« Température ressentie » Et vous ? Comment utilisez vous votre thermomètre ?

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Il est un temps où l’on utilisait l’expression : « casser le thermomètre afin de ne pas savoir si le malade a de la fièvre » pour fustiger les responsables politiques suspectés de na pas vouloir traiter les problèmes,

Dans le domaine thermique vient de sortir une nouvelle expression qui fait florès : il s’agit de la « température ressentie ». Afin, peut-être, de rendre encore plus angoissantes les quelques heures de froid que nous avons connues, somme toute banales pour un hiver, certains ont cru bon d’habiller la température sous abri d’un calcul qui définirait une température plus vraie que la vraie, en y ajoutant la vitesse du vent.

Si j’étais moqueur je dirais que l’on a oublié l’âge du capitaine. Mais restons sérieux.20180228_102732_resized (1).jpg

Admettons que ce calcul soit juste, ou pour le moins justifié. Il n’en reste pas moins que le succès de cette nouveauté ne cesse de m’interroger.

Pourquoi d’un coup a t-on besoin de relativiser une donnée que tout le monde avait assimilé à savoir la température sous abri. Certes le vent nous dépouille de cette petite couche d’air chaud qui nous maintient dans un confort relatif lorsque l’air est immobile. Mais que je sache nous sommes peu nombreux à nous promener nus alors qu’il fait une température sous abri en dessous de zéro. Il conviendrait donc de rajouter au calcul un indice correspondant à la couche de vêtements et à la résistance au vent de cette couche. Ainsi nous aurions une température ressentie sans abri mais habillés. Cela deviendrait compliqué !

Vous vous demandez certainement pourquoi je me préoccupe d’un sujet tel que celui-la. Pour tout dire c’est plus l’acceptation par la société de cette nouveauté que la nouveauté qui me pose question. La réussite médiatique de cette « température ressentie » ne peut être sans signification.

Si l’expression du thermomètre que l’on casse est parfois pertinente pour critiquer ceux qui gouvernent, je crois que la « température ressentie » doit nous alarmer sur la façon dont nous considérons notre environnement social, politique, culturel.

Il me semble que le succès de la « température ressentie » est la preuve que nous sommes bien tombés dans la société du « sentiment de … ». A bas les données objectives et vive la société du ressenti ! Comme cela est dangereux !

Il y a le sentiment d’insécurité par exemple. Celui qui est « ressenti » comme l’on dit par de plus en plus de monde, alors même que jamais nous n’avons vécu dans une société aussi sécurisée et aussi sûre que la nôtre. Il y a sur cela des données objectives. Pourtant ce sentiment d’insécurité, que l’on décline parfois parfois en « insécurité culturelle » est celui qui est nourri par les fameux : « avec tout ce que l’on voit et quand on sait tout ce que l’on sait on a bien raison de penser tout ce que l’on pense ».

Bref , alors même que, par exemple, la question des réfugiés est posée dans les termes anxiogènes que nous connaissons, pour les territoires et les populations qui accueillent (je ne parle pas du côté anxiogène que représente l’exil pour le réfugié ; on n’en tient visiblement peu compte) on voit s’implanter la notion de « température ressentie ». Et c’est bien avec ce même pseudo calcul que fonctionnent les politiques des pays qui voient arriver des réfugiés. Un sentiment d’invasion se diffuse, comme si l’on avait multiplié le nombre de réfugiés par la vitesse du vent. Cela crée des effets pervers. Cela provoque une surenchère répressive, une volonté sécuritaire qui se traduit par une fringale législative.

La « température ressentie » dans notre société pourrait être interprétée comme étant le résultat d’une donnée, à laquelle on ajouterait le vent médiatique qui finit par s’auto alimenter. Et ce qui est valable sur la question des réfugiés est vrai pour bien d’autres sujets.

Et ce vent médiatique je n’en vois pas l’origine que dans les médias classiques mais aussi dans les enquêtes d’opinion qui servent à gouverner. Toutes ces enquêtes ne sont rien d’autre que la mesure du « avec tout ce que l’on voit et quand on sait tout ce que l’on sait…». Nous sommes gouvernés au thermomètre et à la température ressentie.

Nous agissons comme si, face au résultat que nous donne le thermomètre, ayant fait le calcul de la température ressentie, nous décidions de jouer à celui qui se mettra le plus de couches pour se protéger du vent.

Mais nous sommes nous-mêmes les producteurs du vent.

Tout devient sujet d’alertes et d’alarme. Rien n’est plus normal . Tout devrait être lisse et uniforme. On ne supporte plus la diversité des cultures, des climats, des langues, des croyances. La vie devrait être un long fleuve tranquille. Toute différence, toute variation est une agression. Il pleut il y a trop d’eau ! Il neige il y a trop de neige ! Il fait soleil il fait trop chaud ! etc…Ainsi pour faire de l’humour un maire d’une commune du nord de l’hexagone a pondu un arrêté municipal où il ordonne au soleil de briller tous les jours et à la pluie de tomber trois fois par semaine…et de nuit. Quel ennui ce serait ! Mais la chose a plu aux médias qui en ont parlé. Ils ne font que répondre à la demande de la société.

Franchement je ressens avec tout cela un étrange sentiment. Je m’interroge sur les médias qui acceptent de diffuser ces éléments de dramatisation alors même que leur métier est de nous protéger contre les « températures ressenties », c’est à dire les fausses nouvelles. Il existe des façons de vérifier des faits pour éviter que des Trumps et d’autres ne nous fassent le coup de « tout est faux » sous entendu « ça me donne le droit de dire n’importe quoi ».

Cela nous éviterait de longs et inutiles débats sur les propos enregistrés d’un responsable politique qui taille des costards à ses copains. Parce que je ne sais pas comment vous le ressentez, mais que des médias responsables de la diffusion de ces propos nous gratifient de débats pseudo éthiques sur la diffusion ou pas de tels propos a de quoi vous faire réfléchir sur qui doit tenir le thermomètre. Les médias, qui dans notre société se piquent d’être un pouvoir, sont le seul pouvoir qui n’est jugé que par lui même. Faut-il que l’on s’ennuie pour en arriver là !

Tiens justement ! Il y a cinquante ans un journaliste, un certain Pierre Viansson-Ponté écrivait son fameux article « la France s’ennuie » que le Monde publia le 15 mars. C’était deux mois avant mai 68 ! Prémonitoire ? Citons simplement cette phrase : « Heureusement, la télévision est là pour détourner l’attention vers les vrais problèmes : l’état du compte en banque de Killy, l’encombrement des autoroutes, le tiercé, qui continue d’avoir le dimanche soir priorité sur toutes les antennes de France ».

Nous savons pourtant que la démocratie a besoin de débats, de conflits, qu’il faut des majorités et des oppositions. C’est cela qui manque à ce jour. Il faut des idées, des projets et même des utopies. Sinon les problèmes se résolvent par la violence et non par le verbe et les arguments. Il n’y a alors plus de débat puisque tout le monde fonctionne avec la très relative précision de son thermomètre propre, indiquant évidemment sa « température ressentie ».

David Grosclaude

 

 

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