Ça va chauffer !

J‘avais envie de dire mon indignation quant à l’opération de propagande ( et d’effacement de la mémoire) qui est en cours depuis quelques mois. Le nucléaire serait LA solution pour la transition énergétique. C’est un grand mensonge. Il arrange ceux qui veulent relancer leurs bénéfices grâce au nucléaire, ceux qui ne veulent pas dire que la réduction des consommations, gaspillages, sur consommations et surgaspillages sont une grande partie de la solution. On veut tout changer…mais en faisant comme avant. Et pourtant il y a eu Chernobyl, Fukushima. Et pourtant on ne sait toujours pas faire autrement que de refiler nos déchets nucléaires aux générations qui suivent et cela dans un vertige historique extraordinaire. Nos ancêtres qui vivaient il y a 10 000 ans nous ont laissé que peu de choses ; nous en avons rempli quelques musées. Que nos descendants se rassurent l’héritage que nous leur ferons sera bien plus conséquent et embarassant et encore pire si l’on relance la construction de réacteurs nucléaires.

Jean Luc Landi, dont je connais l’engagement depuis des années, m’a envoyé la lettre qu’il a rédigée à l’adresse d’un président de la République qui dit, plus souvent qu’il ne conviendrait « Je » et « J’AI décidé».

Plutôt de réécrire un article sur le sujet je publie cette lettre qui résume bien le problème auquel nous sommes confrontés.

Bonne lecture

David Grosclaude

            Ainsi donc, not’bon maîtr’ a décidé. Le président Macron ne voit pas d’autres solutions que de relancer le nucléaire civil (Quid du nucléaire militaire ? Mais peut-être que les deux vont ensemble !). La justification serait que c’est le seul moyen d’entrer dans « l’ère de la décarbonation ». Pendant un siècle, on nous a « convaincus » que liberté (de circuler), consommation et progrès passaient par l’exploitation du charbon, du pétrole et du gaz, en taisant les études qui montraient que les émissions dues à la combustion des énergies fossiles amplifieraient le fameux effet de serre.

La centrale nucléaire de Belleville sur Loire (Le Morvandiau, wikimédia commons)

            Comme il devient difficile de nier le lien entre utilisation de l’énergie fossile et réchauffement climatique, le Président de la République, ainsi qu’une grande partie de la classe politique, et quelques lobbies ayant intérêt (à court terme !) à la relance du nucléaire, tout ce beau monde veut nous engager dans la course aux réacteurs (EPR, puis réacteurs « de poche »). Les mêmes qui ont favorisé l’exploitation des énergies fossiles, à outrance, plaident maintenant pour la gentille énergie décarbonée que serait le nucléaire. Comment faire confiance à ces opportunistes à courte vue ?

            M. Macron, où est le débat, éclairé, sur ce que signifie la relance du nucléaire ? Débat qui n’a jamais eu lieu en France, même pas au début des programmes de De Gaulle (bombe) ou de Giscard (centrales électriques). Soit on a considéré que les citoyens étaient, et sont toujours, trop ignares pour se faire une idée, soit il y a des choses à cacher.

            Si l’on se fie aux déclarations récentes d’éminents personnages politiques, on redécouvre les inconditionnels du nucléaire comme les membres de LR et une bonne partie de LREM, les repentis (communistes et RN), les hésitants (PS) et les opposants à toute relance (EELV et LFI). Est-ce que les communistes seraient sous la pression de certains syndicats d’EDF et autres acteurs du nucléaire ?

            Concernant les lobbies, en dehors des entreprises directement chargées du développement de la filière du nucléaire civil, on peut penser que les constructeurs, marchands de béton, mais aussi l’industrie militaire ont beaucoup à gagner dans cette relance. Et comment ne pas imaginer l’effet d’aubaine pour les élus qui plaident pour la nucléarisation de leur territoire (voir les déclarations de M. Bertrand qui, probablement, viendra habiter au pied des centrales qu’il appelle de ses vœux!). Ils pourront se payer tous les aménagements qu’ils voudront avec les retombées (fiscales) des installations nucléaires, en attendant d’autre retombées moins sympathiques.

            Si le génie français pose comme principe que la relance du nucléaire peut nous sortir de l’incertitude concernant l’approvisionnement en énergie, il faut considérer que cela doit pouvoir s’appliquer à toute la planète.

            Faisons un calcul simple. Nous avons actuellement 56 réacteurs regroupés dans 18 centrales qui fournissent environ 70 % de l’électricité consommée en France. La population française représente moins d’un centième de la population mondiale. Ainsi, si nous transposons le modèle français à la planète, cela nécessiterait l’existence plus de 5 600 réacteurs répartis sur le globe au prorata des populations… Actuellement environ 450 réacteurs sont en activité dans le monde. Et nous, nous sommes déjà les champions de la concentration de réacteurs en rapport avec le nombre d’habitants. Nous faisons mieux que les États-Unis avec leurs 100 réacteurs pour 5 fois plus d’habitants…

            Alors, allons-nous proposer notre  french way of life à tous les peuples en manque d’électricité ? D’une certaine manière oui, mais sans projet précis ni SAV garanti. Car le destin de la filière française est lié à l’espoir de vente de notre camelote de haute technologie (surgénérateurs ? EPR finlandais ? Flamanville ? mini-réacteurs ?) à l’étranger.

            Mais il ne suffit pas de vendre une centrale sur le papier, il faut en garantir la construction, la livraison, l’exploitation, la maintenance, puis envisager le démantèlement. Est-ce que tout cela est chiffré et programmé ?

            D’autre part, est-ce que n’importe quel état peut garantir à 100 % la sécurité de l’exploitation d’une centrale nucléaire durant 30, 40, 50, 60 ans ? Non. Est-ce qu’un état non démocratique se soumettra à une agence internationale d’inspection de ses installations nucléaires ? (Corée du Nord, Iran, Russie, Chine, Pakistan… ?) Pas sûr. Est-ce que les états proclamés démocratiques, aujourd’hui, sont transparents sur leurs installations ? (Inde, États-Unis, France, Grande-Bretagne… ?) Pas sûr.

            Alors, il y aura des états dignes de posséder des centrales et d’autres indignes, comme c’est le cas pour l’armement nucléaire ?

            M. Macron et autres pro-nucléaires, votre choix ressemble plus à une fuite en avant qu’à une décision pensée, pesée et inscrite dans l’avenir. Nous parlons d’une technologie mal maîtrisée et difficilement maîtrisable (cf. Tchernobyl et Fukushima pour les accidents les plus spectaculaires) dont les conséquences, en cas de grave défaillance, défient l’imagination.

            – Pouvez-vous donner un exemple de démantèlement achevé d’une installation nucléaire où il n’y a plus de risque radioactif ? Si oui, combien cela a-t-il coûté ? Et combien cela a-t-il pris de temps ?

            – Pouvez-vous garantir l’élimination des déchets, sans conséquences sur l’environnement et la santé des personnes ? à Bure ???

            – Pouvez-vous garantir l’exploitation et la maintenance de toutes les centrales, avec risque zéro ? Non, pardon pour la question, personne ne le peut.

            – Avons-nous assez d’uranium sur notre territoire ou bien dépendons-nous d’un autre état pour l’approvisionnement ? A quel prix ?

            – Connaissez-vous les conditions dans lesquelles on procède à la surveillance et à la maintenance de certaines parties des centrales avec sous-traitance systématique et perte du savoir-faire ? Il y a eu des enquêtes et des témoignages spontanés recueillis auprès de « nettoyeurs ».

            – Y aura-t-il assez d’eau dans 5 ans, 10 ans, 20 ans, 40 ans pour refroidir les centrales ?

            – Si ce n’est pas pour une raison naturelle ou accidentelle (sécheresse, inondation, incendie, séisme, mouvement de terrain, chute d’aéronef…) qu’un désastre sera causé, ce pourrait être par volonté destructrice des hommes (attentat, conflit armé localisé, guerre continentale). En cas de désastre, comment garantirez-vous la protection des populations et comment envisagez-vous l’exode de millions de personnes fuyant les zones contaminées ?

            – Avez-vous visité Tchernobyl ou Fukushima ? Si oui, qu’en pensez-vous ?

            – Imaginez-vous, Bordeaux, Toulouse ou Paris inhabitables pour des centaines ou des milliers d’années ?

            – Imaginez-vous l’effet de sidération, de panique et les angoisses qui surgiront après la catastrophe ? Continuerez-vous alors d’exploiter ce qui restera de réacteurs, même contre l’avis des populations, en militarisant toutes les zones nucléarisées ? Ou bien déciderez-vous de tout arrêter en sachant qu’il faudra démanteler les centrales pendant des décennies ? Avez-vous chiffré cela ?

            Vous hypothéquez, avec une certaine arrogance (ou est-ce de l’inconscience ?), notre avenir et surtout celui de nos enfants. Ayez le courage de vous opposer aux petits docteurs Folamour du nucléaire civil et militaire qui vous conseillent et surtout ayez de l’imagination. Vous en manquez cruellement.

            Je ne connais pas l’œuvre de Paul Ricœur, que vous avez côtoyé, mais demandez-vous ce que le philosophe aurait pensé de tout cela.

            Vous pardonnerez, j’espère, les passages quelque peu insolents mais ils sont à la mesure de ma colère et de mon désarroi.

                       Salutations respectueuses.

                                   Un citoyen qui essaie de se projeter dans l’avenir.

                                                                                                         J-L LANDI

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