Ci-Git ma langue… PUTAING CON !

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C’est la nouvelle mode, basée sur une « découverte » qui n’en est pas une. Le français serait allergique aux accents. La belle affaire ! C’est une très vieille histoire. La France est même un pays glottophage, un vrai cimetière pour les langues. Au nom de ce racisme ordinaire j’entends et je lis des spécialistes des langues prendre la défense des « accents ». Chacun le sait l’accent n’est que ce qu’il reste quand on a perdu la langue. Quel serait donc le but de cette revendication de « basse intensité » ? Demander une loi sur le respect de l’accent : c’est enterrer la revendication de la langue pour ne pas froisser les paresseux qui ne veulent pas réfléchir à une vraie politique linguistique.

UDB jeunes
La promesse de ratifier la Charte Européenne des Langues Régionales ou Minoritaires a été enterrée. Et il arrive que la France ne supporte ni les accents (écrits) sur les prénoms occitans ou le tilde du N en breton. Alors peut-elle respecter les accents ?

La politique linguistique en France est allergique à la diversité. Et les médias suivent depuis longtemps cette ligne.

Ils le font pour la haute intensité avec acharnement (j’entends par « haute intensité » la question des langues) et pour la basse intensité (les accents) avec le sourire du mépris et de la compassion que l’on a pour celui que l’on considère comme un éternel nigaud.

Il y a des lustres que l’on sous-titre les productions audiovisuelles en français lorsqu’elles viennent du Québec ou que l’on sous-titre un francophone africain interrogé pour le JT du 20 h.

Au nom de ce racisme ordinaire j’entends et je lis des spécialistes des langues prendre la défense des « accents ».

Mais ces accents disparaissent et vouloir les maintenir avec des arguments qui sont ceux de la défense de la « chocolatine » contre le « pain au chocolat » est pour moi une désertion. Désertion du vrai combat qui est celui de la diversité linguistique.

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La France est un cimetière pour les langues (DG)

Je connais des locuteurs de l’occitan, jeunes, lettrés, qui parlent l’occitan au quotidien avec un bel accent occitan et parlent le français avec un accent que l’on dira pointu, ou plutôt « standard ». Et si je les interroge sur cette situation, ils n’ont pas conscience d’avoir perdu « leur » accent (qui n’est pas le leur en l’occurrence) mais ont conscience d’avoir gardé leur langue. Qui est la leur.

Et franchement, pour la sauvegarde de la diversité linguistique, je préfère un jeune qui parle couramment l’occitan et qui parle un français standard plutôt qu’une personne qui n’a gardé de son occitanité qu’un « accent » c’est à dire un vague souvenir sonore (et inconscient) de son occitanité passée.

D’ailleurs il y a quelques années j’interrogeais un comédien occitan et homme de télévision, sur son français à l’accent de la Comédie Française. Il avait un occitan parfait. Il me répondit que son occitanité était dans la langue et que son honneur était aussi de parler ce français qu’on lui avait enseigné à l’école : « Quand parli occitan parli atal, et quand je parle français je parle comme ça ! ». Et bien qu’il ait été toulousain il ne termina pas sa phrase par putaing con ! Le traitre !

L’affaire de ce mépris par l’accent qui semble agiter un certain monde ne date pas d’hier. Quand ce n’est pas l’accent c’est la couleur de la peau, les habitudes alimentaires, la façon de s’habiller ou même de penser.

Et vous la voyez comment la sauvegarde des accents ? Des quotas ?

Et vous imaginez quoi ? Que dans chaque série, chaque fiction tournée en pays occitan on embaucherait des gens ayant l’atsent ? Et lequel ? Et dans quelle proportion ?

Et des écoles pour apprendre l’accent ou pour apprendre à le garder on en aurait ?

 

Le fait de se plaindre que la télévision ne supporte pas les « accents » me paraît être le renoncement à la véritable revendication qui porte sur la langue et sa présence dans les médias. Ainsi, nous nous contenterions d’entendre des accents ? Il serait conforme à la dignité des occitans que l’accent soit leur étendard dans les médias ? Et leur langue ?

C’est dans les mots que se trouve la diversité, dans la syntaxe d’une langue, dans sa morphologie, dans sa façon de voir le monde, et pas dans l’écho de sa sonorité que l’on retrouve dans la langue qui a su tuer l’autre…et qui ne tardera pas à être tuée à son tour par plus grosse qu’elle. La glottophobie, la glottophagie c’est ça !

Je m’interroge aussi sur la capacité que nous avons à comprendre tout ce qui a été écrit sur la perte de langue et ses conséquences psychologiques individuelles et ses conséquences collectives. Tout cela ne vaudrait que pour les autres, les peuples lointains ? Nous, nous pourrions nous contenter de sauver « notre atsent » pour surmonter le traumatisme. Toujours l’exception française ! Toujours en recherche d’arguments pour ne pas régler la question linguistique que nous avons si mal traitée depuis des siècles. C’est sans doute sur cela qu’il convient de mettre l’accent avant tout.

Faut-il être résignés à exprimer une revendication de « basse intensité » ? On se contenterait de la tolérance sur les accents plutôt que de revendiquer la présence des langues de France sur les médias publics que nous payons et dans les écoles de la République dont nous sommes citoyens.

Vous allez dire que je suis un maximaliste ? Que je fais de la politique ? Encore pire !

Eh bien oui j’en fais. La langue est un objet politique par excellence. Alors traitons cet objet comme tel, avec courage et avec persévérance, sans chercher à éviter le sujet.

Chacun le sait l’accent n’est que ce qu’il reste quand on a perdu la langue.

Quel serait donc le but de cette revendication de « basse intensité » ?

Demander une loi sur le respect de l’accent : c’est enterrer la revendication de la langue pour ne pas froisser les paresseux qui ne veulent pas réfléchir à une vraie politique linguistique.

Ce serait comme de se contenter d’une politique qui ne sauverait qu’une espèce de chiens, de chats, de vaches…qu’une variété de blé ou de maïs ou de riz pour faire face à la perte de diversité biologique afin de ne pas froisser les marchands de génétique et les destructeurs de la biosphère qui ne veulent pas reconnaître qu’ils ont emprunté des voies erronées.

Ce serait comme présenter en exposition les pinceaux de Leonardo da Vinci et ses pots de peinture en nous demandant si nous voyons bien la Joconde !

Vouloir bâtir un modèle français du respect de la diversité en prenant comme élément de base le respect des « accents » de ceux à qui on a fait oublier leur langue, serait aussi efficace que de repeindre en rose un char d’assaut en expliquant que c’est le carrosse de Cendrillon !

Sauver la langue c’est sauver une vision du monde.

Et l’univers aussi a un accent. En le scrutant, les télescopes voient des images…Ce sont les images d’un univers qui n’existe plus. C’est le monde ancien qui résonne. Pas de nostalgie ! Cet univers a disparu. Avec ce que nous savons de lui bâtissons un monde pour demain en sachant bien que son écho ne suffira pas.

 

David Grosclaude

 

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