Régions, départements, communes : à qui la faute ?

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Faut-il réduire le nombre de régions et supprimer les départements ? Faut-il donner plus de pouvoirs aux collectivités ? Tout concourt à rendre difficile le diagnostic. La classe politique, l’administration, les médias, doivent tout au centralisme. Difficile de mordre la main qui vous nourrit. Difficile d’imaginer autre chose quand on croit que le monde parfait est un hexagone. Quand le centre fait son autocritique, il est indulgent.

 

Le gaspillage, le trop de dépenses serait dû à un trop de collectivités. Le fameux millefeuille serait le seul responsable de l’explosion de la dépense publique, dépense qui serait néfaste a priori.

C’est parti ! Il faut réduire le nombre de collectivités et le tour sera joué ! On voit des médias et des commentateurs prendre en main les ciseaux et retailler les régions, en fonction de critères plus ou moins farfelus. Pour les uns c’est la démographie, pour les autres la taille du territoire et pour quelques uns, mais rares, des critères historiques ou culturels.

On entend même des commentateurs donner des chiffres ahurissants de collectivités qui auraient embauché de façon irresponsable depuis quelques années. On oublie juste que les régions, par exemple, ont surtout pris en charge des personnels qui sont liés à leurs nouvelles compétences, en particulier les lycées. Autrefois ces personnels étaient payés par l’État, aujourd’hui par les régions. Ce ne sont pas des embauches. Mais on ne s’arrête pas là pour si peu et on accuse les collectivités d’avoir embauché sans compter, et le raisonnement se tient ; dans le flux médiatique ça passe.

Bref, ces élus locaux toujours aussi irresponsables, alors que le centre lui est sage, garant de l’égalité, économe, rationnel !

 

Fédéralisme : un gros mot !

 

On dénonce aussi le fait qu’il y aurait trop d’élus en ignorant des évidences. Par exemple, il y aurait trop de députés en France. Et les fins analystes comparent avec les États-Unis. Oui, si l’on ne prend que la Chambre des Représentants en la comparant à l’Assemblée Nationale ça pourrait se tenir ; mais il y a aux États-Unis des députés dans chacun des États. J’ai même entendu des commentateurs comparer avec la Russie, une fédération elle aussi, mais dont démocratie n’est pas la caractéristique première.

Les joyeux manipulateurs de ciseaux ne remettent jamais en cause le centralisme. Lui, il est le siège du pouvoir que personne ne peut contester.

Le mal n’est pas seulement dans le nombre de régions, de communes ou de collectivités en général. On ne changera rien si l’on ne se départit pas de nos habitudes fixées et figées par le centralisme bonapartiste. Avez vous entendu l’idée de réduire le nombre de préfets ?

Pourtant, il arrive que certains évoquent l’exemple allemand avec son fédéralisme et ses länder. Oui il faut s’en inspirer mais pas trop, disent ils . En effet dès que l’on évoque le mot fédéralisme on entend aussitôt parler de notre « tradition » qui ne serait pas compatible avec ce fédéralisme. Tout est dit !

Pas mal quand même d’évoquer la tradition ( d’abord quel âge a t-elle ? ) quand on n’a que le mot modernisation à la bouche pour dire qu’il faut bousculer la réalité. Mais y a t-il volonté de changer quoi que ce soit ?

Peut-être, mais surtout pas de fédéralisme ! Quelle horreur ! Pourtant c’est comme cela que l’on doit appeler un système qui donne à des régions des capacités réglementaires et même législatives, qui donne de l’autonomie aux régions. Mais je dis des horreurs. Des horreurs qui sont monnaie courante dans le monde et dans de grandes démocraties. Et l’Europe on en fait quoi, on la fait comment ? Centralisée, comme la France ?

 

Les petites métropoles et la Grande

 

Il faut réduire le nombre de communes, dit on ! C’est en cours. Les intercommunalités se mettent en place et commencent à entrer dans les moeurs. Il faut encore faire un effort sur l’élection des conseillers.

Il faut supprimer les départements ! Il y a longtemps que ceux qui comme moi sont des régionalistes, favorables à un statut des régions qui leur donnera plus d’autonomie, le disent.

J’entends bien tous les pourfendeurs de la dépense publique attaquer les collectivités et la complexité du système français. Pourtant personne n’a hurlé au moment de la création d’un nouveau niveau de gouvernement des territoires : les métropoles.

Vu de Paris les métropoles c’est une évidence puisque ces métropoles doivent nous mettre à l’heure de la mondialisation, être attirantes et tirer le développement de leur région. Mais elles ne seront rien à côté de la métropole du Grand Paris qui elle ( c’est écrit dans la loi) devra avoir un rôle de chef d’orchestre en quelque sorte. Elle assurera un développement de niveau national et européen. Ce sera LA métropole. Bref on ne change rien ! La pyramide est toujours là !

 

Elites provincialisées

 

Je ne peux m’empêcher de ressentir dans certains commentaires de la condescendance pour les élus et les populations des « territoires ». On ne dit plus « la Province » mais le parfum y est.

Il est vrai que des années de centralisme n’ont pas donné que de bonnes habitudes. Les élites se sont « provincialisées » et le centralisme des partis, des médias, des syndicats, de l’administration ne crée pas que de la responsabilité.

Il faut de vrais pouvoirs pour les régions. L’existence de pouvoirs capables de rééquilibrer le pouvoir du centre est une garantie de démocratie. Mais que peut-on faire quand c’est l’État qui tient seul les cordons de la bourse ? Quand l’État « distribue » des « dotations » aux collectivités peut-on dire que nous sommes en démocratie ? Il faut donner les moyens aux collectivités de prélever aussi l’impôt et ainsi les élus seront responsables face aux électeurs-contribuables. Il faut clarifier la fiscalité en disant qui prend pour qui, et pour quoi faire.

Quant au nombre de régions c’est faux débat. On peut trouver des exemples en Europe qui montrent que la taille n’a rien à voir avec l’efficacité.

En réalité, ce qui est devant nos yeux et que l’on ne veut pas voir c’est que notre système est vieux et fatigué. Il nous rend aveugles. Il produit de l’inégalité, il est lourd face à l’innovation sociale, économique et institutionnelle, il est mortifère pour la diversité culturelle et linguistique, il est inopérant pour la mise en place de la transition écologique.

Dans cette situation tout concourt pour rendre difficile le diagnostic. La classe politique, l’administration, les médias doivent tout au centralisme. Difficile de mordre la main qui vous nourrit. Difficile d’imaginer autre chose quand on croit que le monde parfait est un hexagone.

 

David Grosclaude

 

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