mais qui soutiens les cheminots. Qu’on arrête de faire payer aux usagers et aux cheminots les erreurs de ceux qui nous gouvernent et des fanas des LGV qui ont ruiné le réseau ferroviaire !

 

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Le « Tout LGV » aura fait prendre des années de retard au réseau ferroviaire  et aura redonné vie à un mode d’aménagement du territoire où le centralisme est la seule règle du jeu.

Qu’il faille faire faire des réformes à la SNCF c’est évident. Qu’il faille faire porter le chapeau aux cheminots je m’y refuse.

Je suis un utilisateur du train, en France et ailleurs en Europe, dès que je peux. Par conviction écologique sans doute mais aussi parce que c’est un moyen sûr de se déplacer, souvent confortable et bien plus reposant que les autres.

Pourtant, comme beaucoup d’usagers je peste régulièrement contre les retards et les annulations de trains. Mais à qui la faute ?

La dette d’abord ; il faut être d’une sacrée mauvaise foi pour ne pas reconnaître que depuis des années l’obsession de la très grande vitesse aura coûté fort cher au réseau ferré. C’est plus de la moitié de la dette et ce n’est pas fini. Il faut ajouter à cette dette l’argent que les collectivités territoriales doivent rembourser pour payer ces lignes. Et je ne parle pas des dégâts collatéraux qui sont connus à savoir un déménagement du territoire au profit de Paris et des plus grandes métropoles.

Dans cette grève, mon soutien va au train, celui de demain qui doit être moderne c’est à dire adapté aux défis écologiques et économiques. Mais cela ne signifie pas qu’il aille aux marchands de prétendue concurrence.

Lignes dites « non rentables »

On est en train de nous vendre des arguments absolument inacceptables en disant que ce serait un cadeau que l’on ferait aux territoires isolés que de maintenir des lignes dites secondaires, des lignes « non rentables » . Mais celles de la région parisienne le sont-elles ? Non. Et pourtant nous les payons toutes et tous.

L’effet TGV ne va pas se faire sentir que par la dette. Très bientôt les élus zélés qui ont réclamé ( et qui continuent à réclamer) des lignes à très grande vitesse pour aller plus vite à Paris seront face à une réalité très simple : aller plus vite sur certains tronçons ne sert à rien. La rapidité de déplacement dépend beaucoup plus de la bonne coordination des trains sur les différentes lignes que de la vitesse de pointe sur quelques lignes. La rapidité des déplacements pour tous dépend aussi largement de l’équipement des lignes en matériel fixe. Le matériel roulant ne fait pas tout et c’est connu depuis longtemps. C’est pourtant la modernisation de ce matériel fixe qui a été sacrifiée par des investissements presque exclusifs sur la très grande vitesse. Bien sûr la prouesse technologique fascine mais tout cela ne résiste pas à l’analyse de la réalité. Il est évident que l’on nous vend du record de vitesse, mais pas du transport pour tous.

On a dépensé des milliards d’argent public pour des gains de temps souvent très limités entre deux points. En plus le bénéfice va aller à des intérêts privés grâce au PPP (Partenariat Public Privé) et grâce à ce que l’on appelle faussement la concurrence.

On a oublié que les voyageurs doivent aller à la gare, qu’ils doivent aussi de plus en plus prendre des trains TER pour aller attaper un TGV. Et il y a des temps d’attente pour les correspondances.

C’est dans ces points là que se font les vrais gains de temps pour des coûts minimes. Les chemins de fer suisses ont compris cela depuis des années. Certes leur territoire est petit et leur maillage est important mais ils ont réfléchi et surtout fait leurs comptes. La Très Grande Vitesse est un gouffre et c’est elle qui est en grande partie responsable du naufrage actuel de la SNCF.

Des investissements suicidaires

Mais qui le reconnaitra ? pas ceux qui sont au pouvoir parce qu’hier ils encourageaint cette politique. Pas les élus régionaux, départementaux et ceux des métropoles qui n’ont cessé de réclamer des TGV, et qui continuent, malgré les chiffres accablants. Ce sont ceux là qui ont accepté de payer des millions pour des lignes TGV qui ne passent même pas sur le territoire de leur collectivité !!!

Qu’il y ait des lourdeurs à la SNCF on en convient. Qu’il faille changer des choses c’est évident, mais la responsabilité de ce gâchis est celle des ministres, élus et administrations qui ont porté une politique d’investissement suicidaire. ET maintenant il faudrait que nous, usagers, nous allions remonter les bretelles des cheminots ?

Le problème est décrit dans de nombreux rapports et de nombreuses études qui sont autant de réquisitoires contre les fanas de la très grande vitesse.

Mais comment peut-on par exemple être à ce point en retard en demandant une ligne à très grande vitesse pour faire Bordeaux-Montpellier ? On sait depuis longtemps que la rénovation de cette ligne, sa simple modernisation ferait gagner du temps sans pour autant être un investissement ruineux. On mélange la très grande vitesse avec la grande vitesse. La première est celle qui réserve des lignes aux seuls TGV. La seconde se fait sur des lignes classiques modernisées et rénovées.

Faut-il avoir perdu le sens des réalités pour que l’on en soit arrivé à ce que la moitié des voyages que l’on vous propose sur le site de la SNCF, pour aller de Bordeaux à Marseille, passent par la gare Montparnasse et par la Gare de Lyon ? Allez voir. Et regardez bien le prix des billets !

Centralisme renforcé

Le centralisme du système ferroviaire sort renforcé de plusieurs années d’investissements portés par les tenants du « nous devons être en trois heures à Paris » qu’ils ont répété comme des perroquets pendant des années sans se demander à qui profitait le crime. Les « trains du quotidien » est une expression qu’ils ne connaissaient pas hier mais qu’ils affectionnent aujourd’hui. Ils ne l’ont visiblement pas comprise. Sans doute ceux qui ont mis en place cette politique de LGV ne prennent ils pas assez le train.

La grève des cheminots m’oblige à utiliser la route plus que je ne voudrais mais je comprends que leur méfiance soit grande et qu’ils ne veuillent pas accepter ce chantage qui consiste à leur demander de faire des sacrifices en échange d’un rachat de la dette par l’État. Cela reviendrait à leur faire payer les erreurs de ceux qui ont mis en place des chantiers à 25 millions d’euros du km, qui ont enrichi des groupes de BTP et qui vont enrichir très bientôt des entreprises privées grâce aux PPP et à la fameuse « concurrence» qui ne fait qu’annoncer une privatisation et une hausse du prix des billets.

 

David Grosclaude

Macron : l’estocade sera donnée aux langues de France

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Macron : l’estocade sera donnée aux langues de France

Le discours du président de la République sur la Francophonie doit nous alerter. Il nie l’existence d’autres langues que le français en France. 

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La coupole de l’Académie française sous laquelle a été prononcé le discours ( photo Chris Hills. wikimedia

Le discours d’Emmanuel Macron sous la coupole de l’Académie française serait-il le signal pour porter l’estocade* à la diversité linguistique sur le territoire de la République ? Le lieu et les mots choisis pour prononcer ce discours ont tendance à le faire penser.

Ce fut un discours caricatural puisqu’il se prétendait un appel au respect de la diversité culturelle et linguistique. La réalité était bien différente.

Le lieu, tout d’abord, n’était pas neutre. L’Académie française est depuis des années un adversaire déterminé de toute reconnaissance des langues de France. Les déclarations de cette institution sont systématiquement une négation de la dignité des langues dites régionales. Cette institution ne manque jamais une occasion de dire sa défiance et même son aversion vis à vis de nos langues.

Oui j’ai ressenti dans ce choix une première marque de mépris.

L’histoire manipulée

C’est au nom « d’une francophonie qui n’écrase pas » que ce discours a été prononcé et c’est dans ce même discours que le président de la République a oublié de parler des langues parlées sur le territoire d’une République dont il se dit le représentant de tous les citoyens. C’est la deuxième marque de mépris.

Il y a bien eu une allusion à quelques langues parlées loin du territoire métropolitain mais c’est tout. Et quand on sait en quelle estime sont tenues ces langues dans les écoles, les médias et la vie publique on ne peut que se dire que cette évocation rapide des créoles n’est que condescendance. En tous cas cela y ressemble

Dans ce discours sont évoqués les « actes fondateurs » de la langue française en parlant de Charlemagne et de 813. Évoquer ce concile de Tours pour suggérer que cela annonçait l’Édit de Villers-Cotterêts et la création de l’Académie Française est une manipulation de l’Histoire. On dit aujourd’hui que c’est une fausse nouvelle, une fausse information en quelque sorte. Cette date est celle où l’on a écrit un texte dans une langue qui n’était plus du latin mais personne ne peut dire qu’il s’agissait de français, pas plus que d’occitan d’ailleurs.

L’histoire est tripatouillée pour justifier un projet linguicide. La meilleure des phrases prononcées sous la coupole la voici : «Au fond, nous sommes le seul pays de la Francophonie qui ne vit qu’en français (…) Il n’y a que les Français qui n’ont que le Français ». (1)

Des craintes ici et ailleurs

C’est ahurissant ! Comment peut on nier l’existence des citoyens de la République qui sont bilingues en parlant l’occitan, le basque, le breton, le corse, le catalan, l’alsacien, et les autres langues, répertoriées dans une longue liste publiée depuis longtemps par le ministère de la Culture. Le président de la République ignore t-il qu’il existe un article dans la constitution — décoratif certes— qui reconnaît ces langues comme patrimoine de la France. Même cela dans un discours sur le multilinguisme il « l’oublie ». Il connaît en réalité parfaitement cet article de la Constitution, ou en tous cas son entourage le connaît. On y reviendra.

Le même président de la République se lamente sur le fait que, à Ougadougou, il n’a pas été compris lorsqu’il a parlé de francophonie : « Lorsque j’étais à Ouagadougou, si ces jeunes étudiants n’ont pas voulu comprendre ou compris ce que je disais, c’est parce qu’ils ont compris que je défendais le français contre leur langue. Le français ne peut se développer que dans ce plurilinguisme, que dans ces traductions permanentes. Il nous faut donc aussi faire des dictionnaires dans chacune de ces langues (…)et accepter là encore que ces langues qui fécondent le regard porté sur le monde existent et soient pleinement reconnues ».

Les jeunes africains avaient sans doute compris ce que peut parfois cacher un discours même lorsqu’il contient des mots qui évoquent l’ouverture, la tolérance. Ils se méfient sans doute et l’histoire leur en donne des raisons. Peut-être que de leur parler de Charlemagne en 813 les aurait convaincus ? J’en doute. Il ne suffit sans doute pas d’affirmer : « Le français ne sera jamais une langue hégémonique, car c’est une langue de combat » pour effacer les craintes.

Le français une langue dans « l’intranquillité » 

La Francophonie n’a donc pas bonne réputation et le discours de l’Académie n’a rien pour rassurer. Même si le président de la République s’empresse de dire : «La Francophonie doit faire droit aux autres langues, en particulier aux autres langues européennes mais à toutes les langues que la mondialisation fragilise ou isole. La Francophonie, c’est ce lieu où les mémoires des langues ne s’effacent pas, où elles circulent ». Il est bien difficile de le croire.

Même s’il dit son admiration pour les francophones du Québec cela n’efface pas des phrases comme celle qui rend hommage à l’abbé Grégoire, celui qui présenta le « Rapport sur la Nécessité et les Moyens d’anéantir les Patois et d’universaliser l’Usage de la Langue française ». Loin de moi l’idée de jeter le fameux abbé dans les poubelles de l’Histoire. Évoquer son nom pour parler de la lutte contre l’esclavage se comprendrait ; mais pour bâtir une vision moderne de la question linguistique, c’est plus que déplacé.

Le discours sous la coupole est donc l’exposition de la politique que le président de la République entend mener envers les langues dites régionales de France. C’est la condamnation à mort. On leur demande de bien comprendre qu’elles seront les victimes d’une sorte de réflexe de la langue française qui pour vivre a besoin de manger les autres.

Voici un autre extrait : « La langue française est d’une abondance et d’une richesse de sens incomparable aussi parce qu’elle est constamment dans cette intranquillité avec les autres langues, dans cette cohabitation avec les autres langues, parce qu’elle a elle-même vécu dans notre propre pays dans cette intranquillité ».

Ce dernier mot pose question. Cette « intranquillité » serait elle une menace qui pèse ou pesait sur le français ? Cette phrase serait-elle la justification de la politique linguicide ? Non même pas, cette phrase est au passé. Macron a déjà enterré les langues « dans notre pays ».

Des promesses …et après

Pourtant il y a peu faisait répondre par son équipe ceci aux associations culturelles occitanistes : « Une reconnaissance juridique et un statut sont indispensables. Ils passent par une loi adaptée au contexte français. En outre, les moyens de l’expression des langues régionales seront accrus. Ainsi, le candidat d’ « En Marche ! », facilitera, dès l’école, l’apprentissage des langues et cultures régionales, dont l’intérêt éducatif, linguistique et culturel est reconnu. Les langues et cultures régionales sont des éléments du patrimoine national reconnu par la Constitution de notre République (article 75-1). Elles font donc partie de la culture qui est une. Elles seront associées au rayonnement de la France et du français qu’Emmanuel Macron souhaite relancer par la création d’un Centre de la Francophonie. Le respect et la valorisation de sa propre diversité linguistique permettront à la France au plan international de mieux faire respecter celle du monde et ainsi contribueront à son retentissement international ». (2)

Il est vrai que cette réponse était faite entre les deux tours de la présidentielle. A ce moment les propos tenus sous la Coupole de l’Académie Française auraient peut-être été moins appréciés.

Nos langues auraient donc droit à une petite place dans le château de Villers-Cotterêts ? Mais pour y faire quoi ?

Des adversaires décomplexés

Loin de moi l’idée de penser que E.Macron est le seul adversaire. Il exprime une idée qu’une partie de la classe politique française commence à colporter sans plus aucune retenue. Souvenez vous de l’épisode de ce député qui face à une revendication concernant l’enseignement avait commenté si finement : « Langues régionales : bienvenue chez les dingues ! ». (3)

Peu nombreux sont les élus de terrain qui s’opposent à ce mouvement. Il faut enterrer les autres langues en vertu de la spécificité de la France qui serait le seul pays de la Francophonie où l’on ne parlerait que le français. Pas question de bouger les lignes législatives. On a entendu la réponse sur la demande des corses. Mais on n’a rien vu qui puisse nous permettre de penser que même en dessous de la co-officialité on puisse espérer un changement.

Chaque jour amène son lot d’informations sur la suppression de moyens pour l’enseignement. Chaque jour apporte des éléments qui prouvent que les adversaires d’un statut pour nos langues sont décomplexés. Chaque jour l’État se désengage du peu, très peu, qu’il faisait.

Allons nous ne rien dire ? Allons nous laisser cette idéologie mortifère nous gagner ? Allons nous laisser partir des années de travail, de créativité, de revendication de droits légitimes et pourtant si basiques ?

Je m’adresse plus particulièrement à mes amis occitanistes en leur demandant si l’énergie dépensée actuellement en chamailleries diverses ne serait pas mieux employée à combattre ceux qui nous méprisent ?

Il faut certes du courage pour passer par dessus quelques querelles intestines. Mais c’est aussi le respect que l’on doit à ce pour quoi nous nous battons, donc à nous-mêmes. C’est aussi le respect que nous devons aux plus jeunes à qui nous avons expliqué la dignité de notre langue et ses droits.

Je l’ai déjà dit et écrit à plusieurs reprises : moins on nous donne plus on risque de se chamailler sur les miettes. Ce serait une erreur de croire qu’il y aura un vainqueur dans ces conditions.

Il ne s’agit plus des intérêts de tel ou tel groupe mais d’un véritable projet de société qui nous est proposé dans ce discours sous la coupole de l’Académie française. Je ne le partage pas parce que avec des mots qui semblent généreux il indique que parmi les langues il y aurait une hiérarchie, des priorités et que pour prétendument sauver la diversité linguistique il faudrait en sacrifier toute une partie qui est considérée comme désuète.

Je fais partie de ceux qui pensent que l’unité n’est solide que dans la diversité. D’autres prétendent le contraire et c’est cette idéologie uniformisatrice qui ressurgit. J’en suis un adversaire. Et vous  ?

David Grosclaude, 29 mars 2018

 

1) extraits du discours prononcé le 20 mars 2018 à l’Institut de France http://www.elysee.fr/declarations/article/transcription-du-discours-du-president-de-la-republique-a-l-institut-de-france-pour-la-strategie-sur-la-langue-francaise/

2) Courrier adressé aux associations occitanes entre les deux tours de l’élection présidentielle de mai 2017.

3) Il s’agissait de Jean Luc Laurent, député du Val de Marne, jusqu’en juin 2017

https://wordpress.com/post/david-grosclaude.com/1501

 

*Estocade : c’est le mot occitan estòc  qui en est à l’origine. Estòc est un objet pointu avec lequel on frappe. On y a rajouté le suffixe « ada ». Estòc désigne ensuite une épée. Le mot se retrouve ensuite en italien sous la forme « stocco ».

L’estocada  (estocade en français)  est donc le coup mortel que l’on donne avec l’estòc . Il est passé aussi au castillan. Mais comme rien n’est simple le mot occitan vient lui même du francique « stoken » qui veut dire frapper.

Malheureusement pour connaître le voyage par l’occitan de ce mot il faut aller consulter les dictionnaires italiens qui eux expliquent que ce mot est arrivé en italien à partir du XII ème siècle en venant de l’occitan, alors que les dictionnaires français ne font état que de l’origine italienne. Ainsi le dictionnaire de l’Académie française :

 ESTOCADE n. f. XVIe siècle. Adaptation de l’italien stoccata, « botte portée avec la pointe de l’épée », dérivé de stocco, « perche, épée ».

 

Espanha : un pas suplementari hòra deu camin democratic

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Espanha : un pas suplementari hòra deu camin democratic

E doman qué ? Las galèras ?

Cinc responsables politics catalans de prumèr nivèu son estats enviats en preson uei enqüèra. La secretària generau d’Esquèrra Republicana ei partida en exili. Mes on va l’Estat espanhòu ? Qui pòt imaginar que lo procèssus s’arrestarà gràcias a la preson ?

Lèu qu’auràn com unica solucion entà har carar l’independentisme d’enviar los maupensants a las galèras. D’autes qu’essagèn mes non pòt foncionar.

democracia

Com ac èi dejà dit e escriut n’èi pas a préner posicion sus la question de l’independéncia de Catalonha ; qu’ei ua question qui pòt estar reglada sonque peus catalans. Tanpauc n’ei pas a dar nat punt de vista sus las divergéncias qui semblan de tocar la majoritat parlamentària sortida de las eleccions deu 21 de deceme. Daubuns que son partits en exili e d’autes que son empresonats.

Qu’enteni quauques responsables politics espanhòus acusar los qui causeishen l’exili en díser que mancan de coratge. Son declaracions plan pretenciosas e un pauc simplistas e que’m guardarí plan de dar leçons estossi a la lor plaça.

La presidenta d’Esquèrra Republicana de Catalonha qu’a causit aqueste divés de deishar Catalonha entà anar en Soïssa ; non podèva pas acceptar d’anar en preson pr’amor de las soas conviccions. Que’s pòt compréner com se pòt compréner la causida de’us qui son anats respóner a un jutge qui’us carga de tots los maus.

La sola question qui’ns deu preocupar qu’ei la question de la democracia en un país d’Euròpa.

Un jutge deu Tribunau Supreme vien de decidir d’enviar en preson cinc responsables politics catalans, per sedicion e rebelion çò qui representa un risc taus acusats de 25 ans de preson.

Non i avó pas enter lo mes de seteme e lo dia de uei ua sola violéncia de las parts deus independentistas. Donc qu’ei de mau compréner las acusacions deu Tribunau Suprème.

Las rasons invocadas entà méter en preson aqueth monde que son un vertadèr dangèr per la democracia en Euròpa.

Los qui son enviats en preson que son acusats d’aver utilizat la violéncia. Aquesta que seré, segon la justícia, lo resultat de las manifestacions immensas qui’s debanèn a Barcelona e qui serén estadas ua faiçon de miaçar l’Estat e d’empachar la polícia de har lo son tribalh.

Non i avó pas ua sola violéncia fisica de las parts deus independentistas. Que son acusats d’aver avut la volontat de har paur en manifestar en nombre. Los acusats qu’aurén intimidat l’Estat en organizar manifestacions gigantas. Mes aqueras manifestacions èran popularas ; alavetz los centenats de milierats de personas que i participèn deven entrar en preson .

Ua pression shens nada violéncia : non seré pas aquò lo simple dret de manifestar ?

Acusats d’aver conviccions…e pregats d’abjurar

La decision de méter en preson uei cinc responsables politics catalans mei ei justificada per un aute argument. Lo jutge considèra que los acusats riscan de tornar començar e qu’an tostemps l’intencion de lutar en favor de l’independéncia. Lo procèssus que contunharé de faiçon « latenta e larvada ». En clar que son acusats d’aver guardat las lors conviccions independentistas e de voler contunhar de las promòver. Qu’an cometut lo crimi de créder a çò qui disen.

Que demandan donc a personas qui pòrtan un projècte politic, e qui l’an portat shens violéncia, d’abjurar. Que son aquí consideracions d’un aute temps.

De mei que pensan que, com i a responsables politics qui son partits en exili meilèu que de riscar la preson, seré aquò ua pròva suplementària d’ua volontat de contunhar lo combat per l’independéncia. Quina descobèrta ? Los uns e los autes qu’ac disen uei com an afirmat la lor conviccion desempuish mes e annadas.

Madrid qu’a paur ; paur a la permanéncia de l’idea d’independéncia.

Que deverà donc trobar un aute castig, diferent la simpla preson. Pr’amor en preson l’idea non serà pas embarrada, escanada, estofada. Que contunharà de víver, dehòra.

D’autes qu’an essajat, a d’autas epòcas. Que i avó l’inquisicion mes qu’ei lhèu passada de mòda.

Lo rei de França, Loís XIV, enviava a la galèras los qui non credèvan pas com eth e qui contunhavan, a maugrat la revocacion de l’Edicte de Nantas, de practicar la lor religion a l’esconut. E a maugrat las galèras, las ideas non deishèn pas jamei de córrer. A maugrat los suplicis entà obligar lo monde a arrenegar las lors conviccions las ideas que contunhèn de víver. Hòrt que causín lo camin de l’exili e qu’ei de dehòra estant qui contunhèn lo lor combat. Mes l’exemple deu rei de França n’ei pas unic. Que n’i a tantes atau dens l’istòria !

Non i a pas nada solucion a aqueth problèma en democracia, en dehòra deu dialògue.

Sia calerà sortir cada dia, mei anar mei, deus camins de la democracia, o alavetz que calerà dialogar.

Qué cèrcan alavetz en empresonar los responsables politics catalans mei importants ? A impausar l’eleccion d’un president o d’ua presidenta de Catalonha vienguda de la minoritat ? Que pensan dilhèu descapitar un movement en méter en preson los qui son en punta dens lo combat ?

Mes que cau estar plan ignorant, quasi amnesic, entà créder que serà pro entà har que doman los milions de catalans qui an votat per l’independéncia e cambien d’idea.

E i averé ua volontat de provocar entà har néisher vertadèrament ua reaccion violenta ?

Ei simplament un vielh reflèxe de venjança ?

En tots los cas los autes Estats d’Euròpa que deverén començar de s’interrogar sus las consequéncias que tot aquò aurà sus la democracia en lo continent vielh.

« Los mots e lo baston » en la premsa/« Les mots et le bâton dans la presse ».

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Mercés au quotidian La République des Pyrénées d’aver publicat aqueth article de Sergi Javaloyès a prepaus deu men libe.20180320_110023-1_resized

« Température ressentie » Et vous ? Comment utilisez vous votre thermomètre ?

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Il est un temps où l’on utilisait l’expression : « casser le thermomètre afin de ne pas savoir si le malade a de la fièvre » pour fustiger les responsables politiques suspectés de na pas vouloir traiter les problèmes,

Dans le domaine thermique vient de sortir une nouvelle expression qui fait florès : il s’agit de la « température ressentie ». Afin, peut-être, de rendre encore plus angoissantes les quelques heures de froid que nous avons connues, somme toute banales pour un hiver, certains ont cru bon d’habiller la température sous abri d’un calcul qui définirait une température plus vraie que la vraie, en y ajoutant la vitesse du vent.

Si j’étais moqueur je dirais que l’on a oublié l’âge du capitaine. Mais restons sérieux.20180228_102732_resized (1).jpg

Admettons que ce calcul soit juste, ou pour le moins justifié. Il n’en reste pas moins que le succès de cette nouveauté ne cesse de m’interroger.

Pourquoi d’un coup a t-on besoin de relativiser une donnée que tout le monde avait assimilé à savoir la température sous abri. Certes le vent nous dépouille de cette petite couche d’air chaud qui nous maintient dans un confort relatif lorsque l’air est immobile. Mais que je sache nous sommes peu nombreux à nous promener nus alors qu’il fait une température sous abri en dessous de zéro. Il conviendrait donc de rajouter au calcul un indice correspondant à la couche de vêtements et à la résistance au vent de cette couche. Ainsi nous aurions une température ressentie sans abri mais habillés. Cela deviendrait compliqué !

Vous vous demandez certainement pourquoi je me préoccupe d’un sujet tel que celui-la. Pour tout dire c’est plus l’acceptation par la société de cette nouveauté que la nouveauté qui me pose question. La réussite médiatique de cette « température ressentie » ne peut être sans signification.

Si l’expression du thermomètre que l’on casse est parfois pertinente pour critiquer ceux qui gouvernent, je crois que la « température ressentie » doit nous alarmer sur la façon dont nous considérons notre environnement social, politique, culturel.

Il me semble que le succès de la « température ressentie » est la preuve que nous sommes bien tombés dans la société du « sentiment de … ». A bas les données objectives et vive la société du ressenti ! Comme cela est dangereux !

Il y a le sentiment d’insécurité par exemple. Celui qui est « ressenti » comme l’on dit par de plus en plus de monde, alors même que jamais nous n’avons vécu dans une société aussi sécurisée et aussi sûre que la nôtre. Il y a sur cela des données objectives. Pourtant ce sentiment d’insécurité, que l’on décline parfois parfois en « insécurité culturelle » est celui qui est nourri par les fameux : « avec tout ce que l’on voit et quand on sait tout ce que l’on sait on a bien raison de penser tout ce que l’on pense ».

Bref , alors même que, par exemple, la question des réfugiés est posée dans les termes anxiogènes que nous connaissons, pour les territoires et les populations qui accueillent (je ne parle pas du côté anxiogène que représente l’exil pour le réfugié ; on n’en tient visiblement peu compte) on voit s’implanter la notion de « température ressentie ». Et c’est bien avec ce même pseudo calcul que fonctionnent les politiques des pays qui voient arriver des réfugiés. Un sentiment d’invasion se diffuse, comme si l’on avait multiplié le nombre de réfugiés par la vitesse du vent. Cela crée des effets pervers. Cela provoque une surenchère répressive, une volonté sécuritaire qui se traduit par une fringale législative.

La « température ressentie » dans notre société pourrait être interprétée comme étant le résultat d’une donnée, à laquelle on ajouterait le vent médiatique qui finit par s’auto alimenter. Et ce qui est valable sur la question des réfugiés est vrai pour bien d’autres sujets.

Et ce vent médiatique je n’en vois pas l’origine que dans les médias classiques mais aussi dans les enquêtes d’opinion qui servent à gouverner. Toutes ces enquêtes ne sont rien d’autre que la mesure du « avec tout ce que l’on voit et quand on sait tout ce que l’on sait…». Nous sommes gouvernés au thermomètre et à la température ressentie.

Nous agissons comme si, face au résultat que nous donne le thermomètre, ayant fait le calcul de la température ressentie, nous décidions de jouer à celui qui se mettra le plus de couches pour se protéger du vent.

Mais nous sommes nous-mêmes les producteurs du vent.

Tout devient sujet d’alertes et d’alarme. Rien n’est plus normal . Tout devrait être lisse et uniforme. On ne supporte plus la diversité des cultures, des climats, des langues, des croyances. La vie devrait être un long fleuve tranquille. Toute différence, toute variation est une agression. Il pleut il y a trop d’eau ! Il neige il y a trop de neige ! Il fait soleil il fait trop chaud ! etc…Ainsi pour faire de l’humour un maire d’une commune du nord de l’hexagone a pondu un arrêté municipal où il ordonne au soleil de briller tous les jours et à la pluie de tomber trois fois par semaine…et de nuit. Quel ennui ce serait ! Mais la chose a plu aux médias qui en ont parlé. Ils ne font que répondre à la demande de la société.

Franchement je ressens avec tout cela un étrange sentiment. Je m’interroge sur les médias qui acceptent de diffuser ces éléments de dramatisation alors même que leur métier est de nous protéger contre les « températures ressenties », c’est à dire les fausses nouvelles. Il existe des façons de vérifier des faits pour éviter que des Trumps et d’autres ne nous fassent le coup de « tout est faux » sous entendu « ça me donne le droit de dire n’importe quoi ».

Cela nous éviterait de longs et inutiles débats sur les propos enregistrés d’un responsable politique qui taille des costards à ses copains. Parce que je ne sais pas comment vous le ressentez, mais que des médias responsables de la diffusion de ces propos nous gratifient de débats pseudo éthiques sur la diffusion ou pas de tels propos a de quoi vous faire réfléchir sur qui doit tenir le thermomètre. Les médias, qui dans notre société se piquent d’être un pouvoir, sont le seul pouvoir qui n’est jugé que par lui même. Faut-il que l’on s’ennuie pour en arriver là !

Tiens justement ! Il y a cinquante ans un journaliste, un certain Pierre Viansson-Ponté écrivait son fameux article « la France s’ennuie » que le Monde publia le 15 mars. C’était deux mois avant mai 68 ! Prémonitoire ? Citons simplement cette phrase : « Heureusement, la télévision est là pour détourner l’attention vers les vrais problèmes : l’état du compte en banque de Killy, l’encombrement des autoroutes, le tiercé, qui continue d’avoir le dimanche soir priorité sur toutes les antennes de France ».

Nous savons pourtant que la démocratie a besoin de débats, de conflits, qu’il faut des majorités et des oppositions. C’est cela qui manque à ce jour. Il faut des idées, des projets et même des utopies. Sinon les problèmes se résolvent par la violence et non par le verbe et les arguments. Il n’y a alors plus de débat puisque tout le monde fonctionne avec la très relative précision de son thermomètre propre, indiquant évidemment sa « température ressentie ».

David Grosclaude