Quand les médias s’enivrent de leur pouvoir… ou prétendu pouvoir

Publié le

premsa

La photo à la une de tous les journaux d’un enfant mort noyé sur la plage, gonfle les médias d’un orgueil bien déplacé.

La photo de ce petit garçon ne fait que montrer une réalité tragique qui est connue depuis des mois, voire des années. Nous ne sommes pas dans le cas de figure où il y aurait eu un avant et un après cette photo qui nous aurait permis de dire une fois de plus : «nous ne savions pas ! ». Nous savions, mais nous n’avions pas été touchés ! Aujourd’hui les médias ( cette masse indéfinie qui unit journalisme, communication et politiquement correct, ce cloud pourvoyeur de messages ) s’enivrent de leur pouvoir. Personne ne se demande pourquoi une telle photo n’a pas été publiée avant. Il devait bien y en avoir d’autres ? Pas aussi forte que celle-ci peut-être, mais des morts noyés, des réfugiés en détresse on en a vu depuis des mois ! Alors pourquoi celle-là et pourquoi maintenant ?

La bêtise et le fanatisme meurtrier qui se répandent dans les pays que quittent ceux qui arrivent à nos frontières,  travaillent eux aussi sur l’émotion.

C’est un beau sujet pour un cours de journalisme mais c’est surtout une belle interrogation pour nos démocraties qui se délectent de leur « crise » sans se rendre compte que la crise, dans l’opulence qui reste la nôtre, est bien peu de chose ; presque un caprice de riches. Notre démocratie est en crise ? Mais au moins il y a un objet de crise. Nous nous plaignons et maintenant nous voilà émus ! L’émotion a fait son oeuvre. Nous sommes donc vraiment en crise ! Il aura fallu l’émotion pour que commence à apparaître, à pointer dans nos futures décisions, ( si elles sont prises) un peu de raison.

C’est la lutte des images et un concours d’horreur. Nous faisons la même chose mais avec une bonne conscience qui se drape dans la compassion à bon marché.

La bêtise et le fanatisme meurtrier qui se répandent dans les pays que quittent ceux qui arrivent à nos frontières,  travaillent eux aussi sur l’émotion. C’est la lutte des images et un concours d’horreur. Nous faisons la même chose mais avec une bonne conscience qui se drape dans la compassion à bon marché.

Pourquoi cette photo aujourd’hui ? Voilà la question que les médias devraient se poser avant de se réjouir de leur pouvoir qui aurait fait plier les responsables politiques. Qui les fait surtout, comme disent des commentateurs, prendre la vague de l’émotion de l’opinion. Pardon, mais cette façon de se féliciter de son pouvoir est écoeurante !

Les médias, puisqu’il faut employer ce terme, devraient s’interroger et se demander pourquoi ils n’ont pas utilisé avant leur fameux « pouvoir ». Peut-être parce que ce n’est pas un pouvoir mais juste un « émouvoir ».

Je ne veux pas prier avec les loups.

Certes il y a l’opinion publique qui n’était peut-être pas prête, qui a attendu la fin de l’été et des vacances pour se réveiller. Oui, peut-être. Mais quand on se vante d’avoir du pouvoir on s’interroge toujours sur le moment et le pourquoi de son utilisation. Les médias ne le font pas et de toute façon il n’y a personne pour les critiquer…si ce ne sont les médias eux-mêmes. Voilà les limites du quatrième pouvoir. Il est seul juge de ses règles ; et ces dernières, quand il y en a, sont fixées par lui.

Voilà une belle question pour nos démocraties en crise. Nous débordons d’informations, de chaines en continu, de réseaux sociaux, de moyen de communiquer et nous savons même plus les lire. Nous sommes gavés d’images jusqu’à en vomir. Nous ne savons plus rien digérer.

Je ne donne de leçon à personne. Je suis l’opinion, comme vous. Je savais, comme tout le monde. Sans doute n’avons nous pas osé dire ce qui devait être dit depuis des mois. S’il y a crise c’est celle-là : celle d’une parole qui n’ose pas défier ceux qui n’ont pas compris que nous n’échapperons pas à la prise en compte de ces millions de gens qui n’en peuvent plus. On ne peut pas se réjouir de la vente de nos rafales (ou autres armes) et fermer nos frontières à ceux qui en sont les victimes un jour. Et quand ce ne sont pas nos armes ce sont celles de nos alliés. On ne peut pas se réjouir de la baisse du prix du pétrole et s’étonner que cela provoque des catastrophes chez ceux qui sont pillés.

Nous payons notre fringale de croissance au prix fort ; et d’autres la paient encore plus cher.

De bon sentiments me direz-vous ! Je n’ai rien d’autre aujourd’hui à dire mais je suis sous le coup de l’émotion ; mon émotion est provoquée par l’émotion globalisée, celle qui fait que, parait-il,  nous communions. Je ne souhaite pas communier autour du cadavre d’un enfant. Je ne veux pas prier avec les loups. C’est trop tard. Que ceux qui écriront l’histoire de ces gens échoués sur nos plages ou ecorchés par nos barbelés nous pardonnent. Et maintenant si on arrêtait de s’émouvoir et si on essayait de pouvoir quelque chose pour eux.

David Grosclaude

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