Régions : peu importe la taille, il leur faut du pouvoir

(tribune proposée à la presse le 14 mai 2014)

Une réforme des collectivités est indispensable. Voilà des années que l’on se cherche des prétextes pour ne pas la faire. Souhaitons qu’on y parvienne enfin. Pour cela il faut prendre les choses dans l’ordre. Le sujet n’est pas la taille des collectivités, mais leur pouvoir. Le redécoupage c’est secondaire.

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Au mois d’octobre 2012 Marylise Lebranchu était venue s’exprimer à Lyon devant le congrès de l’Association des Régions de France. On croyait la régionalisation en marche…depuis peu de choses ont changé (Photo DG)

 

 

Il faut renforcer le pouvoir des régions. Elles doivent disposer de rentrées fiscales. Aujourd’hui l’État leur distribue de l’argent sous forme de dotations. Ce n’est pas sain et ce n’est pas démocratique. Les régions doivent être responsables devant les citoyens-contribuables de ce qu’elles dépensent. L’État doit prélever moins d’impôts et céder une partie du droit à lever l’impôt aux collectivités, et en premier lieu aux régions. Ainsi les élus locaux auront la responsabilité de l’argent qu’ils dépensent et en rendront compte aux électeurs. La démocratie c’est cela. Aujourd’hui les élus régionaux et locaux ne décident de rien ou presque en matière fiscale.

 

Une solution originale

 

Pou être efficaces les régions doivent avoir des moyens financiers et de vrais pouvoirs : réglementaires, d’adaptation législative, un droit d’initiative, d’expérimentation et bien sûr de nouveaux domaines de compétences. Dans ce cadre, celui d’une régionalisation forte, la clause de compétence générale doit être maintenue.

Il faut réduire le nombre de collectivités. S’il faut supprimer le département il faut trouver un moyen pour que tous les territoires soient représentés par des élus. Il existe des solutions et nous sommes quelques uns à réfléchir à une architecture originale du pouvoir régional pour que les territoires ruraux par exemple, ne soient pas oubliés. Nous proposons, notamment avec Gérard Onesta, ancien vice-président du parlement européen, qu’il y ait deux chambres régionales. On aurait ainsi, au niveau régional, une chambre citoyenne et une chambre représentant les territoires. Ceux-ci pourraient être des « pays » ou si l’on veut des intercommunalités. Cela permettrait de réduire le nombre d’assemblées. En Aquitaine de six assemblées (cinq conseils généraux et un conseil régional) on passerait à deux. La réduction du nombre d’assemblées serait donc très significative en France.

 

Pas un problème de taille

 

La taille des régions est-elle en cause ? Les régions actuelles sont de taille tout à fait normale en Europe. Ce qui compte c’est le pouvoir, les moyens d’entreprendre. A cela il faut ajouter la solidarité entre régions et territoires par un système de péréquation qui doit s’organiser au niveau français et européen.

S’il faut redécouper, on redécoupera, mais pas n’importe comment ! Entre ceux qui se la jouent façon technocratique depuis leurs bureaux parisiens et ceux qui dénoncent de façon caricaturale le retour à l’ancien régime, il y a de l’espace pour des régions cohérentes sur le plan économique, culturel, historique et géographique.

Je m’étonne de ne voir que l’hexagone dans la plupart des cartes proposées. Si l’on montrait cet hexagone dans une carte globale de l’Europe des régions on verrait que la taille de nos régions est plus européenne que certains le disent. Et d’ailleurs peut-on ignorer dans ce travail de redécoupage la question des relations transfrontalières ?

 

Et l’État ?

 

L’État doit lui aussi faire un effort. On veut moins d’élus, moins d’assemblées ! Et pourquoi ne pas supprimer aussi des préfectures ? L’État n’a jamais su se défaire du peu de pouvoir qu’il a abandonné depuis les premières lois de décentralisation. Il a maintenu des administrations qui doublonnent le travail des collectivités et qui les contrôlent. La défiance coûte toujours plus cher que la confiance ! Parce qu’il y a défiance, toujours et par principe. Le centre se méfie de la périphérie.

Bon nombre de pays d’Europe, que certains citent en exemple, sont des pays décentralisés, fédéraux. On veut les copier dans plusieurs domaines mais pas dans celui-ci. On nous dit que notre « tradition républicaine » ne pourrait le supporter. C’est une affirmation gratuite ; ceux qui combattent pour l’idée républicaine savent que faire un sort à certaines traditions est souvent la seule voie pour s’engager vers le progrès. Sinon, au nom des traditions, la situation des femmes n’aurait guère évolué, l’esclavage existerait encore, les enfants travailleraient dès six ans… Je ne ferai pas ici la liste complète des traditions auxquelles on a bien fait de ne plus se conformer ; elle serait longue. De toute façon l’idée républicaine ne doit pas être confondue avec le centralisme bonapartiste.

 

David Grosclaude

Président du Parti Occitan

conseiller régional d’Aquitaine membre du groupe EELV

 

José Bové en Béarn pour les européennes / José Bové qu’èra en Bearn per las eleccions europèas

 

Dans le cadre de la campagne des élections européennes du 25 mai prochain, José Bové était en Béarn ce lundi 12 mai. Il a pu y rencontrer plusieurs associations et les médias locaux. Je l’avais invité au nom du comité de soutien local mais aussi en tant que président du Partit Occitan et comme conseiller régional d’Aquitaine appartenant au groupe écologiste. Nous partageons la vision de l’Europe que défend José Bové. La liste qu’il mène compte aussi une candidate du P.OC, Régine Barthélémy.

Qu’avem passat ua matiada a escotar las associacions e José Bové qu’a explicat çò qu’un deputat europèu e podèva har entà har conéisher los combats qui son miats suu terrenh.

Tots los subjèctes qui son d’actualitat en Bearn que son estats evocats e a cada còp lo deputat europèu qu’ei estat interrogat sus la faiçon qui un deputat europèu e podèva interviéner entà har respectar règlas europèas qui non son pas tostemps aplicadas a noste.

La première rencontre a été organisée à Arbus, là où les habitants refusent le projet d’une éventuelle voie rapide entre Pau et Oloron. Cette route qui coûterait près de 400 millions d’euros et contestée parce qu’inutile d’un point de vue économique et destructrice sur le plan écologique. Les opposants dénoncent ce projet qui n’a pas été précédé par une véritable étude globale des transports en Béarn. José Bové est venu dire son soutien à l’association Code Béarn.

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La question de la quimia, de l’informacion e de la securitat a l’entorn de la zòna de Lac qu’a constituït un deus tèmas de la matiada. N’ei pas question de contestar l’interès de l’industria quimica mes que cau obligar aquera industria a’s modernizar. Que vòu díser : informacion complèta e seriosa de la populacion, reduccion deus impactes environamentaus, transparéncia e securitat. Que son causas qui son de manca en lo parçan de Lac. E au nom de la reconversion dempuish lo desengatjament de Total, que s’i hèn causas qui van contra los progrès necessaris a ua reconversion ecologica de l’economia.

 

José Bové s’est en suite rendu devant la zone industrielle le Lacq afin d’évoquer les questions de d’information autour de l’industrie chimique. Il a parlé du rôle des groupes de pression (comme il la fait dans son dernier livre) qui empêchent la transparence et permettent à certains groupes de polluer sans avoir à rendre des comptes. José Bové, s’est appuyé sur son expérience de député européen et sur un dossier publié il y a quelques semaines par la Sepanso. Des emplois dans la chimie bien sûr mais sans jamais oublier que la sécurité des travailleurs et de la population est une priorité aussi. La pollution par le CCL4 ou l’exonération de la TGAP accordée à Total ont été évoquées. Ce sont deux exemples qui illustrent un manque évident de transparence.

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Calandretas e ikastolas que deven estar ajudadas. L’Euròpa qu’a adoptat tèxtes nombrós a prepaus de la preservacion de la diversitat lingüistica. Lo prefècte deus Pirenèus-Atlantics que vien de publicar ua circulara de 25 paginas qui cita tots los tèxtes qui limitan l’ajuda qui pòden portar las collectivitats a aqueras escòlas. Per J.Bové, non pas seguir çò que i a dens aquera circulara qu’ei anar dens lo sens de la legislacion europèa. Qu’a donc encoratajat los elegits locaus a contunhar de tribalhar en favor de las escòlas occitanas e bascas, quitament se cau desaubedir a la circulara. La justícia europèa, s’ei sasida, que trencarà, çò ditz lo deputat europèu, en favor de las collectivitats qui ajudan las escòlas.

 

Enfin, à propos des écoles associatives Calandreta, le député européen a rappelé que l’Europe considère que les langues minorisées doivent être protégées. Comme il l’a fait en Pays Basque José Bové a expliqué que la circulaire publiée par le préfet des Pyrénées Atlantiques sur les écoles associatives qui enseignent en occitan et en basque n’est qu’un rappel de ce qu’est la législation française elle même en contradiction avec les décisions européennes, en particulier celles du Parlement européen. Selon José Bové, le droit européen donne raison aux maires qui aident les calandretas et les ikastolas. Ils peuvent donc désobéir à cette circulaire et s’ils sont attaqués se tourner vers la justice européenne qui leur donnera raison.

David Grosclaude

12/05/2014

Calandretas, ikastolas : il faut une légistation particulière Calandretas, ikastolas : que cau ua legislacion particulara

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques vient de publier une circulaire de 25 pages afin de mettre à jour les informations concernant l’aide que les collectivités peuvent apporter aux écoles associatives qui enseignent en occitan ou en basque.

Cette circulaire se veut un mode d’emploi pour les collectivités qui souhaitent aider ces établissements qui rendent un service public. En effet, enseigner dans une langue considérée dans la constitution ( article 75-1) comme un patrimoine de la France est un service rendu à la collectivité, surtout dans un pays qui souhaite porter haut le message du respect de la diversité des cultures et des langues.

Cette circulaire met en lumière le fait que la législation concernant l’aide qui peut être apportée à ces écoles, calandretas ou ikastolas, est beaucoup trop complexe. C’est un vrai maquis.

Il devient évident qu’elle ne correspond pas à la réalité et aux besoins exprimées par la société.

La légalité doit absolument venir en soutien à une demande légitime exprimée par de plus en plus de parents.

Il faut donc maintenant que le législateur se saisisse de cette question et donne à ces écoles un statut particulier qui permettra aux collectivités qui le souhaitent de les aider plus facilement.

La loi sur l’Éducation reconnait l’interêt de l’enseignement bilingue Français-langue régionale. C’est un premier pas. Il en reste à faire,et un statut spécifique pour les calandretas et les ikastolas en est un deuxième tout à fait indispensable.

Il existe des pistes pour cela en particulier celle qui consiste à considérer que ces écoles aident à la transmission d’un patrimoine collectif, qu’elles le font vivre.

En attendant on ne peut que féliciter les élus locaux qui ont rendu possible la création de ces écoles dans leurs communes. Ils ont été des précurseurs et ont su accompagner la demande sociale. Ils doivent continuer à aider ces établissements à grandir.

 

La lenga es l’afar de tots !

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Per un recampament en favor de la lenga abans las eleccions de 2015

Lo Partit Occitan a sostengut a cada còp las mobilizacions en favor de la lenga occitana que foguèron organizadas pel movement cultural amassat dins lo collectiu « Anem Òc ! ».

De 2005 a 2012 aquelas manifestacions coneguèron un succès important e a cada crida lançada pel collectiu los occitans foguèron mai nombroses a se mobilizar. Saludam lo trabalh dels militants que trabalhèron per organizar aqueles recampaments istorics.

Per delà lo dinamisme qu’aquò donèt al monde associatiu cultural, per delà lo resson mediatic, per delà la reconeissença que i ganhèt l’occitanisme cultural, constatam tanben qu’aquelas manifestacions faguèron bolegar las institucions.

Mostrèron als que ne dobtavan que i a una vertadièra mobilizacion populara en favor de la lenga occitana. Permetèron de legitimar la demanda de la mesa en plaça d’una politica publica en favor de la lenga occitana.

Los elegits del Partit Occitan an participat e participan encara a aquel trabalh dins las collectivitats ont son elegits. D’elegits novèls venon de dintrar dins las comunas ; se son engatjats a trabalhar en favor de la lenga e de sa reconeissença.

Mas, o sabèm totes, la lenga es pas l’afar d’un partit, d’un grop o d’una institucion : es l’afar de totes.

L’expression de la volontat populara sus la question de la lenga dèu èstre permanenta, regularament exprimida per de moments fòrts de mobilizacion e de formulacion de las demandas.

Sabèm tanben que lo periòde de crisi que vivèm pòt èstre un pretèxte per redusir o escafar de politicas que semblan segondàrias a l’un o a l’autre. Far d’estalvis sus la politica en favor de l’occitan, qu’es ja fòrça limitada, es una temptacion que s’ausís regularament.

Per totas aquelas rasons volèm dire al movement associatiu que nos sembla important de tornar mobilizar l’ensemble de l’occitanisme, per delà las divergéncias politicas o autras, per far ausir las demandas en favor de çò qu’es lo ben de totes a saber la lenga occitana.

Segur lo Partit Occitan demanda pas a participar a l’organizacion d’aquela manifestacion dins la mesura que respècta la neutralitat politica dels que fòrman «Anem Òc ! ». Pasmens pensam qu’es necessari de far quicòm abans las eleccions venentas de 2015.

Sens aquò las institucions e los elegits que i son dedins, auràn mai de mal per justificar lors demandas de refortiment d’una politica publica per l’occitan.

Sèm segurs que los milièrs d’occitans que se recampèron en 2005, 2007, 2009 e 2012 espèran quicòmx. Sèm segurs que la sola crida lançada « Anem Òc ! » sufís ja per mobilizar fòrça monde.

Es vertat que cal trobar un lòc, mas aquò se deuriá far aisidament. Sabèm tanben que demanda d’energia militanta per l’organizacion ; mas de pas far res serà encara mai costós del punt de vista de la mobilizacion e de las accions futuras.

Lo Partit Occitan, de la plaça ont se tròba, farà sa part de trabalh per mobilizar mas la responsabilitat de lançar lo movement es del monde associatiu cultural.

 

David Grosclaude

president del Partit Occitan

De nouvelles régions ou une nouvelle conception des régions ?

Redécouper les régions pourquoi pas, mais sans leur donner plus de pouvoir elles resteront des régions molles. C’est d’ailleurs peut-être au fond ce que souhaite le pouvoir central. Le vrai débat n’est pas sur la forme mais sur le fond.

 

Ceux qui nous gouvernent sont d’incorrigibles centralisateurs. En effet, on sait depuis quelques années que l’État n’a jamais su se défaire du peu de pouvoir qu’il avait laissé aux collectivités depuis les premières lois de décentralisation. Il a maintenu des administrations qui doublonnent le travail de ces collectivités et qui éventuellement les contrôlent.

Bref le coût est supérieur à ce qu’il devrait être. La défiance coûte plus cher que la confiance ! Oui parce qu’il y a défiance, toujours et par principe. Le centre suspecte la périphérie de ne pas être assez docile. Et maintenant il l’accuse régulièrement d’être dépensière. Il la recadre en permanence et la tient par le système fiscal ou plus précisément par l’absence de fiscalité propre et autonome des collectivités. Le système des dotations d’État est une version élégante de la carotte et du bâton. La preuve en est que l’on promet plus aux collectivités qui fusionneront et la punition aux récalcitrantes.

 

Tradition

 

Mais enfin tout cela on l’a déjà dit, écrit. Bon nombre de pays d’Europe, que certains citent pourtant en exemple, sont des pays décentralisés, fédéraux. On veut les copier dans plusieurs domaines mais pas dans celui-ci. On nous dit que notre « tradition républicaine » ne pourrait le supporter. Rien ne le prouve et de toute façon dans le domaine des traditions, ceux qui combattent pour l’idée républicaine devraient comprendre que faire un sort aux traditions est souvent la seule voie pour s’engager vers le progrès. Sinon, au nom des traditions, la situation des femmes n’aurait guère évolué, l’esclavage existerait encore. Je ne ferai pas ici la liste complète des traditions auxquelles on a bien fait de ne plus se conformer ; elle serait longue.

Comme il n’est pas question de faire du manichéisme en dénonçant d’une part un centralisme qui serait parisien et d’autre part de gentils habitants des régions soumis au pouvoir central, disons tout de suite que le système que nous dénonçons bénéficie de la complicité de bon nombre d’élus des collectivités. Le système a créé ses acteurs et il a aussi ses figurants.

 

Changer la forme mais pas le fond

 

La déresponsabilisation a parfois du bon pour certains ! Un jour ou l’autre on espère être aspiré par le centre et profiter du système. Dans ce schéma, l’administration —les grands corps de l’État comme on dit— y retrouve son compte puisqu’elle connait bien cette règle et sait combien elle hypnotise les nouveaux arrivants dans les hautes sphères du pouvoir. Elle sait aussi que très vite la complicité s’établit afin que rien ne bouge. Le centralisme c’est cela : un équilibre créé par les intérêts convergents d’une certaine classe politique et d’une certaine administration. C’est du conservatisme, ni plus ni moins. Je n’oublie pas non plus les médias dont la centralisation suit; et parfois même accompagne ou precède la centralisation du politique. Quant aux partis ils sont centralisés pour coller au modèle ; et vous observerez qu’ils le sont de plus en plus. Il est quand même étrange qu’ils ne soient pas organisés sur le plan régional ! Ils ont gardé le département.

Donc, aujourd’hui il conviendrait de réduire le nombre de régions. C’est même un ordre. Le premier ministre fait une crise d’autorité afin certainement de parfaire son image et peut-être pour faire oublier la mollesse des propositions débattues depuis des années en matière de décentralisation. Alors plutôt que de travailler sur le fond on nous propose de changer la forme. Ce n’est pourtant pas en haussant le ton que l’on va renforcer les propositions qui sont sur la table. Faire croire qu’avoir des régions plus grandes les mettra à la dimension européenne c’est se moquer du monde. L’Europe est faite de régions de taille très diverse ; les petites vivent parfois mieux que les grandes. Certains États de l’Union sont déjà plus petits que nos régions ! Faut-il les annexer pour leur donner la taille européenne ? Faut-il en finir avec le Luxembourg, la Slovénie, Malte…?

 

On va faire des économies !

 

Qui peut croire que le fonctionnement coûtera moins cher parce qu’il y aura moins de régions. Les calculs ont déjà été faits du temps de la réforme Sarkozy et on sait que ce n’est pas vrai. Il faudra payer plus de déplacements, le nombre d’agents ne baissera pas, etc. La seule façon de faire des économies c’est moins d’administration d’État et laisser plus d’autonomie aux régions. On a vu leur efficacité en matière de transports ferroviaires, de lycées et aujourd’hui ce sont elles qui travaillent dans le domaine de la transition énergétique alors que l’État piétine. Elles pourraient faire bien mieux si elles avaient les moyens de leur politique. Mais l’État les tient, les rends dépendantes par les dotations.

Quant à supprimer les départements on finit par ne plus y croire. Le système est bâti ainsi. C’est du bluff ! On nous en parle depuis si longtemps ! Et ça n’est pas venu. La pression des élus locaux a été forte mais celle de l’administration n’a pas été pas moindre.

Ignorer le couple préfet- président de conseil général, ou parfois préfet-président de communauté urbaine ( bientôt métropole) c’est ne pas comprendre une des bases du centralisme. Le département a de beaux jours devant lui tant que l’idée de régionalisation ne sera pas acceptée. Il fonctionnait autrefois sur le couple député-maire-préfet. Il fonctionnait à merveille pour satisfaire à la fois une classe politique qui n’avait pour rêve que d’être « entendue à Paris » et une administration qui savait qu’elle avait ses relais sur le terrain : un relais administratif et un relais politique. Et quand en plus le contre pouvoir médiatique est absent du tableau…!

 

Redécoupage

 

Pour toutes ces raisons je ne suis pas un chaud partisan de la discussion sur le redécoupage des régions. Vous pouvez faire toutes les cartes que vous voulez, ce n’est pas cela qui fera exister une collectivité et en particulier une région. Il me semble que l’on va nous amuser avec ça afin d’occuper les élus locaux alors même que la question du pouvoir ne sera pas posée. On posera comme un postulat que l’État est le garant de l’égalité. Son omniprésence aurait dû nous mettre depuis longtemps dans une situation d’égalité des citoyens et des territoires unique au monde, et pourtant !

On ne touchera pas à la fiscalité ou très peu et on se refusera à l’idée de transférer des compétences nouvelles. L’État continuera à piloter les dépenses des régions par le système des dotations mais aussi par la subtile politique des contrats. C’est ce qui lui permet de diriger les dépenses des régions en disant si vous mettez un euro à tel endroit, j’en mets un aussi. Au final c’est lui qui décide !

Il ne tardera pas a reprendre le contrôle des fonds européens que l’on a donné aux régions mais dont on surveille du coin de l’oeil la distribution.

Nous sommes dans un pays où les collectivités sont sous tutelle, sous surveillance tels des enfants dans la cour de récréation. Et ne comptez plus sur les médias pour vous en parler car en quelques années ils se sont centralisés comme jamais auparavant. La presse écrite régionale est au plus mal, la télévision régionale inexistante, les télévisions locales n’ont aucun cadre pour se développer, les radios survivent et quant à l’internet il s’est structuré sur le modèle du reste.

Les médias français sont incapables d’avoir un discours autre que condescendant sur les collectivités. Il n’y a pour eux que le pouvoir central qui compte, celui qu’ils fréquentent, auquel ils se mélangent, auquel ils se marient parfois…

Dans ces conditions le redécoupage régional est du folklore pour ces médias. C’est comme faire la guerre sur une carte et avancer des pions sans avoir la moindre idée du terrain. C’est laisser croire que tout ça n’est rien d’autre qu’un débat d’attardés repliés sur leurs traditions, leur terroir, leur province.

Et il faut bien reconnaitre que certains élus en rajoutent quant à la « dimension indispensable des régions pour faire face à la mondialisation ». Quand on voit les efforts qu’ils déploient pour gommer les spécificités historiques, linguistiques et culturelles dans les critères qu’ils mettent en avant pour les fusions et autres redimensionnement des régions, on se dit qu’ils ont un peu honte de ce qu’ils sont. Ils parlent comme le centre…pour lui faire plaisir. Ils préfèrent la carotte plutôt que le bâton !

 

Régions occitanes

 

Alors que dire de ceux qui imaginent des régions où l’on veut marier la carpe et le lapin ? Ils jouent avec un hexagone qui reste pour eux la forme géométrique magique. Il est posé là au milieu de nulle part. Pas de prise en compte de l’Europe, pas de relations transfrontalières. Tout n’est que recentrage vers Paris. Il ne faut donc pas s’étonner que les régions occitanes soient maltraitées. Vu de Paris, l’axe ne peut que proposer un redécoupage qui ignore la frontière de l’Oïl et de l’Oc. Pas étonnant que l’on vous propose une région qui va de Pau à La Roche sur Yon ! Il y a de quoi se faire bidonner tous ceux qui connaissent un peu leur géographie, leur histoire et la culture politique de tout ce territoire. Mais vous trouverez toujours des gens pour justifier l’injustifiable et même le théoriser. Ils vous trouveront des façades maritimes, des axes de ceci ou de cela, des affinités improbables qui alimenteront des discussions sans fin dans les assemblées régionales. Pendant ce temps on ne parlera pas du pouvoir des régions.

Il est évident que s’il y a fusion il faut que ce soit par affinités. Et il est évident que ces affinités sont historiques, culturelles, linguistiques.

Alors peut être faut-il marier Aquitaine, Limousin, Midi-Pyrénées, Languedoc, Provence, Auvergne et arriver à en faire une ou plusieurs régions ? Ce serait la meilleure des solutions. C’est ce qu’il faut demander.

Mais si le redécoupage est avant tout un débat pour occuper les citoyens à discuter d’autre chose que de la redistribution du pouvoir, vous verrez aussi que les polémiques seront centrées par exemple sur la question de savoir quelle ville sera la capitale de deux ou trois régions qui fusionneront. Cela donnera lieu à un spectacle qui ravira les médias parisiens, montrant ces « provinciaux » se battant pour savoir qui sera le petit Paris de sa région ! Et croyez moi ce débat existera vraiment et il sera même bien plus passionné que celui de savoir si les assemblées régionales doivent avoir un pouvoir réglementaire ou législatif ou si les régions peuvent lever l’impôt. Rappelez-vous la mobilisation de ceux qui voulaient garder le numéro de leur département ! Qui aurait cru qu’un tel amour des chiffres pouvait donner lieu à ce spectacle de députés tenant à la main leurs plaques minéralogiques sur les marches du Palais-Bourbon pour faire la photo de la première page des journaux régionaux ?

 

 

Contre-pouvoirs

 

Alors quelle que soit la taille des régions, il importe d’abord qu’elles soient aussi des contre pouvoirs, des zones d’équilibre du centralisme. Des lieux qui permettent de dédramatiser l’alternance au centre. Chaque fois que l’on a une présidentielle on fait croire au changement. La déception arrive et on attend l’élection suivante en se vengeant, en attendant, lors des élections locales, sur ceux qui ont soutenu celui qui a déçu. Bref c’est le dévoiement des élections locales et régionales comme on a dévoyé le référendum en répondant à celui qui pose la question plutôt qu’à la question.

Un vrai pouvoir régional permettrait de faire en sorte que l’alternance régionale soit aussi un enjeu ; les élections des différentes régions ne se feraient pas toutes le même jour puisqu’il serait possible de dissoudre une assemblée régionale et de fixer des élections anticipées. C’est ainsi que fonctionnent bien des États fédéraux. Tout ne serait pas centré sur une seule et même élection vue comme la mère de toutes les batailles et la seule qui vaille que l’on se déplace.

Il faut créer différents espaces d’alternance politique et de responsabilisation, créer des pouvoirs qui s’équilibrent, se contestent parfois, s’affrontent aussi, afin qu’ils soient contraints au débat et au compromis. Ça s’appelle la démocratie.

 

David Grosclaude