La solitude de la frite

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Cette campagne électorale présidentielle peut-elle tomber plus bas que là où elle se trouve déjà ?

J’avoue ! J’ai regardé le dernier débat de la primaire à droite. Rarement temps d’antenne n’avait été aussi vide de propositions. Les protagonistes n’avaient pourtant à la bouche que des phrases pour dire qu’ils voulaient parler des vrais sujets « qui intéressent les Français ».

Mais, à droite comme à gauche, on ne parle de rien si ce n’est de son nombril. Et tous le font. Ils vont tous se vautrer sur le canapé de l’animatrice de M6 pour y raconter leur vie, même Mélenchon qui y va pour dire que les questions personnelles n’intéressent pas les gens…mais il y va.

frites

Dans la vacuité du débat sortent quand même des sujets, ceux que l’extrême droite a imposés comme des sujets que les médias parisiens considèrent comme incontournables et dont ils débattent. Ils valident les préjugés en faisant par exemple de l’accueil de quelques dizaines de milliers de réfugiés une invasion. Ils utilisent aussi les attentats pour inventer encore et encore des propositions de lois qui viendraient régler tous les problèmes et protéger les citoyens alors que l’on sait que l’arsenal juridique actuel est largement suffisant.

Peu importe ! On stigmatise, on généralise, on caricature ; et ça marche. Mais ça désinforme. Et en désinformant on forme l’électorat et l’opinion, on prépare le terrain. Pour qui ? C’est bien là le problème. À ceux qui se taisent, attendent que chaque petite phrase vienne apporter un peu plus d’eau à leur moulin à paroles. À ceux qui nous ramènent au « c’était mieux avant ! ».

Parmi les phrases qui tuent j’ai retenu les gastronomiques et culinaires. N. Sarkozy expliquait il y a peu que dans les cantines scolaires il était contre les menus alternatifs. Tout cela devant une assistance qui se régalait de la phrase où il expliquait que ceux qui ne veulent pas de porc auront « double ration de frites » quand le menu sera jambon et frites.

Faux débat évidemment, puisque chacun sait que dans beaucoup de cantines il y a aujourd’hui des self-services avec des possibilités de choisir. De toute façon je rejoins la proposition faite par un député qui est de mettre en place dans toutes les cantines un menu végétarien. C’est pragmatique, et cela règle le problème tout en faisant de la pédagogie sur la surconsommation de viande.

Cette solution est pour moi une façon d’exprimer mon opposition au menu alternatif et au débat instrumentalisé sur le sujet. Ces questions ont été résolues de façon pragmatiques dans bon nombre de collectivités, sans stigmatiser personne et sans que la République ne recule. Pas la peine donc d’en faire un plat !

Et puis qu’est qu’ils ont tous avec leurs arguments alimentaires ? Il y avait le pain au chocolat de Copé (chocolatine pour les occitans de l’ouest) dont il ne connait même pas le prix. Il y a quelques années on avait déjà eu le fameux « et je ne vous parle pas de l’odeur ! ».

C’est donc ça le débat politique ! des vielles rengaines cuites et recuites !

Mais comment avons-nous pu laisser faire ça ? Comment acceptons-nous cette médiocrité ?

Ce ne serait pas grave s’il n’y avait pas derrière des discours haineux, des manifestations odieuses contre l’installation de quelques personnes qui viennent chez nous et que l’on voudrait renvoyer chez eux.

Il y avait en 1939 en Béarn un camp que l’on avait ouvert pour les soldats de l’armée républicaine espagnole, ceux de l’armée basque et pour les brigades internationales. Plus de 15 000 hommes entassés à Gurs. Quels commentaires ne pouvait-on lire dans la presse béarnaise de la part de ceux qui ne voulaient pas de ces gens ! Certains se consolaient de cette arrivée en disant « à quelque chose malheur est bon ! » parce que le barbelé était fourni par les entreprises locales ! Mais ils étaient 15 000, soit deux fois la jungle de Calais, et tous rompus à la guerre et au combat. Ils faisaient peur. Gurs en quelques semaines était devenue la deuxième ville du Béarn ! Ce camp, une fois vidé de ces soldats (partis pour beaucoup dans les maquis) Vichy choisit d’y accueillir les « indésirables » venus d’Allemagne, que les nazis souhaitaient voir internés en France.

Nous savons (ou nous devrions savoir) que le problème n’est pas de repousser aujourd’hui ceux qui arrivent à nos frontières mais comment nous allons faire demain avec ce problème qui risque bien de s’accentuer. Cette migration peut durer ; pour des raisons politiques, climatiques, économiques.

Voilà le débat et voilà ce que nous avons à choisir pour la génération future. Voilà ce dont il faudrait parler durant cette élection. Voilà ce que l’Europe doit résoudre et voilà pourquoi elle doit exister politiquement.

Alors que choisir pour nos enfants ? Soit nous les armons, et leur apprenons à fermer les frontières, soit nous leur préparons à faire un monde où ceux qui sont obligés de quitter leur terre pourront rester chez eux. Je ne crois pas à l’option dure et militaire. Ou alors ce sera un monde invivable. Sans compter que nous laisserons aussi à nos enfants le reste : la dette, le changement climatique, et une démocratie mourante qui seront les produits de notre fermeture.

Je ne fais pas d’angélisme et je sais qu’il y a des menaces et des ennemis qui profitent de la situation; je ne pense qu’à la sécurité de nos enfants. Elle est menacée aussi par nos peurs et nos renoncements. Ceux qui amalgament migrations, attentats, mise en danger des valeurs républicaines sont des aveugles. Continuons comme cela et nous serons débordés par nos propres peurs. Nous restreindrons nos libertés, nous nous ficherons les uns les autres. Et au final le menu sera unique, le même pour tous. Même pas sûr qu’il y aura quelque chose pour accompagner les frites ! Nous avons surtout besoin d’une bonne ration de démocratie.

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Une réflexion au sujet de « La solitude de la frite »

    La solitude de la frite – Hadiu a dit:
    9 novembre 2016 à 13 h 02 min

    […] Font : La solitude de la frite […]

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