Fillon et Mélenchon rivalisent sur les langues

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Ce livre est paru en février 1981. Il est le programme des socialistes de l’époque sur la question des langues et des régions . Dans la préface François Mitterrand écrit que cet ouvrage est fait pour montrer que   : « notre combat pour libération du peuple de France passe aussi par la lutte des peuples « minoritaires »de notre pays pour reconquérir leur droit de vivre (…) une et diverse, voici la France »

Quand Fillon rivalise avec Mélenchon sur la question des langues dites régionales.

A l’heure où les socialistes lancent une opération de séduction de dernière minute en laissant des députés déposer et débattre d’une proposition de loi sur les langues dites régionales il n’est pas inutile de faire un petit saut dans les archives afin de lire ce que «les nouveaux » hommes politiques qui se disputent la présidence de la République nous disent sur le sujet.

Je mets en illustration de cet article la couverture d’un livre qui fut publié en 1980 et qui était la bible du PS en matière de langues régionales. Ecrit par des gens convaincus et sincères il a servi à ratisser des voix. Préfacé par François Mitterrand, je peux garantir que si la moitié de ce qui est proposé dans ce livre avait été mis en place, nous serions bien loin de la situation linguistique désolante que nous connaissons aujourd’hui. Mais…les promesses n’ont engagé que ceux qui voulaient y croire !

Comme je ne voudrais pas apparaitre comme un pourfendeur du seul gouvernement socialiste qui n’a rien fait sur la question des langues, je me permets de faire ici une mise au point.

1) Je connais parfaitement l’attitude l’extrême droite sur le sujet. C’est une opposition systématique à toute avancée en matière de droits linguistiques. C’est un principe au FN, on s’oppose à tout ce qui touche la question des langues. Donc qu’on ne me fasse pas de procès inutile. Je n’ai pas envie de faire la publicité pour ce parti.

2) Les gouvernements de droite n’ont pas fait mieux que ceux de gauche bien qu’il existe à gauche et à droite des parlementaires sincères qui ont tenté de faire bouger les choses. Ils sont parfois arrivés à des résultats symboliques ( article 75-1) ou à des résultats plus concrets ( article 40 de la loi Peillon). Mais à part cela le bilan est maigre sauf si l’on excepte quelques spécificités comme la Corse bien qu’il reste encore bien du travail et que l’État ne soit pas toujours prêt à tenir ses engagements.

3) La proposition de loi en faveur des langues régionales qui arrive en discussion à l’Assemblée Nationale dans les jours qui viennent tombe à pic pour le gouvernement. Elle est présentée et rédigée par des députés sincères et combattifs sur le sujet depuis des années. Puis elle est signée par de très nombreux députés qui ont brillé par leur absence lorsque au mois de janvier dernier une autre proposition de loi a été rejetée parce qu’il n’y avait personne en séance et que le groupe socialiste a laissé les plus farouches opposants aux langues qu’il compte dans ses rangs voter pour des absents…

Chacun se souvient de cet article publié par un député apparenté du groupe socialiste, Jean Luc Laurent, et délicatement intitulé : « Langues régionales : bienvenue chez les dingues».

Nous avions à l’époque écrit au président du groupe pour demander une explication mais il n’a jamais daigné nous répondre. Et pourtant aujourd’hui il est dans les premiers signataires de la proposition de loi.

Il s’agit donc d’un texte qui ne pourra pas aller au bout parce qu’il n’aura certainement pas le temps de passer par le Sénat et de revenir avant les élections de 2017. Mais on pourra toujours dire que c’est la faute au Sénat de droite. Que n’ont ils présenté un texte quand l’AN et le Sénat étaient à gauche ?

4) Quant à la droite elle est à la veille de se choisir un champion et on ne voit pas parmi les deux candidats en lice de véritable connaisseur de la question ni de véritable militant en faveur d’un statut des langues de France.

Les deux furent premiers ministres et ils auraient pu faire…mais n’ont pas fait.

Il sera cependant intéressant de lire ce qu’écrivait en 1999 ( eh oui ! il était déjà actif) un certain François Fillon sur le sujet. Je remercie d’ailleurs A. Barthélémy, un ami provençal d’avoir fait circuler ce texte que nous avions oublié mais qui vaut son pesant d’or. Il permet à celui qui est arrivé en tête de la primaire de la droite dimanche dernier de rivaliser avec J.Luc Mélenchon.

Comme il est peu probable que vous aurez accès à ces prises de position en regardant les débats sur les chaines de télévision parisiennes (publiques ou privées) il est bon que nous gardions en mémoire un certain nombre de textes qui en disent long sur l’intérêt que porte la classe politique française au sujet de la diversité linguistique et culturelle.

En dehors du fait que l’on cherche à nous faire passer pour arriérés mentaux, hostiles à toute ouverture au monde, les arguments sont pauvres. A l’image certainement du débat politique actuel.

Extraits de l’intervention de Jean Luc Mélenchon au Sénat le 13 mai 2008. Juste avant de prendre la parole il avait fait dans la dentelle. Lorsqu’un de ses collègues prononça le nom de Diwan, les écoles bretonnes immersives, le sénateur Mélenchon s’écria : « c’est une secte ! »

La suite est plus policée mais laisse entrevoir quelques éléments qui, s’ils étaient contenus dans la constitution d’une VIème République dont la rédaction serait confiée à celui qui s’exprime, suscitent chez moi, républicain laïc que je suis, quelques inquiétudes.
« Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, en montant à cette tribune, je suis persuadé que, quels que soient les points de vue que vous exprimez sur ce sujet, tous ici vous vous sentez aussi patriotes que moi-même, aussi attachés à l’unité et à l’indivisibilité de la République française que je le suis et dignes continuateurs du progrès constitué par l’ordonnance de Villers-Cotterêts : ce texte a établi le français comme langue du royaume, permettant à chacun de se défendre, de témoigner, d’attaquer en justice et d’être compris par les autres (…).Pour ma part, je n’accepte pas la caricature qui voudrait faire croire que la République française réprime ou méprise les langues régionales. Ce n’est pas vrai ! La France s’est dotée dès les années cinquante d’un cadre législatif très favorable aux langues régionales ; elle était même en avance sur beaucoup de pays d’Europe à cet égard

La loi du 11 janvier 1951 relative à l’enseignement des langues et dialectes locaux, qui porte le nom du socialiste Maurice Deixonne, a officiellement autorisé et favorisé l’apprentissage des langues régionales de France dans l’enseignement public : le basque, le breton, le catalan et l’occitan, auxquels se sont ajoutés ensuite le corse en 1974, le tahitien en 1981, et quatre langues mélanésiennes en 1992. De sorte qu’aujourd’hui, et depuis 1970, tous les élèves qui le souhaitent voient ces enseignements pris en compte pour l’obtention du baccalauréat.(…)

Enfin, j’aborde ce qui constitue pour moi le cœur du problème. Il ne s’agit pas de dire que la sauvegarde des langues et cultures régionales nous pousse sur la pente qui conduit automatiquement à la sécession, au particularisme et au communautarisme. Telle n’est pas mon intention ! Mais j’ai bien l’intention de dire que le risque existe. Il ne saurait être question, sous prétexte de respect de la diversité culturelle, d’admettre un point en contradiction absolue avec la pensée républicaine : il n’y a pas lieu de créer des droits particuliers pour une catégorie spécifique de citoyens en raison d’une situation qui leur est propre.

Le fait de parler une langue différente ne suffit pas à instituer des droits particuliers en faveur de ses locuteurs ! Or c’est ce que prévoit explicitement la charte : il s’agit d’encourager la pratique de ces langues « dans la vie publique et la vie privée ».

S’agissant de la vie privée, je rappelle que le caractère laïque de notre République interdit que les institutions gouvernementales et étatiques fassent quelque recommandation que ce soit concernant la vie privée des personnes(…)

Le Conseil constitutionnel a donc eu raison de dire, en 1999, qu’en conférant « des droits spécifiques à des “ groupes ” de locuteurs de langues régionales ou minoritaires, à l’intérieur de “ territoires ” dans lesquels ces langues sont pratiquées, [cette Charte] porte atteinte aux principes constitutionnels d’indivisibilité de la République, d’égalité devant la loi et d’unicité du peuple français. » (…)

Débats du Sénat 13 mai 2008

Dans ces extraits d’un texte qui est une tribune publiée par Libération en mai 1999, le député de la Sarthe ,François Fillon, qui a déjà été ministre et qui est élu député depuis 1981, explique qu’il se réjouit que le Conseil Constitutionnel ait empêché la ratification de la Charte européenne des langues. Les arguments se veulent résolument modernistes.

Vous verrez aussi qu’il fait parler les Québécois. Je ne parle que de mon point de vue, mais il ne m’a pas été donné de rencontrer un Québécois qui m’ait reproché de favoriser l’invasion de son territoire par l’anglais en défendant l’occitan et en m’expliquant que cela enlèverait de la force aux défenseurs du français. François Fillon lui en a visiblement rencontré, ou alors il les a rêvés.

« La charte sur les langues régionales ne prendra pas le chemin du Congrès de Versailles. La constitution échappera donc à une énième révision. Eh bien, tant mieux !

Car la question des langues régionales que nul ne menace en France est, pour notre pays, un sujet anodin. Elle est cependant révélatrice de la situation française. L’ampleur démesurée accordée à cette affaire mineure masque mal tout d’abord la pauvreté du débat politique les questions bien plus essentielles pour l’avenir du pays : comment adapter notre pacte social ; comment organiser la mondialisation et réguler ses conséquences économiques et culturelles, quels objectifs et quelle éthique fixer au développement des nouvelles technologies de l’information, aux biotechnologies, à 1a génétique ; comment replacer la politique au coeur de la cité ? (…)

Tout ceci est à l’image d’une société obsédée par la nostalgie du passé et, à tort, confortée dans ses frilosités Alors que nous nous apprêtons à entrer dans un nouveau siècle complexe, marqué par des enjeux différents, l’élite politique, intellectuelle et médiatique choisit précisément de dépenser son énergie sur le sort d’un patrimoine certes estimable, mais qui ne mérite nullement de figurer au rang des enjeux culturels du futur.

Quels sont ces enjeux? D’abord la jeunesse doit maîtriser la langue française. C’est une question de bon sens et d’intégration républicaine, alors même que l’illettrisme, et l’analphabétisme persistent fortement en France. Ensuite, face à la domination de la langue anglaise, nous devons nous efforcer de faire vivre la francophonie et les spécificités culturelles qui s’y rattachent. Il n’y a que les Français pour ne pas mesurer l’importance et la difficulté de ce combat culturel. Les Québécois, pour qui ce combat est une question « de vie ou de mort » doivent observer notre débat sur les langues ancestrales avec désolation. Enfin, dans un monde ouvert et compétitif, la jeunesse doit parfaitement maîtriser une ou deux langues étrangères. Cette maîtrise constituera non seulement une ouverture intellectuelle mais également une nécessité professionnelle. Voilà les enjeux véritables, voilà les priorités qui doivent être débattues et affichées.(…)

Entre l’individu et la mondialisation, la structure intermédiaire d’identification collectif, c’est la nation et, à un degré moindre, l’Union européenne.

Face aux six milliards d’individus qui peuplent notre planète, notre avenir ne se situe donc pas dans une parcellisation culturelle infranationale, mais dans une dynamique d’intégration suffisamment forte pour permettre aux citoyens d’affronter ensemble, sur des bases culturelles communes, l’ouverture sur le monde extérieur.

Dans cette affaire un peu dérisoire, le débat n’est donc pas entre je-ne-sais quels jacobins et girondins, républicains ou démocrates, il est plus prosaïquement entre ceux qui regardent l’avenir avec ses priorités et ceux qui pensent que la France a du temps à perdre pour vagabonder dans le passé. Il est surtout entre ceux qui pensent que la France doit impérativement se doter des armes adéquates pour se projeter vers le monde extérieur et ceux qui pensent que notre intérieur national est à lui seul un monde.

Alain Juppé lui est resté discret sur le sujet. On trouve peu de déclarations. Deux phrases sur Twitter que voici.

« Les langues régionales font la richesse de la France. La langue corse doit être parlée et apprise dans l’école de la République ».

Difficile de dire moins quand on va en Corse !

Puis celui -ci à la suite du discours en Corse de J.G Talamoni à l’assemblée de Corse

« Article 2 de la Constitution française: « La langue de la République est le français ».

Ajoutons que c’est lui qui a saisi le Conseil Constitutionnel en 1999 a près la signature par la France de la Charte européenne et qu’il était question de la soumettre à ratification.

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