Ua lei importanta per las lengas/une loi importante pour les langues

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Un vote historique pour les langues régionales

En votant la loi sus la refondation de l’école les députés ont adopté un texte qui légalise enfin l’enseignement bilingue et qui fait entrer dans la loi les langues régionales de façon claire. C’est une victoire collective. Il aura en effet fallu la pression du monde associatif, d’élus locaux et régionaux, de députés et de sénateurs (les trois sénateurs des P.A et plusieurs députés d’Aquitaine se sont engagés) pour faire comprendre au ministre de l’Éducation que la loi ne pouvait pas ignorer ces langues.

Le ministre dit aujourd’hui qu’il se félicite de ce texte et de cet article 27 bis. Tant mieux.

Il va falloir maintenant que ce texte permette un vrai développement des écoles bilingues, associatives ( Calandreta, ikastolas) ou de l’Éducation nationale.

La loi est claire et les parents pourront demander qu’elle s’applique.

Le dialogue que les collectivités ont avec les autorités académiques n’en sera que meilleur et plus fructueux puisqu’il s’appuiera sur une vraie base légale.

Chaque année en Région Aquitaine 5 à 6 sites bilingues sont ouverts pour l’occitan grâce au travail commun des collectivités ( départements et Région) et de l’Éducation Nationale. Il en faut plus demain pour répondre à la demande et il faut plus de maitres formés.

Tout ne se fera pas en quelques semaines ou quelques mois mais il y a aujourd’hui des possibilités nouvelles ; parce que dans une République c’est la loi qui dit le droit.

Un droit pour les langues a été conquis. C’est un pas. Il reste d’autres droits à conquérir. Gageons que ce gouvernement aura a coeur d’aller jusqu’au bout qu’il travaillera à une loi sur les autres domaines où les langues doivent trouver leur place.

je m’impliquerai dans ce combat comme j’ai modestement participé à cette avancée concernant l’école.

David Grosclaude

Ua lei istorica

Los deputats qu’an adoptat uei la lei sus la refondacion de l’escòla. En aquesta lei, peu prumèr còp desempuish 1951, quan estó votada la lei Deixonne, que trobam ua avançada en favor de las lengas ditas regionaus.

L’article 27 bis de la lei que reconeish l’ensenhament de las lengas regionaus e tanben l’ensenhament bilingüe. Qu’ei la legalizacion d’un sistèma qui ei estat desvolopat pauc a pauc desempuish un trentenat d’annadas per las escòlas associativas Calandreta e en seguida per l’Educacion Nacionau.

La reconeishença dens la lei de la possibilitat d’un ensenhament bilingüe que va perméter d’avançar mei rapidament dens lo desvolopament de l’auhèrta d’aquera fòrma d’ensenhament.

Lo partenariat qui s’ei hicat en plaça enter los rectorats, las regions e uns departaments a aqueth nivèu que’n sortirà ahortit.

Que’s cau felicitar deu tribalh hèit per senators e deputats de totas las regions pertocadas e de partits diferents entà har compréner au govèrn que calèva integrar aquera question en la lei.

Que cau saludar lo tribalh deus parlamentaris occitans ( deputats e senators) qui se son implicats en lo debat e qui l’an hèit víver.

Lo Partit Occitan que vòu tanben marcar lo ròtle important qu’a jogat lo deputat Paul Molac, deputat de Regions e Pòbles solidaris, estacat au grop EELV.

Tot n’ei pas reglat de segur. Que demoran hòrt de causas a har entà aver ua vertadèra politica lingüistica publica en favor de las lengas ditas regionaus. Mes un tabó qu’ei cadut e un pas qu’ei estat hèit.

Monde associatiu, elegits locaus e parlamentaris qui’s senteishen pertocats qu’auràn enqüèra de’s mobilizar per d’autas iniciativas pertocant la preséncia de las lengas aus mèdias e en la vita publica.

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Ua collectivitat pròpia au País Basco /Une collectivité propre au Pays Basque

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Qu’èri present a la manifestacion en favor de la collectivitat territoriau pròpia au País Basco. En conformitat dab las posicions deu Partit Occitan e de la federacion RPS qu’ei logic de sostiéner ua reivindicacion qui ei portada per la màger part deus elegits bascos e per la majoritat de la populacion basca.
La descentralizacion n’ei pas pro audaciosa. Lo centralisme que ns’ahoneish enqüèra mei en pregondor dens la crisi.
Qu’èran milierats de personas aqueste dissabte vrèspe per la carrèras de Baiona.
Qu’ei desesperant d’enténer lo ministre de l’Interior a díser que n’ei pas question d’anar de cap a la creacion d’aquera collectivitat. Mes que calerà plan que lo govèrn comprenga que se’n va temps d’aviar ua vertadèra descentralizacion.

Lo comunicat de premsa /Le communiqué de presse

David Grosclaude
Conseiller régional
Partit Occitan
Membre du Groupe EELV

Une collectivité propre au Pays Basque et un État décentralisé

Conformément à la position que j’ai toujours défendue je suis favorable à la création de la création d’une collectivité
propre au Pays Basque. Je ne peux que soutenir la manifestation qui se déroulera ce samedi à Bayonne.
A partir du moment  où cela correspond  à une demande exprimée par la population basque et par de très nombreux élus
il ne serait pas compréhensible que le gouvernement ne prenne pas en compte cette demande.
La modernisation de notre pays passe par la mise en place de collectivités disposant de plus de pouvoirs e de plus de capacité
d’initiative.
Que ce soit sur le plan économique, écologique, social, linguistique et culturel on ne peut tout attendre de l’État.
La modernisation de celui-ci passe par une vraie décentralisation.
Le centralisme dont souffre notre pays est, de mon point de vue, un facteur aggravant de la crise.
Le Béarn ne sera pas orphelin s’il existe une collectivité propre au Pays Basque mais ce sera sans doute une
opportunité pour les Béarnais de se retrouver face à leur destin et une bonne occasion de mettre en place un projet
commun.

Samedi à Bayonne avec des élus de tous bords pour une collectivité propre au Pays Basque (Photo CLB)
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Langues régionales : le Sénat fait un pas positif qu’il faut confirmer

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Le Sénat vient de faire un pas très positif en votant hier soir un article sur les langues régionales dans la loi de refondation de l’école.

Cet article permet enfin la reconnaissance par la loi de l’enseignement des langues, et dans les langues, puisqu’il consacre l’existence du droit à l’enseignement bilingue français-langue régionale.

Cet enseignement existe déjà dans l’Education nationale et dans les écoles associatives laïques.

Cependant, la reconnaissance par la loi permettra de consolider ces filières et de les développer.

Il s’agit d’une victoire collective du monde associatif, des élus des collectivités et de nombreux parlementaires qui ont fait comprendre au ministre de l’Éducation qu’il existait une vraie demande sociale en ce domaine.

Si la loi est votée en ces termes par les sénateurs et ensuite par les députés en deuxième lecture, ce sera une avancée, comparée à la loi Deixonne de 1951. Nous ne pouvons que nous en féliciter.

Il reste cependant d’autres combats à mener afin de hisser la France à la hauteur des autres démocraties qui savent protéger et développer la diversité linguistique.

Il s’agit particulièrement de faire en sorte que la future loi sur les collectivités précise clairement ce que sera la place de l’État et des collectivités dans une future politique publique en faveur des langues régionales. Notre souhait, concernant l’occitan, penche vers une politique menée de façon coordonnée par l’ensemble des régions qui ont la langue occitane en partage.

Il reste donc encore du travail au législateur mais gageons que ce qui s’est passé au Sénat sera le commencement d’une époque nouvelle pour la diversité linguistique sur le territoire de la République.

Les attentes sont d’autant plus grandes que la ratification de la Charte européenne a été abandonnée. Certes la Charte n’est pas tout et elle a en premier lieu une valeur hautement symbolique.

Afin de montrer que le président de la République n’a pas renoncé à ses promesses nous espérons qu’il aidera à la mise en place d’une législation complète.  Nous attendons du premier ministre qu’il prenne une initiative audacieuse afin de régler la question des langues régionales dans la vie publique et dans les médias qui sont avec l’école les deux piliers d’une politique linguistique publique.

 

 

Nous voulons plus de postes au CAPES de langues régionales

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Le ministre de l’Éducation s’était engagé à mettre plus de postes aux concours pour les langues régionales. Malheureusement la publication du nombre de postes pour l’an prochain ne correspond pas à cette promesse.

La Commission langues Régionales de l’ARF a demandé au président Alain Rousset , président de l’Association des Régions de France d’écrire à Vincent Peillon : Voici sa lettre .Image

Enseigner en anglais à l’université : Retour de bâton

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Voilà un beau débat ! Faut il enseigner en anglais dans les universités pour attirer les étudiants étrangers ? La question est un peu simpliste parce qu’il en faut certainement plus pour être attrayant pour les étudiants ; mais enfin admettons que ce soit un moyen d’en faire venir plus, quel est le problème ?

Ce pays, la France, a un problème avec les langues. Elle les enseigne mal quand elles sont étrangères et très mal quand elles sont sur son territoire depuis des siècles. Ne serait-ce pas dû au fait que l’on nous a expliqué que le français était LA langue de la philosophie, LA langue de la liberté, LA langue par excellence ? Donc la plus grande. Certainement un peu.

Aujourd’hui il y a ceux qui pensent que l’anglais est indispensable parce que ce serait la langue des affaires, de l’économie etc…

Ils ont en partie raison…pour le moment. Mais demain ? L’espagnol est en train de gagner du terrain un peu partout et d’autres évoquent le chinois comme langue d’avenir. Et d’ailleurs « langue d’avenir» est une expression qui, quand on y réfléchit, ne veut rien dire.

Pourtant la question n’est pas de savoir qui va gagner et quelle langue prendra le pas sur l’autre. La question est de savoir comment garder la capacité à apprendre d’autres langues, à apprendre à les parler ou à simplement les comprendre. Et pour cela, tous les spécialistes ( psycholinguistes et linguistes ) sont d’accord ; rien de mieux que d’apprendre très tôt plusieurs langues.

Le mal dont nous souffrons en France est de croire que d’apprendre tôt une deuxième langue fait oublier la première ou crée des mélanges. Et pourtant c’est le contraire.

D’où l’importance de mettre en place une législation en faveur des langues qui sont menacées de disparition ; comme le sont l’occitan, le basque , le corse, le breton… D’un strict point de vue utilitaire ( puisque c’est l’argument un peu simpliste donné pour l’anglais) la disparition des langues est une catastrophe.

Mais la France a du mal à comprendre le multilinguisme parce qu’elle ne sait pas le défendre chez elle. Elle l’a même combattu, durement.

Le fait de donner des cours en anglais dans les universités ne réglera rien, mais cette affaire aura peut-être la vertu de faire comprendre que le français est mis en danger par des arguments qui lui ont servi à empêcher l’expression d’autres langues. Retour de bâton ? Peut-être mais personne ne peut s’en réjouir. Toutes les langues sont égales en valeur et en dignité ; je dis bien toutes. Toutes sont utiles à la diversité de la pensée et des idées ; je dis bien toutes. A oublier ce principe on laisse s’organiser la destruction de la diversité linguistique dont personne ne tirera profit, pas plus les anglophones que le reste de l’humanité.

Ce monde unilingue dont certains croient qu’il serait celui de l’entente générale est un leurre. Il sera suivi d’une phase qui sera le gommage de la diversité de la pensée par la disparition progressive des concepts contenus dans les quelques mots qui nous resteront. Il ne restera plus que les mots utiles au quotidien. Rien ne dit que Liberté, Libertat, Freedom,Libertad ….seront dans la liste finale pas plus que Penser, Créer, Imaginer...

Il nous restera à méditer sur les vers du poète espagnol Rafael Alberti voyant la haine et les armes remplacer les mots :

« cuando desde el abismo de su idioma quisiera
gritar lo que no puede por imposible, y calla.
Siento esta noche heridas de muerte las palabras »

« Quand de l’abîme de sa langue il voudrait

crier ce qui est impossible, il se tait.

Je les sens cette nuit, bléssés à mort, les mots »

C’est un poète comme Alberti, et avec quelques autres auteurs qui ont écrit sur le sujet, que je me suis renforcé dans mes convictions occitanistes. Je ne défends pas l’occitan parce que ce serait la plus belle langue mais parce que je sais qu’il faudra à l’Humanité les mots de l’occitan et ceux des autres milliers de langues pour ne pas sombrer dans le monde où les mots qui nous donnent la liberté de penser seront blessés à mort.

David Grosclaude

Appliquer la Charte sans la ratifier ?

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C’est ce que propose la ministre de la Culture et de la Communication

Oui mais, le président de la République devra être très précis et il faudra faire oublier l’épisode catastrophique de la première lecture de la loi sur l’école.

 

 

Lors de la réunion de ce mercredi 20 mars du Comité consultatif mis en place par la ministre de la Culture et de la Communication mes collègues Paul Molac, député, Frédérique Espagnac, sénatrice, et moi même avons posé quelques questions relatives à l’actualité et au devenir du dit Comité.

Il se trouve que la ministre avait pris la mesure des événements de la semaine qui venait de s’écouler et particulièrement concernant la décision de ne pas introduire dans la constitution de décision permettant la ratification de la Charte.

Dans notre lettre nous disions à la ministre : «Vous avez indiqué que nous devions travailler à des propositions de politique linguistique publique et que nous devions nous situer en dehors du débat sur la révision de la constitution. Cependant nous avions compris que la ratification de la Charte européenne ne posait pas de problème de principe, mais que c’était la révision de la Constitution en soi qui était problématique, quelle que soit la question posée au législateur. Nous avons appris la semaine dernière que la ratification de la Charte avait été écartée des questions qui pourront éventuellement être soumises au Congrès. Dans le même temps, la même semaine, à l’Assemblée Nationale, lors de l’examen en première lecture du texte sur la refondation de l’école, nous avons constaté que l’attitude du ministère de l’Éducation était plus que réservée sur la question des langues régionales.

Rien n’avait d’ailleurs été prévu dans le projet de loi. Des rencontres au ministère de l’Education ont eu lieu afin de proposer au ministre des aménagements ; en commission de nombreux amendements ont été déposés. Monsieur le ministre de l’Education disait même vouloir avancer sur le sujet et déclarait être prêt à accueillir avec bienveillance les propositions des députés.

Le résultat est finalement plus que décevant. Il n’y a rien dans le texte de loi en lui-même, mis à part un article dont la rédaction nous ramène à une situation antérieure à la loi Deixonne de 1951. Quelques concessions ont été faites dans l’annexe de la loi mais vous savez comme nous que cela n’a aucune valeur normative. C’est déclaratif ; un peu à la façon de l’article 75-1 de la constitution.

Après une telle semaine la déception des défenseurs et promoteurs de nos langues est immense. Ils nous interrogent sur l’intérêt de ce que nous allons pouvoir proposer dans un tel contexte. Et nous nous interrogeons aussi. Faut-il voir dans ces derniers événements un changement radical ?

Dans quel cadre devons nous faire des propositions ? Celui que vous indiquiez lors de l’installation de ce comité ou dans un cadre différent ? Les engagements du président de la République sont-ils toujours la base sur laquelle nous devons travailler ou faut-il revoir nos ambitions à la baisse ? ».

 

Aurélie Filippetti a répondu en partie à nos interrogations même si elle n’aborde pas la question de la loi sur l’école. Elle constate que le président de la République et le premier ministre ont estimé «  qu’il n’était pas possible, quelle que soit la rédaction envisagée » de trouver un moyen d’introduire une disposition qui permettrait de ratifier la Charte. Cependant la ministre constate :

« La France a cependant pris des engagements lors de la signature de la Charte en 1999 » .Elle précise que ces engagements ont été jugés conformes à la Constitution par le Conseil Constitutionnel et qu’ils peuvent donc constituer : « Le fondement de politiques publiques en faveur des langues régionales ». En effet les engagements sont conformes à la Constitution mais ce qui ne l’est pas c’est la Charte qui, donnant des droits à des groupes particuliers, irait contre le principe d’unicité du peuple français.

La ministre termine son message en disant que les recommandations du Comité pourront, si elle juge que c’est opportun, après consultation des parlementaires, se traduire en « engagements dans des textes réglementaires et législatifs ».

 

Nous devons comprendre que le travail du Comité pourra éventuellement servir à la rédaction d’une loi. En tous cas c’est ce que souhaite nous dire la ministre. Rien ne nous empêche d’appliquer ce que dit la Charte mais on ne peut pas la ratifier. Aurélie Filippetti ne peut pas garantir qu’il y aura une loi car elle doit bien voir qu’il existe au gouvernement et dans la majorité des forces contraires. Il en existe aussi dans l’opposition. Cette affaire est typiquement une affaire où les clivages ne suivent pas les limites partisanes.

Il nous reste à faire le travail qui consiste à dire au président de la République et à son premier ministre que des promesses ont été faites, et que nous tenons à ce qu’elles soient tenues. Mais son ministre de l’Éducation nous a envoyé un message catastrophique la semaine dernière. Alors il faudra être précis et agir vite ; avant la saison des promesses qui annoncera la prochaine échéance électorale !!!

Il suffirait que le ministre de l’Éducation fasse en sorte que le texte sur la refondation sur l’école sorte enrichi lors de son passage au Sénat…S’il le veut il le peut.

 

David Grosclaude

Pas de Charte, rien dans la loi sur l’école !

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L’État ne semble vouloir prendre aucune responsabilité en matière de langues dites régionales. Pas de Charte et un débat caricatural sur les langues à l’école. Si c’est ça la base de la politique linguistique publique, ce sera difficile de bâtir du solide. En une semaine les principales promesses ont été enterrées.

Ainsi donc la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ne sera pas ratifiée !

On commençait à se douter que la chose arriverait. Un bon prétexte d’inconstitutionnalité, qui ne tient pas la route, nous a été servi une fois de plus. La gauche annonce ainsi qu’elle est capable de faire aussi mal que la droite.

Tout cela ne serait rien s’il n’y avait eu, en même temps, l’épisode du débat sur la loi de rénovation de l’école. On y a entendu des propos d’un autre temps. On sait très bien que le ministre de l’Éducation a fait semblant de faire des concessions pendant plusieurs semaines pour enfin se ranger derrière ceux qui ne voulaient rien laisser passer.

Que l’on ne me dise pas que tout cela n’est que le fruit du travail occulte d’un groupe qui serait quelque part, actif dans l’administration ou que ce serait le travail de sape d’une organisation qui se tapie dans l’ombre. Non tout cela est une décision politique assumée et le produit d’une idéologie d’un autre temps.
D’un autre temps, parce que c’est ainsi depuis près d’un siècle lorsque l’on débat des langues dites régionales dans ce pays. L’État ne veut rien lâcher. Il est convaincu qu’il joue son existence dans cette affaire. Il craint le débat et donc l’esquive.

N’ayant pas la culture philosophique de Vincent Peillon, mon socle des connaissances étant certainement moins vaste que celui du ministre de l’Éducation, je me permets cependant de regretter, que lui, homme de gauche, n’ait pas lu ou relu un ou deux articles de Jaurès sur la question.

Les informations que nous avons pu avoir montrent clairement que les plus hauts responsables de l’État étaient parfaitement au courant de ce qui se jouait. Les ministres les plus influents ont été approchés par des élus (parlementaires et autres) afin de leur dire que le moment était venu de lâcher du lest. Ils n’ont rien voulu savoir et cela réjouit les plus durs des pourfendeurs de « patois et dialectes locaux ». Ils sont heureux ! Le gouvernement n’a même pas osé essayé de présenter la ratification de la Charte lors d’un débat sur la modification de la constitution.

Deixonne

Il nous reste la nostalgie de la loi Deixonne, époque lointaine de ce député du Tarn qui n’avait rien à faire ou presque de la question des langues — il n’était pas un militant — mais qui revendiquait le fait d’être un « parlementaire consciencieux». Il avait donc fait voter une loi, certes à minima, mais il l’avait faite passer malgré les pressions de l’époque, très fortes. Deixonne, agrégé de philosophie comme notre ministre de l’Éducation me semble t-il, m’avait dit qu’il était hésitant et qu’il n’était pas enthousiaste de rapporter sur ce sujet (il était le rapporteur de la loi). Mais c’est la lecture de deux articles de Jaurés qui l’avait convaincu, m’avait-il confié. Dommage que Vincent Peillon ne les ait pas lus !

Hors des partis 

Nous voilà donc revenus aux réalités d’une question qui se moque bien des partis. Des députés de la majorité et de l’opposition ont bataillé pour que quelques amendements soient votés. Parmi eux il y avait bien entendu Paul Molac le député RPS soutenu par ses collègues du groupe EELV.
Il y a eu Martine Faure, Colette Capdevielle du PS aussi et d’autres encore. On a vu Marc Le Fur de l’opposition qui tentait de se faire entendre en compagnie d’Alain Marc. Bref on a vu des députés faire leur travail. En 1951, pour la loi Deixonne on aurait cherché en vain autant de députés capables de nourrir le débat avec des propositions documentées. Deixonne n’était pas seul mais l’ambiance était moins favorable.

C’est peut-être cela qui a rendu les opposants si combattifs ! Le rapporteur du texte particulièrement, a fait un travail très soigné pour écarter peu à peu tous les amendements, sauf un, qu’il a réécrit en lui donnant une couleur fin XIX ème siècle.

Mais cela ne se fait pas sans autorisation, sans encouragement venus de plus haut. Et c’est sans doute cela qui met de mauvaise humeur un certain nombre de responsables socialistes qui se demandent ce qui a pris le gouvernement de se renier à ce point. Il faut dire que la future loi sur les collectivités a déjà coupé les pattes des plus enthousiastes.

Les promesses

Il nous reste maintenant à aller voir ceux qui ont fait les promesses et à leur demander ce que sera la suite.

D’abord il y a le président de la République. Il nous a promis un statut « clair et stable» pour les langues régionales. Vu l’ambiance je crains que ce statut ne soit la mort programmée. Il est vrai que la mort c’est clair et on ne peut plus stable…

Il y a aussi le président du Sénat, venu à Toulouse en mars 2012, pour dire que l’on pouvait « compter sur lui » pour défendre les langues.

C’est le moment de tenir cette promesse. Le texte de loi sur l’école va passer au Sénat et il y a des sénateurs prêts à batailler. Alors rien n’empêche le Sénat de renvoyer, corrigé, le texte aux députés. Il faudra ensuite négocier. Mais qui sait si le Sénat ne sera pas prié, lui aussi, de ne rien laisser passer.

Mais cette affaire n’est pas une affaire de droite et de gauche. Les partisans et les adversaires se trouvent d’un bord et de l’autre. Il se trouve juste que l’État vient de montrer qu’il ne voulait aucune responsabilité en ce domaine. Il ne veut rien faire pour les langues si ce n’est les laisser dans une situation de fragilité, menacées à chaque instant d’un petit coup d’article 2 derrière les oreilles.

Quelle politique publique ?

Je ne vois pas trop comment il sera possible de bâtir une « politique linguistique publique » dans ce contexte. Il faudrait que je relise attentivement le discours de la ministre de la Culture lors de l’installation du Comité Consultatif qu’elle a créé il y a peu, et aux travaux duquel je dois participer. Je m’interroge ; et il serait étonnant que je sois le seul membre de ce comité à s’interroger sur la suite.

Il nous reste à voir du côté des collectivités, et en particulier des régions. N’en déplaise à ceux qui pensent que sans l’État comme arbitre rien ne pourra se faire, nous avons aujourd’hui l’impression que le peu que peuvent faire les collectivités est menacé par une absence de politique d’État et même par une hostilité.

L’avenir nous dira, et certainement plus vite qu’on ne le croit, si cette menace est véritable.

Une pression supplémentaire sur les collectivités pour qu’elles réduisent leurs budgets et le tour sera joué ! Alors soyons attentif !

Il reste une chance au gouvernement mais la porte est étroite. Vite une loi ! Oui, parce que la Charte ce n’est finalement que du symbole. Ce qui compte c’est de mettre en place une politique et de la consolider avec un cadre. C’est ça le vrai choix, le vrai courage politique.

Ne désespérez pas la démocratie !

Pour terminer, je voudrais dire combien il est dommage que l’on ait pas compris dans certains ministères et cabinets ministériels que, lorsque l’on a des réseaux associatifs, des parents d’élèves, des enseignants, des artistes, des militants prêts à se battre pour un intérêt aussi peu matériel que la survie d’une langue, il s’agit d’un véritable engagement citoyen, un acte d’une rare qualité républicaine, un bien précieux en démocratie.

Ces militants, ces bénévoles, sont aussi pris dans la réalité économique et sociale et ses difficultés ; ce n’est donc pas la peine de leur chanter le refrain des priorités face à la crise ; ils les connaissent et les vivent comme les autres. Mais ils ne sont pas des désespérés de la démocratie ; enfin pas encore. Si l’on pouvait éviter de les décourager ce serait salutaire.

David Grosclaude