Agriculture : vivre de son travail, simplement.

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J’étais, il y a quelques jours, invité par des agriculteurs de la FDSEA dans une ferme de la circonscription, à Vignes. On y a débattu des sujets les plus actuels et les plus chauds avec les autres candidats et les agriculteurs présents.

Je n’ai pas mis mes convictions dans ma poche concernant les questions de l’agriculture. Je suis toujours un partisan d’une agriculture à taille humaine, permettant de nourrir les hommes et de faire vivre ceux qui en sont les premiers acteurs. Mais l’agriculture c’est aussi un dialogue permanent avec les consommateurs.

La première préoccupation des agriculteurs est de vivre de leur travail. C’est logique et c’est normal. Cependant la question de la mutation de l’agriculture doit aussi être posée. Il lui faut changer dans sa façon de produire (moins de produits phytosanitaires, tendre vers le zéro, plus de préoccupations environnementales). Mais cette exigence de changement doit être accompagnée par la société et cette dernière doit comprendre les difficultés que cela représente.

Cela signifie payer à un juste prix les produits agricoles. Cela signifie que les marges des agriculteurs ne doivent plus être grignotées par des intermédiaires, cela signifie aussi que le consommateur doit apprendre à savoir que, lorsqu’il achète pas cher des produits importés de très (trop) loin et à contre saison, il diminue la possibilité d’avoir des agriculteurs vivant de leur travail près de chez lui. Cela justifie d’ailleurs l’opposition aux divers accords CETA et TAFTA. Les consommateurs doivent comprendre que chaque pression qui est faite par les distributeurs, en leur nom, pour faire baisser les prix se fait la plupart du temps au détriment de l’agriculteur. Le distributeur lui, garde sa marge.

Les efforts que l’agriculture doit déjà et va devoir faire dans le futur, en raison des préoccupations environnementales et du changement climatique, doivent être accompagnés par l’ensemble de la société.

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Le prix des produits alimentaires ne peut plus baisser. Chaque pression faite sur les prix se termine par une baisse de revenu des agriculteurs.

Les pouvoirs publics, l’ensemble de la société doivent accompagner le mouvement de mutation de l’agriculture de plusieurs façons :

— En garantissant un revenu aux producteurs grâce à leur travail.

— En mettant en place des politiques d’information sur l’origine des produits qui sécurise les consommateurs et les informe correctement.

—En mettant en place des politiques d’urbanisme et d’aménagement qui ne mettent pas la pression sur le foncier (gaspillage des terres, artificialisation des sols etc…). Il faut vraiment préserver des couronnes vertes autour des villes. Dans le monde rural aussi la politique des lotissements pose problème (coût des installations d’assainissement, consommation des terres, etc)

—En rendant impossible ou très coûteux le « boursicotage » sur les produits de première nécessité.

—En valorisant le raccourcissement des circuits pour l’ensemble des produits pour lesquels cela est possible et réalisable.

—En acceptant de différencier et en valorisant les productions autarciques, notamment en matière de réglementation (cf la récente crise de la grippe aviaire)

—En agissant pour qu’une harmonisation de l’utilisation des produits phytosanitaires soit effective en Europe et que le droit du travail soit harmonisé ( évitons la concurrence déloyale).

—En n’incitant plus à l’industrialisation de la production (fermes géantes par exemple)

En échange, la société pourra demander à l’agriculture de se diriger vers une production qui ne nécessitera plus l’utilisation de la quantité de produits phytosanitaires que l’on connait encore à ce jour. L’agriculture dite biologique sera encouragée de façon très dynamique.

Les agriculteurs pourront et devront se former à ces techniques pour ceux qui ne les maitrisent pas.

L’ensemble de ces mesures demande un engagement des agriculteurs et des consommateurs que nous sommes tous.

A la question qui nous était posée de savoir si l’agriculteur devait être uniquement rémunéré pour son seul travail de producteur ou s’il devait y avoir dans ses revenus le produit d’autres activités, j’ai répondu oui. L’agriculture joue un rôle dans la préservation des paysages, de la faune, de la flore, des réserves en eau etc…. Elle peut aussi jouer un rôle négatif en ce domaine.  Nous avons vécu une période de 70 années d’une agriculture de ce type. Cette période s’achève, par force et aussi parce qu’il est évident que ce n’est pas le moyen pour maintenir des agriculteurs à la terre ni de permettre à ceux qui restent de vivre correctement de leur travail.

Lo ris a Madagascar
A Madagascar le riz est un aliment de base. La pression de certaines multinationales pour y acheter des terres est forte. Cela sert à produire pour exporter vers les pays riches. Ce mécanisme est aussi dangereux pour notre agriculture.

Il reste à infléchir la politique agricole commune (PAC) encore un peu plus afin qu’elle prenne en compte cette partie du travail des agriculteurs, sans pour autant les ranger au seul rôle de « jardiniers de la nature ».

Je rappelle que nous vivons ici en Béarn, dans ce territoire à l’ouest de la Garonne qui a mis en place il y a plusieurs siècles, une politique d’occupation de l’espace et des sols et de développement par le biais de ce que l’on appelle les « bastides ». Il s’agissait bien d’une volonté à l’époque de développer à la fois la production agricole, de créer des marchés. On a donc considéré depuis longtemps dans ce pays que les agriculteurs avaient un rôle de producteurs mais aussi d’aménageurs. les temps ont changé certes, mais l’idée que les paysages sont de création humaine n’est pas nouvelle. Il serait stupide de nier cette évidence aujourd’hui.

Enfin il faut en finir avec les gaspillages qui consistent à faire transformer des produits nobles, cultivés sur des terres nobles en produits qui vont alimenter nos moteurs de voiture. Je parle ici de l’éthanol que l’on produit à base de maïs ou à base de produits venus de pays en développement dont on pille les terres. Le processus est le même partout et il est écologiquement stupide et énergétiquement idiot.

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